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A propos du document sur le travail de la commission d’enquête parlementaire.


Le document intitulé « خفايا عمل لجنة التحقيق البرلمانية » qui a circulé cette semaine a vraisemblablement été concocté par le clan de l’ancien président, afin de parasiter le travail de la commission d’enquête parlementaire. Il contient des informations qui méritent d’être vérifiées, mais aussi des éléments intéressants, permettant notamment de retracer et de mettre en perspective l’histoire de la corruption dans le pays, en établissant le parallèle avec des pratiques ayant eu lieu avant la période Ould Abdel Aziz.

Toutefois, la principale idée qui sous-tend ce véritable vade-mecum des « affaires » et des passe-droits dans le domaine immobilier est de laisser entendre que s’il faut juger les cas de corruption durant la période Aziz, il faudrait en faire de même par rapport aux pratiques similaires sous le règne de ses prédécesseurs. Une manière, comme une autre, de noyer le poisson, faute de pouvoir contester la matérialité des faits allégués.

Justement, il s’agit-là peut-être d’une bonne idée, à savoir revenir sur tous les actes de corruption, indépendamment de leur période et de leurs auteurs. Mais le bon sens exigerait de commencer par les plus récents, avant de remonter l’Histoire, pour effectuer des investigations au sujet des actes similaires commis sous les régimes précédents. Le souvenir de la période Aziz est en effet plus vivace, l’ampleur des affaires de corruption impliquant directement un chef d’Etat, pour la première fois de l’histoire, dépasse l’entendement, et les témoins sont encore vivants, ce qui faciliterait de retracer les affaires et de récupérer les fonds n’ayant pas encore été dilapidés, de saisir les biens publics spoliés, notamment les propriétés foncières qu’il faudrait exproprier, et de dénoncer les accords qui ne sont pas avantageux pour le pays.

Par ailleurs, le ou les auteur(s) du document essaie(nt), de manière sous-jacente, de justifier la continuité des affaires sous Ould Abd El Aziz par des pratiques similaires sous les régimes précédents. Certes, la corruption a toujours existé en Mauritanie, mais l’argument est aussi absurde que si un voleur se prévaut de l’existence d’autres voleurs pour justifier son acte. Ce n’est donc rien de moins qu’une tentative alambiquée d’absoudre Ould Abd El Aziz de sa lourde responsabilité en la matière. Nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude, comme le rappelle, justement, l’un des grands principes du droit. De même, on ne peut se fonder sur l’existence d’erreurs ou de crimes impunis pour continuer de commettre les mêmes ou s’en prévaloir pour échapper à toute redevabilité.

Mohamed Ould Abd El Aziz, le « président des pauvres » peut encore moins que quiconque se prévaloir de cet argument, car il avait inscrit son action sous le signe de la lutte contre el vessad et el moufssidines, afin de mieux gagner la confiance des populations, qu’il a ensuite flouées et abandonnées à leur sort.
Mohamed El Mounir

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