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Sidi Mohamed Ould Maham à propos de la décennie, texte traduit par Deddah Abd-Daim

Loin de la rhétorique offensante et triviale à laquelle recourent ceux qui envient son style bien à lui de formuler aussi bien à l’oral qu’à l’écrit son raisonnement, Sidi Mohamed Ould Maham à décidé dans un texte finement ciselé de promener pour nous le bout incandescent de sa plume sur quelques-uns des recoins obscures des dix dernières années, dont il est l’un des principaux acteurs, un témoin privilégié, et le maître-penseur du système qui a conduit les affaires durant cette période. Il le fait avec grâce, sans faux-semblant, ni dérobade. Ses mots sont autant de coups de pichenette pour épousseter le cliché que ceux qui ont pour habitude d’enfreindre les règles de la probité veulent à tout prix lui coller. Le texte original étant en langue arabe, j’ai pris sur moi de le traduire pour contribuer à le faire parvenir au plus grand nombre possible. Ce texte qui refuse d’être maquillé aux couleurs des litotes est le premier d’une série que l’auteur envisage de publier au fur et à mesure sur son compte Facebook. Je vous le donne à lire sous le titre de :

A PROPOS DE LA DECENNIE
‘’Je crois avoir précisé au cours d’un précédent entretien que j’assume toute responsabilité aussi bien politique, morale que juridique afférente aux rôles qui m’ont été imparti par le biais des fonctions que j’ai eu à occuper durant cette période. Je ne nie absolument ni l’élude ce que cette période a pu avoir de négatif, et en aucun cas je ne renoncerai à ma part de ce qu’elle a pu apporter de positif. Je ne suis pas de ceux qui sautent du navire sous prétexte qu’il commence à faire eau, ni de ceux qui abandonnent à leur sort leurs compagnons, je ne suis pas non plus de ceux qui cèdent un ami quel qu’il soit.’’
‘’J’aimerai à toute fin utile attirer l’attention de tous, afin qu’ils ne se méprennent pas sur la nature du combat que nous menions. Il faut dire tout d’abord que nous ne prétendions pas conduire au nom de la vérité l’assaut final contre son ennemi juré l’égarement, mais que nous menions une lutte sociale et politique tout ce qu’il y a de plus légitime à l’intérieur d’un espace limité, et avec un niveau acceptable de démocratie, et de liberté de choix. Cette lutte concerne des mauritaniens de tout bord, unis entre eux par le lien indéfectible de leur religion l’Islam. Une attache qui rend difficile la tâche de les séparer de manière à mettre d’un côté l’ivraie, et de l’autre le bon grain.’’
‘’La politique étant par définition l’art du possible, nous restons nous autres hommes politiques – possédant chacun ses calculs, et ses appréciations lié à chaque situation donnée, mais aussi pourvu de ses efforts d’applications qu’il est parfois obligé de manier avec précaution pour ne pas heurter l’ordre établi – exposés à l’erreur dans nos évaluations, et nos efforts d’applications. Mais ceci ne m’empêchera pas de continuer à clamer haut et fort que nous avons pour ainsi dire fait mouche à tous les coups, ne tenant compte dans nos évaluations, et nos efforts d’application que de l’intérêt de ce pays, le nôtre, principal catalyseur d’énergie génératrice de toutes les ambitions de ce peuple, qui est après Dieu le seul devant qui nous devrons nous comporter en éternels obligés.’’

‘’Parmi les hommes et les femmes, qui ont servi avec abnégation, et dans l’anonymat absolu leur patrie, témoignant d’une continence à toute épreuve, et d’un désintéressement à la hauteur de leur sacrifice, je cite ici pour l’histoire, que le Président de la République, Mohamed Ould Cheickh el Ghazouani, fut celui qui, pour témoigner à la patrie sa fidélité à aucune autre pareille, à fait preuve d’une endurance légendaire, sans jamais se départir une seule fois de cette patience infinie, et de ce profond silence qui séduisent chez-lui, et forcent le respect.’’
‘’Pour ce qui est de moi-même, qui peut escompter d’un président de parti au pouvoir, ou d’un ministre porte-parole de gouvernement à qui est dévolu la tâche de soigner l’image de son gouvernement dans les médias d’être la partie qui le critique, qui déballe en public son linge sale, ou qui souligne les vices et défauts contenus dans son action, si toutefois il s’en trouve. Ceci incombe aux partis de l’opposition, dont elle reste la mission première. Vous êtes seuls juges des proportions de réussite de chacun des acteurs de cette étape de l’histoire de notre pays, en soulignant bien entendu les efforts déployés, y compris le niveau de perfection et de déférence atteint, dans l’acquittement du rôle imparti. L’histoire se chargera de faire le reste.’’
‘’En ce qui concerne mes rapports avec les deniers publics et leur spoliation, je suis prêt à me soumettre de mon propre chef aux interrogatoires sous toutes leurs formes, et aux enquêtes et vérification les plus sévères. Mes adversaires avant mes amis sont dans ce domaine non seulement déliés de tout engagement moral, où autre pour divulguer au grand jour les informations en leur possession, preuves et indices à l’appui, mais sont aussi ardemment sollicités de le faire sous peine de faillir au devoir national. Ils peuvent de ce fait se considérer responsables devant Dieu de ce qu’ils peuvent taire. Pour terminer, et au risque de me répéter, sachez que ce n’est pas le genre de la maison de trahir ou d’abandonner un ami. Je vous prie cherchez ailleurs, et surtout vérifiez avant de décider de vous mettre à la place de qui n’a pas fait la demande d’une telle faveur.’’

Deddah Abd-Daim