Catégories
Economie

Coronavirus : FO appelle à des droits de retrait dans les transports le 23 mars

Sur l’autoroute A16, près de Lille, le 19 mars. DENIS CHARLET / AFP
Sur l’autoroute A16, près de Lille, le 19 mars. DENIS CHARLET / AFP


Le syndicat ne vise pour le moment que les secteurs non essentiels, mais pourrait étendre son appel si les conditions de travail des chauffeurs ne s’amélioraient pas

Par Eric Béziat Publié hier à 08h40, mis à jour hier à 09h16

« Génial, la station Shell de Sommesous [dans la Marne] ! Pas d’accès aux sanitaires. Bel exemple de solidarité ! Depuis lundi [16 mars], je me sens comme un pestiféré. » Le sentiment de colère des chauffeurs routiers, comme celle de Julien E. sur Facebook, a du mal à retomber. Le courroux grandit depuis cinq jours parmi les travailleurs du transport contre leurs conditions de travail : aires et relais routiers fermés, absence de points d’eau, accès aux besoins de base interdits ou impossibles. Et ce, alors qu’en pleine pandémie de Covid-19, la chaîne logistique des produits de première nécessité est sous pression.

Face à cette situation, le syndicat FO-Transports appelle les salariés de toutes les catégories du transport (marchandises, voyageurs, déchets, transports de fonds…)«à appuyer sur le bouton “stop” pour tout ce qui concerne les transports et la logistique non essentiels[et]demande à l’ensemble des salariés(…)de se mettre en droit de retrait individuel à partir de lundi 23mars».FO, principal syndicat du secteur avec la CFDT, a informé le gouvernement de son intention, vendredi 20 mars au soir, dans une lettre adressée à Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d’Etat aux transports, texte que Le Mondea pu consulter.

«En ce qui concerne le transport et la logistique essentiels à notre pays, FO exige que des mesures très fortes soient prises en termes de santé, d’hygiène et de sécurité pour l’ensemble des salariés qui devront travailler, faute de quoi nous leur demanderons aussi d’exercer leur droit de retrait individuel»,prévient Patrice Clos, le secrétaire général du syndicat.

Blocage relatif des frontières

Pourtant, l’Etat semble avoir pris au sérieux cette colère et cette inquiétude. Un arrêté a été publié, jeudi 19 mars, visant à«garantir la continuité des opérations de transport dans les meilleures conditions sanitaires possible». Le texte rend obligatoire l’accès des chauffeurs à un point d’eau ou à du gel hydroalcoolique lorsqu’ils arrivent à une zone de livraison.«L’Etat s’emploie à maintenir l’ouverture des stations-service, aires de repos, toilettes et restaurants routiers en vente à emporter»,a ajouté le gouvernement dans un communiqué.

Du côté de la CFDT, on souligne l’avancée rapide et les bonnes intentions.«Il faut attendre que cela se mette en place,explique Charles Morit, secrétaire général adjoint de la CFDT-Routes.Nous verrons lundi si ces dispositions rapidement prises deviennent effectives sur le terrain.Chez FO, on est plus dubitatif.Mis à part quelques parkings rouverts par-ci, par-là, il n’y a pas beaucoup de changement sur les sanitaires, les douches, les restaurants, l’accueil des routiers chez les clientsconstate M. Clos.

Autre revendication syndicale : un blocage relatif des frontières qui laisserait passer les remorques, mais empêcherait les chauffeurs étrangers d’entrer sur le territoire. « On dit : “Restez chez vous pour ne pas répandre le virus” et on laisse 1,5 million de chauffeurs routiers se déplacer à travers l’Europe. Ce n’est pas logique, souligne Patrice Clos. D’ailleurs, beaucoup de routiers français refusent maintenant de se rendre en Grande-Bretagne, où les mesures sanitaires sont moins sévères qu’en France. »

Le Monde Economie