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Coronavirus : après 90 jours de confinement, la santé mentale des Argentins mise à rude épreuve

Au 18 juin, l’Argentine comptait un peu plus de 37 500 cas confirmés de Covid-19, dont 948 mortels. Des chiffres faibles, comparés à ceux de pays voisins comme le Brésil, où le nombre de décès explose. La stratégie du gouvernement d’adopter un confinement obligatoire très tôt a permis de limiter la propagation du virus et d’éviter, pour l’instant, la saturation du système de santé. « Mais l’état psychologique des personnes s’est fortement dégradé, précise Claudia Borensztejn, présidente de l’Association psychanalytique argentine (APA). Au départ, il s’agissait surtout d’angoisse, de difficultés à supporter l’enfermement. A présent, on observe davantage de fatigue, de dépression. Les problèmes de santé mentale préexistants s’aggravent. »

La lutte contre la pandémie dans ce pays s’appuie sur un confinement obligatoire parmi les plus longs au monde. Les professionnels de santé s’inquiètent d’une hausse des troubles anxieux et dépressifs.

Par Aude Villiers-Moriamé Publié hier à 03h58, mis à jour hier à 12h05

LETTRE DE BUENOS AIRES

Une mère et sa fille confinées dans la chambre qu’elles partagent avec trois autres personnes, dans un bidonville de Buenos Aires, le 1er mai. NATACHA PISARENKO / AP

« Je fais des insomnies, je me sens anxieuse… je fume davantage, je mange mal. » Profitant de quelques rayons de soleil automnal, son masque rabattu sur le cou le temps de finir sa cigarette roulée, Leonela Godoy, 31 ans, décline la liste des maux qui l’affligent depuis le début du confinement obligatoire. Décrété pour toute l’Argentine le 20 mars et toujours strictement appliqué à Buenos Aires et dans sa grande banlieue au moins jusqu’au 28 juin, cet isolement forcé pèse sur la santé mentale des habitants.

Selon une étude de l’Observatoire de psychologie sociale appliquée de l’université de Buenos Aires, 60 % des Argentins estiment que leur état de santé mentale a empiré depuis le début de la crise sanitaire. Le rapport indique que quatre des principales émotions ressenties par les habitants de la capitale sont l’incertitude, la lassitude, la fatigue et la dépression. Alors que l’Argentine traverse déjà une grave crise économique et sociale depuis 2018, les sondés sont inquiets et pessimistes : 70 % s’attendent à ce que leurs revenus chutent ou continuent de chuter dans les prochains mois.

Irritabilité des enfants

Au 18 juin, l’Argentine comptait un peu plus de 37 500 cas confirmés de Covid-19, dont 948 mortels. Des chiffres faibles, comparés à ceux de pays voisins comme le Brésil, où le nombre de décès explose. La stratégie du gouvernement d’adopter un confinement obligatoire très tôt a permis de limiter la propagation du virus et d’éviter, pour l’instant, la saturation du système de santé. « Mais l’état psychologique des personnes s’est fortement dégradé, précise Claudia Borensztejn, présidente de l’Association psychanalytique argentine (APA). Au départ, il s’agissait surtout d’angoisse, de difficultés à supporter l’enfermement. A présent, on observe davantage de fatigue, de dépression. Les problèmes de santé mentale préexistants s’aggravent. »

A l’image de l’hypocondrie de Mercedes Duhalde, une avocate de 41 ans qui fait des crises d’angoisse à répétition depuis le début de la pandémie. « Je suis terrifiée à l’idée de sortir de chez moi, j’ai été jusqu’à ne pas manger parce que je ne voulais pas faire les courses. Plus ce confinement dure, plus mes symptômes empirent. » Mercedes n’est pas suivie actuellement et ne se voit pas entamer une thérapie de manière virtuelle, une modalité qu’ont dû adopter bon gré mal gré de nombreux professionnels de santé.¨C13C« La pandémie nous a fait perdre l’intimité de la rencontre personnelle et la continuité du processus thérapeutique », déplore Humberto Persano, psychanalyste et directeur général du service de santé mentale de la ville de Buenos Aires.

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