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Les dessous de ma démission

Démissionner de son poste de ministre porte parole de gouvernement est un pas que Ould Maham n’a pas hésité à franchir pour ne pas gêner ceux qui ont pour mission de procéder à une mise en examen de son épouse, ex-directrice de El Mouritaniya. Un acte de bravoure auquel certains préféreraient promener leur langue sur les bottes de leur César, qui basculera moins de quarante cinq jours plus tard dans le dépotoir de l’histoire. Heureusement que parmi les nombreux César de la vie on n’en dénombre qu’un seul Jules, (Calus Julius Caesar 44 av J.C) auteur de la célèbre citation rapportée par le 125e écrivain grec, Chéronée Plutarque dans son œuvre ‘’Les vies parallèles’’ ‘’J’aimerais mieux être le premier dans ce village, que le second à Rome.’’ Une phrase qui trouve toute sa signification dans le texte ci-dessous. DaD.   

Les dessous de ma démission

‘’Je me vois une fois de plus dans l’obligation de donner les éclaircissements suivants, en réponse au pourquoi de ma démission du gouvernement intervenue en juin dernier. Une question muette sur les milliers de lèvres de mes sympathisants’’

‘’Primo : Ma démission ne pourrait être interprétée ni au propre, ni au figuré du terme, comme une protestation, ou comme  un refus, moins encore comme une contestation, de la justice en tant que principe qui exige le respect du droit, qui est au dessus de tous, de ses lois, ou de ses autres outils pris comme moyens d’accéder à l’équité. Au contraire, j’ai démissionné par soumission, et par obéissance aux fondements de cette même justice. Au départ je savais que le dossier était un dossier par excellence politiser jusqu’à la lie. Un dossier monté de toutes pièces, en vue de la liquidation de rivaux, par de puissants adversaires, politiques qui, en haut lieu décident de la pluie et du beau temps, secondés par des subalternes tout aussi bien placés dans les services chargés de contrôler, et leurs collègues de l’appareil judiciaire.’’

‘’J’ai démissionné de mes fonctions en tant que ministre, pour permettre d’abord à la justice de suivre son cours normal ; et pour donner ensuite le bon exemple à suivre dans pareille situation, où un haut fonctionnaire se doit d’abandonner son poste d’influence, chaque fois que lui, son épouse, ou l’un des membres du cercle immédiat de ses proches se trouve impliqué dans une affaire où l’influence de sa fonction, et de ses relations pourraient perturber le travail des enquêteurs, ou faire planer le doute quant à l’intégrité des résultats de l’enquête. Au départ, j’avais deux convictions toutes deux  solides comme moulées dans du béton armé. La première concerne la nature controversable dudit dossier. Tandis que la seconde se rapporte à son instruction, dont je ne doutais pas une seconde qu’elle ne sera pas à notre avantage. Pour ces deux raisons, je n’ai pas hésité un seul instant à rendre publique ma démission, qui a tout de suite pris de contre-pied ces Messieurs, alors décontenancés par une réaction aussi vive, n’auraient trouvé mieux que de s’empresser de barrer ledit dossier de la mention ‘’CLOS’’. Et le pauvre se retrouve fermé avant même d’être ouvert. Avaient-ils pris cette décision de peur d’un affrontement judiciaire auquel ils sont mal préparés? Ou s’étaient-ils rendus compte à temps que c’est de l’amateurisme puéril, que de s’en prendre à des innocents, qui ne se laisseront pas faire? Ou simplement s’étaient-ils ravisés parce que cette bouchée-ci pourrait leur rester sur l’estomac ? Peu importe tout cela, l’essentiel est qu’ils sont apparus à tous sous leur vrai jour, nus de tout artifice et de tout déguisement.’’  

‘’Secundo : Il est bon à savoir, que le pseudo dossier ne renferme aucune mention en chiffres ou en lettres certifiant une somme fiscale détournée. Et à ce jour l’intéressée n’a reçu ni préavis ni demande d’acquittement, ou de paiement d’un quelconque montant en argent. Ce qui est cependant une démarche de routine banale, que les inspecteurs ont à la longue fini par ériger en procédure courante. Dans ce domaine, les statistiques parlent de plus de trois cents (300) fonctionnaires et haut responsables pris dans le collimateur de l’inspection du contrôle d’Etat, qui furent à tour de rôle sommés – à tort ou à raison – de payer rubis sur l’ongle. Et pour avoir su se montrer coopératifs, ils ont par renvoi d’ascenseur reçu la faveur de garder leurs postes, et la possibilité d’évoluer au sein des divers rouages de l’appareil de l’Etat, comme si de rien n’était.’’

‘’Tertio : Davantage qu’un vice de forme empêcha ce dossier – qu’un arrêté de non-lieu aurait pu être la consécration – de trouver sa voie à un règlement. D’abord au niveau des juridictions compétentes on ignore jusqu’à son existence. Et subséquemment ceux qui l’ont monté de toutes pièces n’ont plus qu’une seule aspiration celle de l’enterrer vif, et passer l’affaire sous silence avant qu’elle ne leur éclate à la figure. Étant donné que pas trace de montant ne figure dans ce dossier, l’évidence niaise serait à mon avis d’affirmer qu’aucun montant n’a été versé par nos soins à qui que ce soit. Il s’agit en gros de ragots colportés par ces messieurs pour occulter la réalité, et tenter ni plus ni moins, d’entretenir la suspicion autour de cette affaire. Je les convie, de démontrer par des pièces comptables au public qu’un montant fut versé par nous, ou en notre nom par une tierce personne, ou qu’il existe un procès-verbal de procédure concernant cette affaire, dont copie pourrait être retirée au service de greffe. Je les convie aussi à ne pas hésiter s’ils le pourraient de contester par une version contraire les faits ci-dessus énoncés.’’

Traduit par Deddah Ould Abd-Daim