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Emmanuel Macron réunit le G5 Sahel pour resserrer le front anti-djihadiste

TERRORISME Les cinq dirigeants avaient été conviés abruptement à Pau début décembre par le président français, irrité par les critiques contre les 4.500 soldats français de la force Barkhane

20 Minutes avec AFP
Publié le 13/01/20 à 11h03 — Mis à jour le 13/01/20 à 11h44
C’est ce lundi à Pau qu’ Emmanuel Macron reçoit les présidents des cinq pays du Sahel, où les attaques djihadistes se multiplient. Objectif de cette réunion aux allures de « convocation » : renforcer la légitimité contestée des militaires français déployés sur place et mobiliser les alliés européens.

Outre les présidents du G5 Sahel (Tchad, Niger, Burkina Faso, Mali, Mauritanie), ce sommet accueillera lundi à Pau (sud-ouest de la France) le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, le président de la Commission de l’Union africaine Moussa Faki et le président du Conseil européen, Charles Michel.

Une gerbe pour les soldats morts en décembre


Le président français doit d’abord se rendre sur la base du 5e régiment d’hélicoptères de combat de Pau, dont étaient originaires sept des 13 soldats français tués en opérations au Mali en décembre. Avec ses homologues africains, il y déposera une gerbe en leur mémoire. Le sommet doit démarrer à 16 heures au Château de Pau avec les présidents du G5 Sahel, avant un dîner de travail au Parlement de Navarre avec les autres responsables internationaux. Le centre-ville est placé sous haute surveillance, les voitures interdites et l’accès des piétons étroitement contrôlé, a précisé la préfecture des Pyrénées-Atlantiques.

Les cinq dirigeants avaient été conviés abruptement à Pau début décembre par le président français, irrité par les critiques de leurs opinions publiques contre les 4.500 soldats français de la force Barkhane et des déclarations jugées ambiguës de certains de leurs ministres.

Un sentiment anti-Français au Mali


En lançant cette invitation, perçue comme une « convocation » par certains présidents sahéliens, Emmanuel Macron avait averti qu’il mettrait toutes les options sur la table, y compris celle d’un retrait ou d’une décrue de Barkhane. Le président français avait toutefois reporté d’un mois ce sommet après l’attaque du camp nigérien d’Inates, la plus meurtrière depuis 2015 (71 morts). Le sentiment anti-Français se développe en particulier au Mali, où vendredi un millier de personnes ont encore manifesté à Bamako pour réclamer le départ des troupes françaises et étrangères.

Paris veut avant tout obtenir une déclaration commune des cinq pays qui soulignera que la France agit à la demande de ses dirigeants, afin de « relégitimiser » sa présence, explique la présidence. « Il faut tout d’abord obtenir des responsables politiques une position nette sur ce qu’ils souhaitent ou pas », a tranché la ministre des Armées Florence Parly samedi.

Hésitations en Europe et aux USA


« La rencontre sera décisive, en ce qu’elle permettra de mettre sur la table toutes les questions, tous les griefs, toutes les solutions », avait jugé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta début janvier. Outre son volet politique, le sommet de Pau vise aussi à revoir la stratégie militaire contre les djihadistes dans cette zone aussi vaste que l’Europe et appeler à une participation accrue des alliés internationaux, surtout européens.

Le président nigérien Mahamadou Issoufou entend ainsi lancer à Pau « un appel à la solidarité internationale » pour que le Sahel et la France « ne soient pas seuls dans ce combat » contre le « fléau djihadiste ». La France est par ailleurs en train de mettre sur pied une opération baptisée « Tacouba », réunissant des forces spéciales d’une dizaine de pays européens. Paris espère que le sommet de Pau convaincra des Européens réticents, favorables à la lutte contre les djihadistes dans la région mais inquiets de voir la France critiquée. Autre inquiétude, les hésitations des Américains, dont l’appui militaire dans la région est irremplaçable, explique l’Elysée.

Dans cette zone sahélienne semi-désertique, devenue depuis 2012 le terrain d’action de plusieurs groupes djihadistes, pour certains affiliés à Al-Qaïda ou Daesh, le sang ne cesse de couler. A la veille de Noël, sept militaires et 35 civils avaient été tués à Arbinda (Burkina Faso), suivis le 9 janvier par les 89 soldats nigériens tués à Chinégodar, aux confins du Niger et du Mali. Des attaques de plus en plus audacieuses face auxquelles la force conjointe du G5 Sahel, lancée en 2017, semble impuissante.