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Coronavirus : de nombreuses villes françaises optent pour le couvre-feu, l’Assemblée vote le projet de loi d’urgence sanitaire

La police effectue des contrôles de la circulation pour limiter tout déplacement non autorisé, après la mise en place du confinement, le 17 mars. ODHRAN DUNNE POUR LE MONDE
La police effectue des contrôles de la circulation pour limiter tout déplacement non autorisé, après la mise en place du confinement, le 17 mars. ODHRAN DUNNE POUR LE MONDE


Partout dans l’Hexagone, des villes renforcent les restrictions de circulation avant de probables nouvelles mesures gouvernementales sur le confinement.

Le Monde avec AFP et Reuters Publié aujourd’hui à 03h46, mis à jour à 14h29

La vague enfle et elle va durer. Face à l’épidémie de coronavirus qui a déjà tué plus de 560 personnes dans le pays, pouvoirs publics et médecins gèrent l’urgence et préparent la suite, notamment la prolongation du confinement. Entre vendredi et samedi, le nombre total de morts en France a bondi de près de 20%, pour atteindre 562. Le nombre de patients hospitalisés a atteint 6172 (+ 18%), dont 1525 cas graves en réanimation.

« La vague est là », résume Emmanuel Macron, cité dans Le Journal du dimanche« C’est une guerre, elle va durer », poursuit le chef de l’Etat, qui détaille les priorités : « protéger les plus faibles (…) et notre système de santé », mais aussi gérer le « stress » de la société et se préparer à « affronter une crise financière sans précédent, une crise de l’économie réelle ».

Première mort d’un médecin hospitalier annoncée en France

Un médecin hospitalier est mort après avoir été infecté par le nouveau coronavirus, a indiqué dimanche 22 mars le ministre de la santé, Olivier Véran, précisant qu’il s’agissait à saconnaissance»du premier décès de ce type en France. Selon des informations de France 3 Hauts-de-France, confirmée par l’Agence France-presse, la victime est un médecin urgentiste de Compiègne, dans l’Oise, un des premiers départements à avoir été fortement touché en France, l’homme est mort après son transfert à Lille.

Olivier Véran, « associé à la douleur de la famille », a relevé le « très lourd tribut payé par la grande famille des médecins aujourd’hui ». Il a également « souligné le courage extraordinaire dont font preuve l’ensemble des médecins, des soignants, des pompiers, de toutes les personnes qui permettent de sauver des vies chaque jour ». « Mon père s’est sacrifié, a réagi dimanche son fils,contacté par Le Parisien. Il était à la retraite et aurait pu arrêter mais il continuait à venir car il voulait toujours aider ses confrères surchargés. Il travaillait parce qu’il aimait ça, c’était sa vie. C’est injuste. Nous sommes tristes et en colère. »

Des décisions sur le confinement attendues lundi

Au sixième jour d’un confinement généralisé, les autorités ont préparé le terrain à la prolongation de cette mesure inédite, pour l’instant décrétée jusqu’à fin mars. De nombreuses voix dans le monde médical réclament sa prolongation.«La situation va continuer à s’aggraver avant que les effets du confinement fassent leur effet», a rappelé samedi le ministre de la santé, Olivier Véran. Il estime le nombre de personnes infectées en France à «entre 30000 et 90000», fourchette large en raison des nombreuses personnes présentant peu ou pas de symptômes.

Les autorités ont demandé au conseil scientifique créé sur le Covid-19 de se prononcer sur«la durée»et«l’étendue»du confinement. Son avis est attendu lundi, mais tout laisse à penser qu’il se prononcera pour une prolongation, voire un renforcement des mesures.

L’Assemblée nationale a déjà durci dans la nuit de samedi à dimanche les sanctions en cas de violation des règles : les 135 euros d’amende forfaitaire passeront ainsi à 1 500 euros en cas de récidive « dans les quinze jours » et, dans le cas de « quatre violations dans les trente jours », le délit sera « puni de 3 700 euros d’amende et six mois de prison au maximum ».

De nombreuses villes mettent en place des restrictions

La promenade des Anglais déserte, à Nice, le 20 mars. ERIC GAILLARD / REUTERS
La promenade des Anglais déserte, à Nice, le 20 mars. ERIC GAILLARD / REUTERS

Sur le terrain, de nombreux élus locaux ont imposé un couvre-feu, comme Nice, Vallauris, Menton (Alpes-Maritimes), Roquebrune-sur-Argens (Var), Charleville-Mézières (Ardennes), Béziers (Hérault), Perpignan (Pyrénées-Orientales) ou Montpellier, où la mairie a également ordonné la fermeture des marchés alimentaires et réservé les transports aux travailleurs.

A Paris, la maire Anne Hidalgo a appelé à « aller vers un confinement beaucoup plus sévère », dans un entretien au Parisien« Le confinement doit être d’une extrême rigueur », exhorte celle qui est arrivée en tête du premier tour des élections municipales dimanche dernier.

Alors que plusieurs marchés alimentaires en extérieur drainent toujours de nombreux consommateurs, parfois au mépris du respect des gestes barrière, « les médecins nous disent qu’il faut essayer de [les] maintenir, car il y a moins de risques de contamination que dans d’autres types de commerces », assure l’élue socialiste, en précisant que les grands marchés de Belleville, Barbès, Aligre ou ceux des 14et 15e arrondissements sont « sous surveillance renforcée »« Si les consignes de sécurité ne sont pas respectées sur certains marchés, nous les fermerons », prévient-elle.

Le marché de Belleville, à Paris, le 17 mars. ODHRAN DUNNE POUR LE MONDE
Le marché de Belleville, à Paris, le 17 mars. ODHRAN DUNNE POUR LE MONDE

Feu vert de l’Assemblée nationale au projet de loi d’urgence sanitaire

L’Assemblée nationale a voté dans la nuit de samedi à dimanche le projet de loi permettant l’instauration d’un état d’urgence sanitaire de deux mois face à l’épidémie due au coronavirus. Mais des désaccords subsistent avec le Sénat, avec lequel les discussions reprennent ce dimanche. Ce texte autorise aussi le gouvernement à prendre par ordonnances une série de mesures pour soutenir les entreprises et acte le report du deuxième tour des municipales.

Parmi les mesures votées par l’Assemblée samedi soir, la possibilité pour un employeur d’imposer une semaine de congés payés à un salarié pendant le confinement avec un accord d’entreprise ou de branche. La version initiale du texte autorisait l’employeur à imposer unilatéralement et sans délai ces six jours de congés payés ouvrables, ce qui suscitait l’opposition des syndicats. Le texte laisse en revanche aux entreprises la possibilité unilatérale d’imposer ou de modifier les dates de RTT ou de jours du compte épargne-temps, en dérogeant au délai fixé par le code du travail.

Une mesure pour les Français expatriés de retour

Les expatriés de retour en France, pendant la crise sanitaire, pourront accéder directement à la Sécurité sociale : l’Assemblée nationale a voté dans la nuit de samedi à dimanche la suspension du délai de carence de trois mois (pour bénéficier de l’assurance-maladie) habituellement imposé aux Français après un long séjour à l’étranger. C’est le gouvernement qui a soumis cet amendement lors de l’examen du projet de loi d’urgence.

La mesure pourra être précisée par décret, mais elle permet à ce stade de déroger à ce système de carence entre le 1er mars et le 1er juin.

« Plus de 250 millions » de masques commandés

Sur le front médical, c’est toujours la pénurie de masques qui domine. Le gouvernement a annoncé samedi en avoir commandé plus de 250 millions. Les stocks d’Etat avaient régulièrement baissé depuis dix ans et la pénurie de ces équipements de protection pèse fortement sur les soignants. Le«stock d’Etat»n’est actuellement que de 86 millions de masques, pour une consommation prévue de«24 millions de masques par semaine», a indiqué M. Véran.

Pour les deux semaines à venir, a-t-il dit, priorité sera donnée aux personnels de santé en ville comme à l’hôpital et aux personnes intervenant auprès des personnes âgées, avec notamment 500 000 masques par jour pour les personnels des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). Le gouvernement n’envisage pas l’usage généralisé du masque dans la population, que l’OMS ne recommande pas. Quant aux professions au contact du public qui en réclament (forces de l’ordre, distribution…), là encore, le gouvernement va consulter son conseil scientifique. 

Concernant l’utilisation de tests, réservés à certaines catégories de populations (fragiles, âgées, femmes enceintes, etc.), M. Véran a assuré que les autorités se préparent à « les multiplier au moment ou nous lèverons le confinement ». Mais pour l’heure, pas de dépistage massif, comme l’a par exemple pratiqué avec un succès apparent la Corée du Sud. Car il n’y en a tout simplement pas assez en France, explique régulièrement le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy.

Les structures hospitalières saturent dans certaines régions

Le Grand-Est, et en son sein le département du Haut-Rhin, constituent un des points noirs de l’épidémie en France. Mobilisée, l’armée a évacué une douzaine de patients vers d’autres régions et installe un hôpital de campagne, qui devrait être opérationnel en début de semaine.

Même aide de l’armée en Corse, où le porte-hélicoptères amphibie Tonnerre, de la marine nationale, est arrivé tôt dimanche dans le golfe d’Ajaccio pour évacuer des patients atteints du Covid-19 vers des hôpitaux marseillais.

Le Monde Politique