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Coronavirus : « Pour que le confinement soit efficace, il faut attendre la durée maximale d’incubation, soit environ quatorze jours »

Le docteur Gilles Pialoux a répondu aux questions des lecteurs du « Monde », lors d’un tchat consacré à l’épidémie de Covid-19.

Publié hier à 13h20, mis à jour à 08h46

Le dernier bilan de l’épidémie de Covid-19 fait état de 231 morts supplémentaires entre mardi et mercredi, portant à 1 331 le nombre de décès en milieu hospitalier ; 311 nouveaux patients sont en réanimation, portant ce chiffre à 2 827 personnes, dont le tiers était âgé de moins de 60 ans.

Le docteur Gilles Pialoux, infectiologue et chef du service de maladies infectieuses et tropicales de l’hôpital Tenon, à Paris, a répondu aux questions des lecteurs du Monde, jeudi 26 mars lors d’un tchat dans notre direct.

Gudule : Connaît-on la proportion d’asymptomatiques parmi les personnes âgées ? Ou en d’autres mots, y a t-il plus de risques de déclencher des symptômes avec l’âge ?

Non, on ne connaîtra la proportion d’asymptomatiques [qui ne présentent aucun symptôme clinique] que lorsqu’on disposera de tests sérologiques (anticorps) qui arrivent. Les enfants sont plus asymptomatiques et les personnes âgées plus à risque de mortalité et de formes graves.

Confinée : A dix jours de confinement pourquoi la « vague » est attendue, ne devrait-on pas déjà voir une décrue s’amorcer ? Au bout de combien de temps peut-on constater une baisse des cas grâce au confinement ?

Pour qu’une mesure comme le confinement soit efficace, il faut attendre la durée maximale d’incubation, soit environ quatorze jours. Il est possible que l’échappement aux règles de confinement soit, par exemple en Italie, une explication à l’absence de décrue. Mais il faut comprendre que cette décrue est la résultante de la puissance de la mesure et de la progression de l’épidémie.

Geoffrey : Quelle est l’immunité observée en Chine ? Est-ce que ce sera comme une grippe dont il faudra se vacciner chaque année ?

On ne sait pas, il faut attendre les études sérologiques qui viendront après l’épidémie. Mais le Covid-19 apparaît comme un virus assez stable, contrairement au virus de la grippe, notamment dans son enveloppe qui est la cible préférentielle des anticorps et donc d’un futur vaccin.

Romain : La courbe française des décès semble suivre de très près celle des Italiens, devons-nous nous attendre à un nombre de décès similaire ?

Je pense que nous suivons effectivement l’Italie, mais tout dépendra de notre capacité à absorber en réanimation les formes graves. En Ile-de-France, on prévoit – mais les prévisions sont délicates avec le Covid-19 – plus de 2 000 patients en réanimation, pour une capacité actuelle de 1 500 places en soins critiques. Donc il va falloir transférer, comme ce fut le cas en Lombardie. Souvent à plus de 150 kilomètres de l’hôpital initial, ou pousser encore les murs en transformant les salles de réveil post-opératoire en salle de lits de réanimation. On espère avoir assez de respirateurs. Mais il faut aussi pouvoir réanimer et opérer les autres malades urgents.

Guigui : A-t-on plus d’éléments sur l’impact de la saison sur la transmission du virus, comme on peut le voir sur la grippe saisonnière ? Constate-t-on dans l’hémisphère sud ? D’autre part, y a-t-il un lien entre le degré d’exposition et la gravité du Covid-19 ? Une exposition plus importante ou répétée peut-elle entraîner des effets plus graves de la maladie ?

L’impact attendu dérisoire. Le virus supporte des températures jusqu’à 65 oC et circule dans l’hémisphère sud et en Afrique.

Concernant un lien éventuel, on ne sait pas, mais notre expérience c’est que certains patients ont une charge virale très élevée et sont « super contaminateurs ». Comme dans le SRAS. Ce fut le cas avec notre patient zéro à Tenon, détecté tardivement car il ne revenait pas d’une zone à risque et qui a contaminé plusieurs soignants, d’autres malades et des membres de sa famille avant d’être dépisté.

Pascompris : J’ai entendu parler d’« autotests » qui seraient envoyés à domicile en Allemagne ou en Angleterre, je ne sais plus. Est-ce quelque chose de réaliste ? dans l’hypothèse d’un déconfinement, comment s’assurer que les particuliers réalisent bien leur test, et s’isolent en cas de résultats positifs ?

Oui, j’en ai un modèle dans mon bureau. Mais il faut attendre les évaluations. Ce sont des tests anticorps qui ne dépistent pas l‘infection au début. Ce qu’il faut, ce sont des tests virologiques rapides ! C’est en cours de développement.

Question SVP : Est-il possible de nous rappeler comment se passe la contamination d’un sujet sain ? A quel moment ce sujet peut contaminer les autres ? Combien de temps ce sujet peut guérir ?

La période d’incubation est en pratique assez courte, trois à sept jours. On considère par définition qu’une personne est contaminante vingt-quatre heures avant le début des symptômes et durant quatorze jours, mais dans certains cas le virus est présent plus longtemps… jusqu’à vingt-et-un jours.

MGavecpeudinfo : Pouvez-vous nous donner des détails concernant les risques chez la femme enceinte ?

C’est une question difficile. Non pas de transmission materno-fœtale connue mais des contaminations par l’entourage de nouveau-nés sans formes graves. L’accent est mis sur la surveillance du troisième trimestre et l’hospitalisation en cas de fièvre. Dans les publications on trouve un risque accru d’avortement et de prématurité avec les MERS-COV et le Covid-10. Mais on manque de données. Il faut que les équipes d’obstétrique soient formées à la gestion du Covid-19.

Con in fine : Le virus meurt sur des surfaces où il ne peut pas se répliquer, mais est-ce le cas sur des aliments ? Après combien de temps peut-on consommer un aliment cru (fruit, fromage, viande, etc.) que l’on pourrait suspecter d’avoir été infecté ?

Le virus reste sur les surfaces qui entourent les malades durant plusieurs heures, sans que l’on sache à quel moment les doses retrouvées par PCR ne sont plus contaminantes. C’est comme pour le VIH. Les études chinoises montrent que dans une chambre de malade, en vingt-quatre heures toutes les surfaces sont contaminées.

Catherine : Des cliniques privées disent n’être pas sollicitées alors qu’elles se sont organisées et ont des lits de réanimation disponibles : comment fonctionne la coordination entre hôpitaux publics et cliniques ?

C’est faux, ce week-end à Tenon on a « vidé » nos unités spécialisées vers le privé, qui joue le jeu, depuis peu il est vrai, mais ils ne sont pas toujours équipés : masques, surblouses, SHA, charlottes, etc. Il y a même des réanimations privées qui commencent à prendre des malades, quelle que soit leur couverture sociale !

Pasteursauvenous : Pourquoi les annonces semblent si positives concernant un vaccin ? Le sida existe depuis des décennies et il n’existe pas de vaccin. Ebola qui est beaucoup plus mortel… pas de vaccin. Bref il y a énormément de virus horribles qui ne trouvent pas de vaccin. Pourquoi tout le monde semble si positif pour le coronavirus ?

Parce que c’est un virus à enveloppe assez stable et non hypervariable comme le VIH ou le virus de la grippe. Pour le VIH, le patrimoine génétique du virus varie de 30 % possiblement d’un individu à l’autre ou chez un même individu dans le temps. On va y arriver avec le Covid-19, il faut juste du temps.

PCPC : Une fois le confinement posé et le retour à la « normale », peut-on s’attendre à une deuxième vague de contagion ? Certains spécialistes laissent d’ailleurs entendre que cela va arriver en Chine.

Les chiffres nous trompent : on ne dépiste en France comme en Chine, je crois, que les formes chez des personnes qui doivent être hospitalisées, les personnes symptomatiques avec facteurs de gravité et les soignants. Les seuls chiffres fiables, c’est la mortalité et la réanimation. La deuxième vague est possible soit par relâchement du confinement soit par effet de vague sur les contacts de malades.

PP : Est-ce que vous pourriez refaire un point sur l’utilité des masques ? On a entendu beaucoup de choses contradictoires à ce sujet, je suis un peu perdu !

Le masque chirurgical avec élastique ou ficelle est pour se protéger et surtout protéger l’autre des projections en cas de symptômes. Le FFP2 est réservé aux soignants, pompiers, SAMU… pour les manœuvres à risques avec des personnes malades ou suspectées de l’être. Dans les deux cas, on gère la pénurie, qui est honteuse, quelles qu’en soient les causes. Lecteurs du Monde, ne stockez pas ! Cela ne sert à rien de promener son chien avec. Et n’oubliez pas les autres mesures barrières : éternuer dans son coude, se laver les mains, utiliser des SHA, des mouchoirs à jeter, etc. Et puis nous avons tant de vols sur Tenon, des blocs opératoires qui sont forcés la nuit, aux camions de livraison braqués ! S’il vous plaît !


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