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Coopération européenne : ONGs en eaux troubles

Dans le milieu de la coopération internationale, il se dit que les financements européens sont surtout utilisés à payer des Européens en Afrique et non pas à appuyer les activités diverses pour lesquelles ils sont affectés dans les pays récepteurs. Une nébuleuse de sociétés ayant pignon sur rue et d’ongs se sont fait une spécialité de la captation de ces flux financiers pour ne laisser que des miettes aux populations et structures étatiques cibles.

En Mauritanie ça pourrait être le cas de l’ONG Terre Solidali Onlus et de la société THEMIIS. Ces deux entités semblent bénéficier d’une étonnante indulgence ou complaisance des représentations de Bruxelles en Mauritanie.

Terre Solidali Onlus est une ONG italienne qui travaille en Mauritanie depuis 2003 et qui a bénéficié de plusieurs subventions de L’Union Européenne pour réaliser des projets de développement alors que THEMMIIS est une nouvelle arrivée et elle a déjà à son actif l’acquisition des fameux dromadaires de la Garde nationale qui ont fait couler tant d’encre.

Terre Solidali Onlus a fait le choix dès le départ de travailler en catimini. Elle n’a sollicité aucun agrément des autorités mauritaniennes comme l’exige la loi tout comme elle a choisi un siège dans un quartier résidentiel et qui n’est signalé par aucun panneau ou pancarte. Avantage de cette situation Terre Solidali Onlus ne payent pas les impôts dus comme l’ITS au moins des travailleurs locaux, cette position informelle la dédouane aussi de toute obligation envers ses employés mauritaniens comme la sécurité sociale ou la CNAM. Mais aussi et surtout d’exécuter son travail le plus discrètement possible en adéquation avec l’adage « vivons caché vivons heureux »

La dernière génération de projet mis en œuvre par Terre Solidali Onlus concerne un appui aux institutions mauritaniennes dans le Hodh Echarghi dénommé RIMRAP rattaché au Contrat FED/2016/373-942 Période d’exécution du contrat (01/04/2016-31/03/2020) avec ses autres composantes RIMDIR et RIMFIL il est financé à hauteur de plusieurs dizaines de millions d’euros.

En février 2018, la directrice de l’ONG italienne Mme Laura Alunno décide de régulariser la situation de son organisation en Mauritanie. Elle Charge une mauritanienne Fatou Mehdi d’entamer les démarches auprès du Ministère de l’intérieur en vue de cette reconnaissance. Le 19 Mai 2018 ce fut fait et Fatou Mehdi est désignée dans le document officiel comme représentante légale de l’ong Terre Solidali Onlus en Mauritanie. Durant plus d’une année la mauritanienne aurait été écartée de toute décision importante et surtout n’aurait aucune connaissance des agissements et financements de l’ong dont elle est la représentante légale. Et à son départ (semble-t-il pour des raisons familiales), elle demande fort légitimement un audit financier ou une inspection du Ministère de l’Intérieur de la période pendant laquelle elle a exercé son « magistère ».

Curieusement l’Union Européenne et notamment sa délégation à Nouakchott, généralement très sourcilleuse sur l’utilisation de ses financement, reste de marbre devant les requêtes de Fatou Mehdi pour un audit de l’utilisation des fonds mis à la disposition de l’ong.

A la lecture d’un rapport financier dont nous avons pris connaissance, plusieurs anomalies apparaissent à vue d’œil. Des travaux et missions non effectuées mais dont les fonds alloués ont été utilisés, des emplois fictifs et des experts sur-rémunérés, tels sont quelques uns des agissements de cette ong en Mauritanie. Au final ce sont des miettes qui parviennent aux populations et l’ambassadeur peut se targuer dans ses discours officiels d’être le premier bailleur de la Mauritanie.

Pourtant à y regarder de prés il n’y a pas de quoi pavoiser. Le projet RIMRAP bat de l’aile et en tout cas est très loin de réaliser les résultats escomptés. La plus part des bénéficiaires directs que sont les Producteurs agro pastoraux, coopératives, unions, fédérations, les Autorités politiques (élus locaux et nationaux), Autorités administratives et services techniques déconcentrés (STD), Jeunes opérateurs agro pastoraux n’ont pour ainsi dire, jamais entendu parler du projet. Au Hodh El Gharbi l’ong chef de file ACORD serait en liquidation et au Hodh Echarghi TSO a changé six fois de coordinateur national ce qui montre à quel point la gouvernance de cette ong pose problème.

Pour ce qui est du budget et à titre d’exemple 6 postes réservés à des expatriés pour des durées de quatre à quarante six mois pour des salaires mensuels allant de 4000 à 5000 euros. Il y en a pour plus de 500 000 euros auxquels il faut ajouter 120 000 autres euros en missions ponctuelles de moins de deux mois tout ça entre sept ou huit personnes dont la plus part à mi temps et ce sans compter les billets d’avion A/R, les visas et les assurances des expatriés. Dans un pays ou le SMIC est à 80 euros par mois il y a de quoi ne pas rester de marbre.

Si vous y ajoutez le fait qu’il y a des doutes sérieux sur la réalité des actions entreprises et sur les autres dépenses vous comprendrez qu’il y a aisément de quoi déclencher un audit sérieux de ces projets.

Coté mauritaniens, cette ong semble aussi bénéficier d’une étonnante permissivité, alors que son agrément lui a été retiré deux fois, le ministère de l’intérieur le délivre encore en pleine effervescence des préparatifs du 28 Novembre et ce à l’issue d’une audience accordée par le Ministre à l’ambassadeur représentant de l’Union européenne Monsieur Giacomo Durazzo.

Pour ce qui est de THEMIIS et dans le cadre du projet « Sécurité – Développement » cette entité a reçu une subvention de l’Union Européenne de 3,7 M€ pour accompagner le pays à mettre sur pied des programmes et des centres de formation d’excellence à destination des stratèges et des opérationnels en matière de sécurité et de défense, notamment le Projet GHAWDAT (Projet d’Appui à la Sécurité et le Développement en Mauritanie), financé par l’Union Européenne.

Seulement, pour le moment les experts de la Garde Nationale mauritanienne n’ont pas trouvé mieux qu’une requête pour l’acquisition de 240 dromadaires (sic) et ce sur les conseils de l’expert Peer de Jong patron de Themiis. Peer de Jong s’est fait connaitre en Mauritanie pour avoir été l’un des témoins de la défense de l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz dans sa plainte contre le député Noel Mammère et pour avoir ensuite l’un des animateurs de l’association pour l’Amitié Europe Mauritanie qui vient justement d’organiser avec THEMIIS un colloque bidon en France sur la sécurité au Sahel.

C’est dire que sur les dizaines de millions d’euros engagés par l’Union européenne des dizaines d’ONGs souvent peu recommandables et passées maitres dans les arcanes et procédures très complexes de Bruxelles se sucrent sir le dos des populations cibles de ces financements. Ces ONGs ont mis en place un système bien élaboré et bien rodé pour continuer impunément leur petit manège : arroser les responsables des pays africains et créer des liens privilégiés avec les fonctionnaires européens.

B.C

mauriweb.info