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Rubrique Contribution: Haro sur la Ligue arabe !

Par Cherif Ali
Le président de la République, dans une  allocution prononcée devant les participants au Sommet virtuel des chefs d’État et de gouvernement du Mouvement des pays non-alignés, a appelé lundi le Conseil de sécurité des Nations unies à se réunir, dans les plus brefs délais, et adopter une résolution appelant solennellement à l’arrêt immédiat de toutes les hostilités à travers le monde, «notamment en Libye, sans omettre les territoires occupés en Palestine et au Sahara occidental». 


Abdelmadjid Tebboune a tenu à rappeler les principes intangibles de l’Algérie en matière de décolonisation, ajoutant qu’«il est, désormais, impératif de donner une chance, en zones de conflits, à tous les acteurs pour qu’ils puissent lutter efficacement contre la propagation de la pandémie de Covid-19».
Pilier du Mouvement des non-alignés, l’Algérie, par la voix de son président, a tenu à dire haut et fort son sentiment concernant les foyers de tension qui perdurent en Syrie, en Palestine  et aussi et surtout au Sahara occidental, ce qui a eu pour effet de déranger notre ombrageux voisin de l’Ouest qui, pour la circonstance, a réveillé «ses porte-voix» ! 
Et aux politologues et autres observateurs de s’interroger : 
Ce type de discours aurait-il produit le même impact à partir d’un sommet des États et monarchies arabes, connaissant les liens d’intérêt et accointances qui les lient les uns aux autres ? Face à la colonisation des territoires sahraouis et la spoliation des richesses des occupants par exemple, ces pays regroupés au sein de la Ligue arabe ont fait montre d’une frilosité qui a alimenté bien des écrits de presse à l’échelle internationale. Ils continuent d’évoluer sur une corde raide et se gardent de prendre position pour l’instant. Les relations de la majorité des pays membres se caractérisent par les mêmes positions : «Observer sans trop s’impliquer» !
Plusieurs pays, parmi lesquels l’Algérie, ont appelé, tout au long de ces dernières années, à réformer la Ligue arabe et adapter ses mécanismes aux nouveaux défis de manière à lui permettre d’entreprendre des actions plus proches de la réalité. 
Durant ces dernières années, plusieurs États, comme le Liban et l’Irak, n’ont pas hésité à laisser leur chaise vide lors de réunions d’urgence convoquées pour évaluer et réagir à des évènements cruciaux ; comme lors du 27e sommet de la Ligue arabe qui s’est tenu le lundi 25 juillet 2016  à Nouakchott, en Mauritanie ; un mini- sommet en fait, vite expédié en une journée, et qui a consacré les divisions politiques des États membres. Appelé sommet de l’espoir, il n’aura nourri, en définitive, que les sarcasmes des uns et des autres avec, en prime, la rage de voir les potentats arabes et les chefs d’État, mal élus, le bouder !
Les pays du Golfe, Arabie Saoudite et Qatar, qui dominent cette institution, ne cachent plus, d’ailleurs, leur volonté de la transformer en instrument des pays occidentaux.
Depuis, de nombreuses voix s’élèvent pour dire, haut et fort, qu’il faut quitter la Ligue arabe, incapable d’intervenir en Libye où elle entretient le chaos, en Syrie où elle soutient, franchement, la rébellion ou encore au Yémen où sa voix ne porte plus.
Le ministre Ahmed-Taleb Ibrahimi, ancien chef de la diplomatie algérienne, estimait à son époque, dans des propos repris par un journal en ligne, que «la Ligue arabe ne sert absolument à rien et qu’il était temps d’en tirer un
trait ; les Arabes, a-t-il dit, sont tombés dans le piège du sectarisme ; on parle maintenant de sunnites, chiites et autres». 
L’ancien ministre avait souhaité, par ailleurs, que «les dirigeants égyptiens, dont le pays abrite la ligue, fassent preuve de hauteur et dépassent leurs crispations politiques et idéologiques et ouvrent les points de passage pour les Ghazaouis».
L’Égypte, faut-il le dire, a complètement «phagocyté» moralement, administrativement et financièrement la Ligue arabe car, si l’on excepte l’intermède du Tunisien Chadli Klibi, qui avait assuré le secrétariat général de la Ligue arabe pendant la durée où le siège avait été transféré à Tunis suite à ce qui a été considéré comme « trahison» de l’Égypte (Accords de Camp David), cette organisation a toujours été entre ses mains.
Il faut aussi rappeler la levée de boucliers de la part des Égyptiens et des autres membres influents, lors du sommet de la Ligue arabe d’Alger, lorsqu’il a été question de réformer cette instance en mars 2005.
Et surtout, de présenter au perchoir un candidat algérien ! 
Après Taleb Ibrahimi, c’est la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, qui avait, courageusement, donné de la voix lors d’un meeting tenu à Oran, pour dire que « l’Algérie ne tirerait aucun honneur à rester dans la Ligue arabe qui a autorisé la livraison d’armes à l’opposition armée syrienne» ! Les charges contre la Ligue arabe n’ont pas cessé pour autant !
Le quotidien gouvernemental libyen Al-Chams, par exemple, a rigoureusement dénoncé, à la veille de l’ouverture du sommet de la Ligue arabe au Qatar, «la division entre l’Orient et le Maghreb arabe». L’article avait tenu à faire observer que «les pays de l’Orient arabe sont des membres essentiels alors que les pays du Maghreb arabe sont des membres invités, uniquement, pour atteindre le quorum et remplir les formalités de la réunion et de la charte de l’Organisation».
L’éditorialiste du quotidien Al-Chams a ainsi appelé «les Arabes de l’Afrique du Nord à couper ce lien imaginaire et cette illusion avec l’Orient arabe et à s’attacher au groupe 5+5 (regroupant les cinq pays riverains de la Méditerranée d’Europe et d’Afrique) ; les intérêts au sein de ce groupe, écrit le journal de Tripoli, sont plus clairs, plus concrets, plus transparents et plus solides que les promesses falsifiées de l’Orient arabe et ses engagements qui ne se réalisent pas». Le débat, comme on le constate, est toujours d’actualité, aujourd’hui plus que jamais, avec le flop de Nouakchott suivi de celui de Tunis et le peu d’intérêt qui leur a été témoigné par certains potentats arabes et autres présidents mal élus. L’on est en droit de s’interroger : 
1. Faut-il quitter la Ligue arabe qui a vu ses murs se lézarder, sérieusement, qui n’en finit pas de compter ses divergences et qui roule pour les Occidentaux ? 
La question mérite d’être posée, selon certains observateurs de la vie politique qui estiment qu’il est temps pour notre diplomatie de changer de braquet, pour travailler davantage à l’émergence d’un Maghreb «uni».
2. Peut-on aussi et surtout parler de «divisions» entre pays du Machrek et pays du Maghreb ? 
Oui, à croire ces extraits d’un discours politique prononcé par un dirigeant arabe qui a dit, sans ambages : «Il est vrai que ce qui unit les États arabes est bien plus important que ce qui les divise. Ces pays sont, en effet, unis par la force de l’histoire et de la civilisation, géographiquement, ils se compléteraient, naturellement, grâce aux ressources humaines et naturelles considérables qu’ils recèlent. Quant aux peuples arabes, leur unité est scellée par la communauté de foi, de langage et de culture, et aussi par les liens de sang, de fraternité et de destin partagé. 
La complémentarité est, certes là, mais peut-on parler d’union, tant il est vrai que chaque pays arabe est bien plus dépendant et tributaire de sa sous-région géographique que son appartenance à une communauté religieuse et culturelle ?» 
3. Et puis, culturellement, et en dehors de la langue arabe classique, quel lien pourrait-il exister entre des Arabo-Amazighs maghrébins et des Arabes-bédouins de la
Péninsule ?                         
4. Peut-on dire, réellement, que l’arabe est un ciment, sachant que pas un seul Arabe ne parle l’arabe classique dans la vie quotidienne, chacun ayant développé son dialecte, différent d’un pays à l’autre et d’une région d’un même pays à une autre ?
La Ligue arabe, sans doute la plus ancienne des organisations afro-asiatiques, a été la première à avoir fait de la décolonisation son objectif suprême. Elle peine, aujourd’hui, à retrouver ses marques dans un monde qui a beaucoup muté. 
Les divisions qui minent ses membres l’accablent d’impuissance face aux défis énormes qu’elle doit relever de manière solidaire.
Ce qui autorise à penser déjà que :
1. l’unité arabe, depuis le temps qu’on en parle, n’est qu’une chimère ! ;
2. elle est, très certainement, une nécessité stratégique, mais toutes les nécessités stratégiques ne sont pas, nécessairement, réalisables ;
3. et qu’en conséquence, la Ligue arabe, en l’état, n’est qu’une coquille vide !
Faut-il, alors, envisager un «ligue-arabe-dz-exit» et le soumettre à référendum, même s’il est permis de rêver ?
Ou plus sérieusement, envisager, désormais, une participation et une représentation «a minima» de l’Algérie dans la mesure où les sommets arabes se suivent et se ressemblent  dans leur indigence et leur incapacité à trouver des solutions aux problèmes qu’eux-mêmes, en tant qu’États, ont créés ? Le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Abou El-Gheit, qui a été reçu il y a quelque temps par le président de la Républiquep a fait savoir que «la question de l’accueil du prochain Sommet arabe a été en tête des dossiers abordés lors de cette audience et que l’Algérie a l’intention d’exercer ce droit que lui confère la Charte de la Ligue des États arabes, et de tenir ce sommet, si la conjoncture internationale s’y prête, avant le 30 juin prochain». Entre-temps, le Covid-19 a envahit la planète, rendant «physiquement» impossible toute rencontre internationale, à moins de recourir à la
«vidéoconférence» ! 
Qu’on se rappelle déjà du 30e Sommet arabe de Tunis qui n’a pas dérogé à la règle d’être une rencontre entre frères vivant nombre de différends, pour ne pas dire ennemis. Il  s’est achevé sur des résolutions très générales et une photo de famille, avait titré un quotidien de chez nous. Un flop, en somme !
Quid alors d’un sommet virtuel et de surcroît à Alger, Mecque des révolutionnaires et tribune des opprimés par excellence ? Ce que tous les potentats arabes abhorrent !
C. A.
Cherif[dot]ali42[at]gmail[dot]com

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