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Bilan du coronavirus en Chine: Pékin dément toute «dissimulation» après une réévaluation à Wuhan

Publié le : 17/04/2020 – 15:44 RFI

Wuhan a été l'épicentre de l'épidémie de coronavirus en Chine. Photo prise le 14 avril dans une rue de la ville.
Wuhan a été l’épicentre de l’épidémie de coronavirus en Chine. Photo prise le 14 avril dans une rue de la ville. REUTERS/Aly Song

« Il n’y a jamais eu aucune dissimulation et nous n’autoriserons jamais aucune dissimulation », a assuré ce vendredi, devant la presse, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères

Le gouvernement chinois a démenti, ce vendredi 17 avril, toute « dissimulation » dans le bilan du Covid-19, après une brusque augmentation du nombre de décès comptabilisés dans le pays.

Les autorités sanitaires ont en effet rehaussé le nombre de morts à Wuhan,
la ville foyer de l’épidémie. Le bilan se monte désormais à 3 869 morts,
une hausse de 50% exactement (1 290 décès supplémentaires), qui jette
encore un peu plus le doute sur les chiffres officiels annoncés par
Pékin.

Des doutes qui s’intensifiaient depuis la réouverture de Wuhan après des mois de confinement général, explique notre correspondant à Pékin, Zhifan Liu. Fin mars, les habitants de la ville étaient autorisés à récupérer les urnes des proches disparus. Les longues files d’attente dans les différents crématoriums de la ville avaient soulevé les interrogations, notamment sur les réseaux sociaux.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, la ville de 11 millions d’habitants placée sous quarantaine à partir de fin janvier a expliqué qu’au plus fort de l’épidémie, certains patients étaient décédés chez eux faute de pouvoir être pris en charge dans les hôpitaux.

Démenti de Pékin

Peu de temps après l’annonce de cette hausse subite du nombre de morts, la diplomatie chinoise a réagi. « Il n’y a jamais eu aucune dissimulation et nous n’autoriserons jamais aucune dissimulation », a assuré devant la presse, ce vendredi, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian.

Mais pour le sinologue Jean-Philippe Béja, directeur de recherche au CNRS, les déclarations de Pékin sont « essentiellement une réaction aux pressions internationales qui se sont faites de plus en plus fortes récemment, notamment sur la dissimulation des chiffres au début de l’épidémie, sur l’attitude de la Chine vis-à-vis de l’OMS et des pressions qu’elle a exercées sur cette organisation. »

Le président français Emmanuel Macron a en effet estimé jeudi qu’il existait des zones d’ombre dans la gestion de l’épidémie par la Chine, déclarant au quotidien Financial Times qu’il y avait « manifestement des choses qui se sont passées qu’on ne sait pas ».

Le Royaume-Uni, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Dominic Raab, a averti Pékin qu’il devrait répondre à des « questions difficiles sur l’apparition du virus, et pourquoi il n’a pas été stoppé plus tôt ». L’administration américaine accuse de son côté, depuis des semaines, le régime communiste d’avoir « dissimulé » la gravité de l’épidémie.

« On est retombé dans une dissimulation dramatique »

« La Chine sera crédible le jour où elle libèrera tous les lanceurs d’alerte qu’elle a emprisonnés, poursuit Jean-Philippe Béja. Ces derniers ont mis très vite le génome du virus sur le net et en accès libre au monde entier. Malheureusement, le laboratoire de Shanghai qui avait rendu public le génome de ce virus, a été fermé le lendemain. D’autre part, aujourd’hui, les articles scientifiques concernant le coronavirus doivent être visés par le département de la propagande du Parti communiste. On voit donc qu’après un petit moment de transparence, qui est dû essentiellement à l’attitude des chercheurs, on est retombé dans une dissimulation absolument dramatique. »

Le nouveau décompte de ce vendredi porte à 4 632 le bilan des décès enregistrés dans le pays le plus peuplé du monde. 

RFI