Mauritanie : les comptes publics se redressent, pas le secteur privé

Mauritanie : les comptes publics se redressent, pas le secteur privé
Mauritanie : les comptes publics se redressent, pas le secteur privé

Malgré des indicateurs économiques en progression, le dernier rapport de la Banque mondiale sur l’économie mauritanienne pointe la surreprésentation de l’État sur les marchés nationaux et des freins structurels qui empêchent le développement d’un secteur privé diversifié.

C’est un avis ambivalent qu’a publié, le 24 mai, la Banque mondiale sur la situation économique en Mauritanie. Il est d’abord difficile de ne pas souscrire au satisfecit délivré au gouvernement mauritanien par ses auteurs en matière de macroéconomie. La décélération due en 2015-2016 à la chute des cours des matières premières et notamment du minerai de fer, ainsi qu’à l’arrêt de la production pétrolière, a été bien gérée grâce à une discipline budgétaire qui a permis de passer d’un déficit en 2017 à un excédent en 2018.

Selon le rapport de la Banque mondiale, le recul du secteur extractif a été amorti par la bonne tenue des télécoms, du transport, de l’agriculture et de la pêche. La dégradation de la balance courante a été limitée par les investissements dans l’exploration gazière. La croissance s’est donc redressée, passant de 3 % en 2017 à 3,6 % en 2018. Les réserves en devises ont atteint un niveau « satisfaisant », permettant d’assurer 4,7 mois d’importations.

Pour la première fois depuis dix ans, la banque centrale a baissé son taux directeur de 9 % à 6,5 % pour faciliter le crédit aux entreprises et aux ménages.

La Banque mondiale estime dans son rapport que le rythme de croissance annuel devrait rebondir à 6,2 % durant la période 2019-2022, sous l’effet d’une reprise des mines et la mise en chantier du gisement gazier de Grande-Tortue/Ahmeyim (GTA) susceptible de rapporter à la Mauritanie 14,4 milliards de dollars de recettes nettes en trente ans.Accédez en illimité à Jeune Afrique Digital Pour 7,99€/mois

Des entreprises entravées

La deuxième partie du rapport est moins satisfaisante. Ses auteurs commencent par féliciter la remontée de la Mauritanie de la 176eme place en 2015 à la 148eme en 2019 au classement Doing Business, qui juge de la qualité du climat des affaires dans le monde. Cette performance est due essentiellement à la simplification des procédures de création des entreprises.

« Malgré cette amélioration significative, il reste plusieurs défis majeurs à relever pour que le climat des affaires soit réellement favorable au développement du secteur privé en Mauritanie », explique Théodore Anthonioz, coauteur du rapport. C’est peu dire, car on y lit que les entreprises sont particulièrement handicapées par une kyrielle de maux : « Une forte présence de l’État dans l’économie et des conditions de concurrence peu équitables, un accès limité au financement, une main d’oeuvre locale ayant des compétences limitées, la prévalence de la corruption, des services aux entreprises limités et une bureaucratie peu efficace ».



Sortir du modèle « oligopolistique »

Si la Mauritanie veut enfin se doter d’un secteur privé digne de ce nom, et qui ne soit pas cantonné dans la rente des importations ou de la spéculation immobilière, la Banque mondiale a établi une longue liste des carences auxquelles elle devra remédier : faciliter le paiement des impôts et le raccordement à l’électricité, mettre en place une pratique de l’insolvabilité, préserver l’indépendance des institutions judiciaires, moderniser le registre du commerce, développer l’arbitrage, numériser les titres fonciers ou adhérer à l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada).

Sans oublier qu’il faudrait, selon la Banque mondiale, renforcer les conditions d’une concurrence équitable, pour forcer les grands groupes « oligopolistiques » à laisser se développer de nouveaux entrants et à baisser les coûts de leurs produits.

Jeune Afrique

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