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Mauritanie : encore un cas d’esclavage traditionnel sur mineur

Note d’alerte

Faits

Le 5 février 2020, Beibbeu Ould Cheikh, un garçon de 8 ans, fuit le domicile de son propriétaire, Ahmed Ould Taher, un dignitaire arabo-berbère, propriétaire de bétail, dans le département de Ould Yengé, région du Guidimakha, au sud-est de la Mauritanie. Youba, berger d’un troupeau de caprins et d’ovins, est né esclave, un statut qu’il hérite de sa mère Maata. Depuis son éveil, il subit, les travaux forcés, les châtiments corporels, ne dispose de document d’état-civil et n’a jamais été scolarisé.

A la suite d’une molestation parmi d’autres, la victime quitte la localité de Tartaga, pour se réfugier chez une femme, sympathisante d’Ira-Mauritanie, dans le village de Zweinliya, distant d’environ 13 km, à proximité de la frontière du Mali ; il précise avoir parcouru la distance sans connaître sa destination. Dès son arrivée, Hawa, téléphone aux militants abolitionnistes, qui saisissent, à leur tour et selon le même procédé, la brigade de gendarmerie de Ould Yengé, chef-lieu, dont dépendent l’administration et la sécurité de Tartaga et Zweinliye. Compte tenu des précédents d’occultation et de contrefaçon visant à disqualifier les allégations des plaignants, Hawa s’empresse d’enregistrer un témoignage vocal où l’enfant relate, les raisons de sa fuite, les sévices subis et la captivité de ses trois frères et sœurs, affectés, comme lui, à des tâches domestiques. Le mineur, avec ses mots et la timidité de son âge, raconte combien la dureté du traitement infligé par le maître, le contraint à chercher asile, loin de ce dernier. Au terme du voyage, le petit urinait du sang ; un examen de santé sommaire détecte une suspicion de bilharziose. Sur la foi d’un tel diagnostic, des comprimés d’Ibuprofène lui sont prescrits. Il poursuit le traitement.

Dysfonctionnements

Le lendemain, 6 février, l’adjudant-chef Cheikh Oumar Ould Mohamed, commandant de la brigade de gendarmerie de Ould Yengé, rejoint madame Hawa, à Zweinliya. Il récupère le garçon et le ramène en ville. Sur le chemin, il viole la loi sur la protection pénale du mineur car il interroge ce dernier, sans la présence d’un avocat ni d’un assistant agréé. Pire encore, l’officier de police judiciaire interpelle le maître présumé pour le placer, avec Beibbeu, dans le même cachot, du 7 au 10 février.  Informé, Monsieur Haimoud ould Ramdhane, le Ministre de la justice, d’ailleurs tutelle du parquet, s’abstient d’ordonner, au procureur près le tribunal compétent de Sélibaby, d’instruire l’affaire. Le Garde des sceaux, natif d’extraction servile, sert de caution noire au système de discrimination et d’impunité. Il a été l’un des promoteurs constants du déni, en vertu de quoi la Mauritanie, devant les instances internationales, pénalise l’esclavage comme crime contre l’humanité, lui réserve des chambres spéciales mais nie son existence sur le territoire.

Antécédents

Ainsi, face à la moindre plainte, les services de l’Etat se mobilisent-ils à requalifier les faits et inventer de faux parents de la victime aux fins de vider le contentieux ; aussi, ils achètent ou intimident les témoins, grâce à l’entremise des tribus, avant d’aboutir in fine, à une décision d’abandon des poursuites. Le 12 février, à Selibaby principale agglomération du Guidimakha, les activistes de la citoyenneté inclusive organisaient un rassemblement. Malgré la mobilisation, les autorités tentent de falsifier l’infraction en alléguant que le père, Cheikh Elweli, « prêtait » son fils, à Ahmed Ould Taher, au titre d’une transaction, somme toute, habituelle sous nos latitudes. Ici, les textes universels de protection de l’enfant restent du domaine de l’affichage, des séminaires et des discours de commémoration, en présence des agences des Nations unies, notamment l’Unicef.

Certains magistrats, allergiques à la notion des droits de l’Homme, à cause d’une socialisation conservatrice où extrémisme religieux et racisme s’équilibrent, s’évertuent à rejeter les requêtes, du moins en compromettre l’aboutissement.  L’alternance au sommet de l’Etat, depuis juin 2020, malgré les promesses de campagne électorale et les résolutions du lendemain, n’apporte aucune exception à ce constat. La communauté des anciens maîtres, détentrice du pouvoir de contrainte et de l’hégémonie matérielle et symbolique, se préserve des revendications d’égalité, par l’esprit de corps et le réflexe de la contrefaçon.

Réagir

Si l’histoire du petit Beibbeu et de ses frères et sœurs toujours en captivité vous interpelle, indigne ou attendrit, partagez-la ! L’oppression se nourrit d’abord de silences, de paresse, d’indifférence et de cynisme. Beibbeu et les siens méritent un bel avenir. Ne détournons le regard, aidons-les !

Initiative de résurgence abolitionniste en Mauritanie (Ira-M), Nouakchott, le 13 février 2020