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En Afghanistan, le président et son rival signent un accord de partage du pouvoir après un mois de crise politique

Sur fond de violences et de propagation du nouveau coronavirus, l’accord dessinant une sortie de crise politique a été salué par la communauté internationale.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 18h35, mis à jour à 20h13

Le président afghan Ashraf Ghani (à droite) et son rival Abdullah Abdullah (à gauche) échangent des documents officiels consacrant leur accord de partage du pouvoir, le 17 mai 2020, au palais présidentiel, à Kaboul. Photographie transmise par le cabinet présidentiel. HANDOUT / AFP

En pleine recrudescence de violences et à l’heure où le Covid-19 menace d’une propagation rapide, l’Afghanistan a accueilli dimanche 17 mai une bonne nouvelle politique.

Le président afghan, Ashraf Ghani, et son rival et ancien numéro deux Abdullah Abdullah ont signé un accord de partage du pouvoir, après des mois d’une querelle qui a plongé le pays dans une crise politique et retardé l’ouverture de négociations de paix inédites avec les talibans.

L’accord prévoit que M. Abdullah prenne la tête de ces pourparlers. Le président Ghani a estimé qu’il s’agissait là d’un « jour historique » pour son pays et assuré que l’accord avait été trouvé sans l’aide d’une médiation internationale. « Dans les jours qui viennent, j’espère qu’avec l’unité et la coopération nous parviendrons d’abord à obtenir un cessez-le-feu » (avec les talibans) « puis à une paix durable », a-t-il dit, s’adressant à M. Abdullah lors de la cérémonie de signature.

Ce dernier a pour sa part déclaré que l’accord prévoit la formation « d’une administration plus inclusive, plus fiable et plus compétente »« Il intervient à un moment difficile, où nous devons affronter de sérieuses menaces », a-t-il ajouté sur son compte Twitter.

L’Afghanistan connaît une recrudescence des violences, en particulier avec l’attaque d’une maternité à Kaboul, la semaine dernière, qui a fait 24 morts, dont des nouveau-nés, malgré la signature fin février d’un accord entre les talibans et les Etats-Unis prévoyant le départ de toutes les troupes étrangères du pays d’ici mi-2021. Le pays affronte en outre une propagation rapide du SARS-CoV-2.

« Le DAbdullah conduira la commission de réconciliation nationale et des membres de son équipe seront inclus dans le cabinet », a précisé sur Twitter Sediq Sediqqi, porte-parole de M. Ghani. Selon Fraidoon Khawzoon, porte-parole de M. Abdullah, l’accord prévoit que celui-ci obtienne la moitié du cabinet et des postes de gouverneurs provinciaux. L’objectif est d’atteindre « le but final du peuple afghan, c’est-à-dire la paix », a ajouté M. Khwazoon.

L’OTAN et Washington saluent le compromis

Dans un communiqué, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a salué « la décision prise par les dirigeants politiques afghans de résoudre leurs différends et de former un gouvernement inclusif ». Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en a fait de même : « Nous saluons cet engagement à agir dès à présent pour la paix en Afghanistan », a-t-il tweeté.

Ex-numéro deux de l’exécutif suite à un précédent accord de partage du pouvoir avec M. Ghani, M. Abdullah avait perdu son poste après sa défaite face au chef de l’Etat à l’élection présidentielle de septembre, dont les résultats définitifs n’ont été annoncés qu’en février après 16 500 plaintes pour irrégularités.

Mais M. Abdullah s’était déclaré président le 9 mars en même temps que M. Ghani, un ex-économiste de la Banque mondiale reconnu par la communauté internationale.

Washington avait alors fait pression pour résoudre cette crise et pouvoir démarrer des négociations entre Kaboul et les talibans, annonçant même la réduction immédiate d’un milliard de dollars d’aide à l’Afghanistan, menace de poids pour ce pays pauvre au PIB d’à peine 20 milliards de dollars.

Les négociations de paix avec les talibans au point mort

Le 1er mai, Abdullah Abdullah avait annoncé un « accord provisoire » avec Ashraf Ghani. L’accord de dimanche pourrait aider l’Afghanistan à s’extirper de cette impasse politique. « Ce qui est attendu maintenant, c’est que ces dirigeants résolvent les problèmes qu’affronte l’Afghanistan, comme le coronavirus et les pourparlers de paix avec les talibans », a expliqué à l’Agence France-Presse Sayed Nasir Musawi, analyste politique à Kaboul.

L’accord place M. Abdullah à la tête de futurs pourparlers avec les talibans, qui ont déjà conclu, le 29 février, un accord historique avec Washington, ouvrant la voie à un retrait des forces étrangères du pays après près de dix-neuf années de guerre.

Les insurgés se sont engagés en retour à ne pas attaquer les forces étrangères, mais des combats ont continué à faire rage entre les talibans et les forces afghanes. Les négociations de paix directes inédites entre les insurgés et le gouvernement afghan, censées débuter il y a plus de deux mois, sont jusqu’ici restées lettre morte.

La semaine dernière, la tuerie à la maternité de Kaboul a poussé M. Ghani à ordonner la reprise des opérations offensives contre les talibans. Ces derniers ont nié toute responsabilité dans cette attaque, pour laquelle les Etats-Unis ont incriminé le groupe djihadiste Etat islamique.

Le Monde avec AFP

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