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Coronavirus : les mesures de confinement durcies en France


Le premier ministre, Edouard Philippe, a notamment annoncé, lundi soir, qu’il ne serait possible de faire son jogging que seul, pendant une heure au maximum et dans un rayon de 1 km autour de son domicile.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 04h54, mis à jour à 11h22

La France est officiellement en état d’urgence sanitaire pour deux mois, éloignant ainsi la perspective de sortir à la fin de mars du confinement imposé par l’épidémie de coronavirus, qui a tué 186 nouveaux malades lundi et qui soumet le système de santé du pays à très rude épreuve.

Le Parlement a adopté dimanche le texte « d’urgence pour faire face à l’épidémie de Covid-19 », à l’issue de quatre jours de travaux intensifs en comité restreint. Publié mardi 24 mars au Journal officiel, il prévoit ce nouveau régime d’« état d’urgence sanitaire », sur le modèle de l’état d’urgence prévu par une loi de 1955, et activé après les attentats de novembre 2015.

Le Covid-19 a fait 860 morts en France depuis le début de l’épidémie, dont cinq médecins. Et 2 082 patients étaient lundi soir en réanimation, a annoncé le ministre de la santé, Olivier Véran. Vingt résidents d’un Ehpad de Cornimont (Vosges) sont notamment morts « en lien possible avec le Covid-19 », selon les autorités régionales.

  • Durcissement des mesures de confinement

Face à cette aggravation de la situation, le premier ministre, Edouard Philippe, a averti lundi que « le temps du confinement peut durer encore quelques semaines »« Beaucoup de nos concitoyens aimeraient retrouver le temps d’avant, le temps normal, mais il n’est pas pour demain », a-t-il prévenu, en annonçant un durcissement des mesures de confinement.

Ainsi, il ne sera plus possible :

  • d’aller faire du sport loin de son domicile et pendant le temps que l’on veut. « Sortir pour promener ses enfants ou faire du sport c’est dans un rayon de 1 km de chez soi, maximum pour une heure, tout seul et une fois par jour », a précisé le chef du gouvernement ;
  • les sanctions ont été durcies pour ceux ne respectant pas ces consignes. Les 135 euros d’amende forfaitaire doivent passer à 1 500 euros en cas de récidive « dans les quinze jours », et « quatre violations dans les trente jours » pourront valoir jusqu’à « 3 700 euros d’amende et six mois de prison » ;
  • les marchés ouverts ont aussi été interdits. « Mais il sera permis aux préfets sur avis des maires de déroger cette interdiction » lorsque le marché, dans certains villages, est « le seul (moyen) parfois » d’avoir « accès à des produits frais ».

Localement, certains maires ont par ailleurs pris des mesures radicales. Dans la Drôme, Valence est passée au couvre-feu depuis samedi soir, de 21 heures à 6 heures, jusqu’au 31 mars. Plus d’une trentaine de villes sont soumises au couvre-feu.

  • Cinq médecins sont morts

« Fantassins » de première ligne dans la guerre contre l’épidémie, deux nouveaux médecins, du Haut-Rhin et de Haute-Saône, sont morts dimanche des suites d’une contamination au coronavirus, portant à cinq le nombre de praticiens morts du virus. De nombreuses initiatives ont fleuri pour aider les médecins à faire face, comme les dons de masques de particuliers ou d’entreprises.

Pas sûr pourtant que cela suffise aux yeux du syndicat de généralistes MG France : la distribution des masques par les pharmacies est contingentée à 18 par semaine pour les médecins et les infirmiers. « Pour tous ces soignants qui tombent malades, le coronavirus sera reconnu comme maladie professionnelle : il n’y aura aucun débat là-dessus », a annoncé le ministre de la santé.

Il y a « quelques centaines » de soignants en Ile-de-France qui sont positifs « au Covid-19 », a affirmé lundi sur France Inter le professeur Philippe Juvin, chef du service des urgences à l’hôpital Georges-Pompidou de Paris.

Le confinement total est réclamé par le corps médical, mais le président de la République s’y oppose, jugeant nécessaire un contrôle plus strict des mesures actuelles. Un nouvel avis du conseil scientifique est attendu mardi.

Emmanuel Macron, qui a réuni par audioconférence les représentants des cultes, a déjà annoncé que les fêtes religieuses d’avril (Pâques juive et chrétienne, début du ramadan) devront se faire « sans rassemblement ».

  • La chloroquine ne pourra être administrée qu’en cas de « formes graves »

Du côté des traitements, un essai clinique européen a débuté dimanche dans au moins sept pays pour quatre traitements expérimentaux.

Concernant la chloroquine, l’un de ces traitements testés qui fait polémique, elle pourra être administrée aux malades souffrant de « formes graves » du coronavirus, mais ne doit pas être utilisée pour des formes « moins sévères », a statué lundi le Haut Conseil de santé publique, selon le ministre de la santé. Le comité scientifique « exclut toute prescription » pour « des formes non sévères » de la maladie, en l’absence de toute donnée probante.

Un arrêté encadrant le recours à ce traitement, miracle pour certains tandis que d’autres appellent à la prudence, sera pris « dans les prochaines heures », a-t-il précisé.

De très nombreuses personnes se sont pressées lundi devant l’institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, pôle d’expertise marseillais des maladies infectieuses, pour se faire tester par les équipes du professeur Didier Raoult, qui préconise ce traitement à la chloroquine.

  • Le gouvernement appelle ceux « qui n’ont plus d’activité » à aider les agriculteurs

Le ministre de l’agriculture Didier Guillaume a lancé mardi « un appel à l’armée de l’ombre des hommes et des femmes » qui « n’ont plus d’activité » en raison de la crise du coronavirus, « à rejoindre la grande armée de l’agriculture française », en quête de main-d’oeuvre.

« Il y a aujourd’hui la possibilité d’avoir 200 000 emplois directs dans les métiers de l’agriculture », privée de la main-d’oeuvre notamment étrangère qu’elle emploie habituellement pour les travaux des champs, a expliqué Didier Guillaume sur BFMTV, demandant à ceux qui le souhaitent d’aller « dans les champs ».