Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes : La prise de conscience avance, les moyens restent limités

Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes : La prise de conscience avance, les moyens restent limités
Journée internationale pour l'élimination des violences faites aux femmes : La prise de conscience avance, les moyens restent limités

Ce 25 novembre, peu de gens le savent, marque la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. Cet événement mondial fait écho à la vaste mobilisation organisée par le collectif #NousToutes en métropole, et pour la première fois à La Réunion. Sur l’île des dizaines de personnes ont répondu présentes, malgré la pluie et la présence encore très discrète du collectif national à La Réunion. Preuve en est que la prise est conscience est plus que jamais en marche. Désormais ce sont des actions et des moyens, humains et financiers, que réclament les associations qui oeuvrent au quotidien sur le terrain. (Photo d’illustration rb/www.ipreunion.com)

Non le 25 novembre n’est pas seulement la journée de la Sainte-Catherine, cette fête archaïque avec son traditionnel défilé de chapeaux pour faire « honneur » aux jeunes femmes non mariées de plus de 25 ans…

Bien peu de gens savent en réalité que derrière le 25 novembre se cache aussi et surtout la Journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. Instaurée en 1960 alors que les soeurs Mirabal étaient assassinées en République Dominicaine parce qu’elles avaient eu l’audace de militer pour leurs droits, elle a été officialisée par les Nations Unies. Aujourd’hui encore, difficile de mobiliser les foules pour parler violences faites aux femmes. Mais certains collectifs et associations, comme Nous Toutes ce samedi 23 novembre, permettent peu à peu d’inverser la tendance.
Des affaires toujours plus nombreuses

La raison est simple et elle se résume en un mot : tabou. Oui, frapper une femme, c’est tabou. Et ajoutez à cela un soupçon de popularité quand l’auteur des coups est un personnage connu… C’est ce que dénoncent de plus en plus les femmes qui aujourd’hui prennent la parole pour incriminer tel ou tel personnage public, protégé par la postérité. C’est ainsi que la vague #MeToo est née aux Etats-Unis, preuve vivante de cette parole qui se libère peu à peu.

Et la France n’est pas en reste. Dernière preuve en date avec le maire de Cabourg. Accusé de coups par son ex-femme – photos de bleues et coupures au visage à l’appui et diffusées sur les réseaux sociaux – celui-ci avait été condamné à 3 mois de prison avec sursis en 2018. Aujourd’hui son ex-femme écope elle aussi d’une condamnation, car le maire en question, Tristan Duval a porté plainte à son tour. Evoquant des morsures, que son ex-femme qualifie elle d’actes de « défense », il parvient à faire plier la justice qui condamne donc la victime à payer 1.500 euros d’amende à son bourreau…
Une augmentation de 10% des plaintes à La Réunion

Les langues se délient, mais pour quelle prise en compte si les agresseurs sont protégés à ce point ? Les plaintes augmentent. A La Réunion, elles sont passées de 1.513 à 1.670 en un an, soit une hausse de 10%. Premières victimes évidemment : les femmes. Elles sont en moyenne 185 par mois, soit 6 par jour.

Pour la préfecture et le parquet, ce n’est pas nécessairement signe de mauvaise nouvelle : ce nombre montre que les femmes se rendent davantage au commissariat ou à la gendarmerie la plus proche pour dénoncer les faits de violences qu’elles subissent.

Si le procureur Eric Tuffery l’avait garanti, les forces de l’ordre sont de plus en plus formées pour réagir au mieux lorsqu’une femme vient les alerter sur ce qu’elle subit, les associations approuvent. Aujourd’hui se rendre au guichet est encore un combat pour raconter les coups et les violences psychologiques, mais le progrès est là. D’autant que, le procureur le rappelait encore lors de la venue de Marlène Schiappa à La Réunion, la plainte dans son sens le plus strict n’est plus obligatoire, il est possible de faire un simple signalement pour trouver de l’aide.

Pas plus tard que ce jeudi 21 novembre se concluait une formation de trois jours au commissariat de Sainte-Clotilde, pour former les agents à mieux accueillir et accompagner les victimes de violences conjugales. Au total, 23 agents (15 policers et 8 gendarmes) ont assisté à cette formation.

Oui les choses évoluent, il faut le reconnaître. Les gendarmes et policiers sont davantage formés à ce sujet. Le Grenelle, critiqué sur le plan national, adopte un format péi qui a semblé répondre au moins en partie aux recommandations des associations de l’île, avec des mesures qui prenent en compte les spécificités réunionnaises. Sur le plan médical, les responsables de santé ont conscience qu’il faut également signaler le plus vite possible les marques physiques de violences.
Plus d’actions, mais des moyens financiers encore faibles

Une action est d’ailleurs menée ce lundi 25 novembre dans le cadre des pratiques professionnelles au sein de la clinique Jeanne d’Arc-Les Orchidées. Dernier constat en date : les professionnels sont de plus en plus confrontés aux situations où les femmes sont victimes de violences conjugales, qu’elles soient psychologiques, verbales, sexuelles ou physiques. La clinique se mobilise lors de cette journée.

Le préfet de La Réunion, Jacques Billant, et le procureur général près la Cour d’appel, Denis Chausserie-Laprée se rencontrent également ce lundi pour une séquence de travail à la Cour d’appel, en présence du réseau d’acteurs de prévention et de lutte contre les violences conjugales.

Les actions viennent, petit à petit. La prise de conscience est en marche. Mais les moyens financiers restent pauvres, même s’ils augmentent. Le geste de l’Etat avec une enveloppe supplémentaire de 135.000 euros pour La Réunion, « c’est encore peu » pour les associations, mais c’était une annonce très attendue.
Un traumatisme à vie

Ce qui reste à faire, c’est écouter, parler, raconter. Savoir être présent pour ces femmes victimes, ne pas remettre en doute leur parole, se rendre compte du profond traumatisme qui reste à jamais gravé dans les esprits de ces femmes battues. Parfois gravé dans la peau.

Nous conclurons donc sur cette lettre poignante lue par une victime de violences conjugales, lors de la visite de la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité femmes-hommes Marlène Schiappa, en novembre, lue également lors du rassemblement du collectif Nous Toutes 974 à l’Hermitage ce samedi 23 novembre.

A elle seule elle résume le calvaire vécu par les femmes victimes de violences. Calvaire qui se poursuit bien au-delà de la fin des coups.

« Mon corps s’est trouvé meurtri face à la douleur, la peur, l’abandon, la trahison, la violence, le désert total de 3 mois de mariage. (…) Mon corps a refusé de se nourrir, refusé de dormir, refusé de voir l’extérieur, il s’est terré. (…) Mon corps se souvient par quoi il est passé : 16 kilos perdus en 3 mois. Il a fallu faire un travail colossal avec mon corps car je ne le reconnaissais pas dans le miroir. (…) Aujourd’hui quand je croise le bourreau, mon corps tremble, le noeud à l’estomac revient, mémoire émotionnelle que mon âme n’oublie pas. »

mm / www.ipreunion.com /