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Emmanuel Macron dans la guerre du coronavirus

Emmanuel Macron, au ministère de l’intérieur, le 20 mars 2020, à Paris. GONZALO FUENTES / AFP
Emmanuel Macron, au ministère de l’intérieur, le 20 mars 2020, à Paris. GONZALO FUENTES / AFP

Dans le combat contre le Covid-19, le président de la République réussit à entraîner derrière lui une majorité de Français, mais il lui faut encore réaliser l’union sacrée.

Editorial du « Monde ». Puisque la France est « en guerre », comme l’a répété à six reprises le président de la République dans son allocution télévisée du 16 mars, il n’est pas inutile de connaître l’état des forces, à l’orée d’une bataille dont on ignore encore la longueur et l’issue.

Du côté des troupes, le moral n’est pas très bon. Les Français ont peur, indique une enquête Ipsos-Sopra- Steria, réalisée les 16 et 17 mars, pour le Cevipof. Lorsqu’on les interroge, 45 % d’entre eux donnent une note de 7 à 10 (sur 10) pour qualifier leur niveau de crainte liée au coronavirus ; 84 % estiment que les conséquences de la pandémie sur la santé en France sont « graves », et 47 % les jugent même « très graves ».

Du côté du général en chef, le bulletinest un peu meilleur. Mal-aimé en temps de paix, Emmanuel Macron a récupéré suffisamment d’aura pour être écouté. L’audience de ses deux dernières interventions télévisées a battu tous les records : 25 millions de téléspectateurs le 12 mars ; 35 millions quatre jours plus tard. Est-il entendu ? D’après les premières enquêtes d’opinion, ses propos semblent avoir eu pour effet de faire baisser la peur et la colère au profit de l’espoir.

L’habit du président protecteur

Comme à chaque fois que le pays traverse une épreuve, un échange direct s’est instauré entre le président de la République et les Français. Certes, les autres acteurs existent toujours, le premier ministre, le Parlement, les partis, les juges, indéfectibles garants d’un ordre démocratique largement perturbé par l’état d’urgence sanitaire. Mais ce qui prime, c’est la parole présidentielle. Le général de Gaulle l’avait voulu en 1958 et tous ses successeurs, aux heures graves, ont pu éprouver la phrase qu’il avait prononcée le 6 janvier 1961 en annonçant le référendum sur l’autodétermination en Algérie : « L’affaire est entre chacune de vous, chacun de vous, et moi-même. »

Endosser l’habit du président protecteur, après des mois de tension suscitée par la réforme des retraites, n’a cependant rien d’évident. Pour y parvenir, Emmanuel Macron doit contourner trois écueils. D’abord, tenir compte du fort discrédit dont souffre la parole politique. Pour cela, il cherche constamment à s’appuyer sur l’expertise des médecins et des scientifiques, envers qui les Français ont foi, mais au risque de donner l’impression de se défausser sur eux d’une partie des responsabilités de l’exécutif dans l’anticipation et la gestion de la crise.

Eviter toute polémique politicienne

Il lui faut ensuite échapper au procès en illégitimité instruit contre lui par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, qui le décrivent depuis son élection comme un libéral minoritaire aux pulsions autoritaires. Il a ainsi choisi l’arme de la pédagogie, en misant sur la montée progressive de la responsabilité individuelle et collective, au risque de brouiller parfois les consignes strictes qui s’imposent dans cette situation d’urgence. Et il s’est efforcé d’éviter toute polémique politicienne, ce qui l’a conduit au choix, très malheureux, de maintenir le premier tour des élections municipales, défendu par les partis.

Aujourd’hui, une majorité de Français (54 %) se déclare satisfaits de la manière dont le gouvernement gère le dossier du coronavirus. C’est à la fois beaucoup, compte tenu du niveau d’impopularité dont souffrait le président de la République avant la crise, et peu, au regard des défis qui l’attendent. Car, pour l’heure,à la différence de ses prédécesseurs en temps de risque majeur,Emmanuel Macron ne parvient pas à réaliser l’union sacrée, même s’il entraîne désormais derrière lui une part non négligeable des Français. La guerre, dans ces conditions, est encore loin d’être gagnée.

Le Monde