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Sommet du G5 Sahel à Nouakchott : Entre espoirs et enlisement

Le Sahel serait il devenu ce «No man’s land» ou les groupes terroristes rivaux particulièrement, l’Etat islamique et la Jamaât Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affiliée à al Qaïda, se disputent le contrôle de cette vaste étendue qui connait, selon une étude de l’International Crisis Group, un boom minier qui se vit à la fois par l’exploitation industrielle et l’orpaillage dans plusieurs points de cet espace, principalement entre le Burkina Faso, le Niger et le Mali.

Si cette seconde activité constituait jusque-là la principale source de revenus pour certaines populations, notamment rurales, des études nous apprennent aussi qu’elle nourrit l’action de groupes terroristes. Le rapport de l’International Crisis Group vient renforcer la crainte longtemps exprimée par les observateurs et les acteurs impliqués dans la lutte contre le terrorisme, à savoir que  des réseaux informels sont de plus en plus impliqués dans le transport de l’or, qui devient ainsi la principale source qui alimente la violence et les réseaux criminels transnationaux. Les derniers combats entre les éléments de Daesh et les JNIM s’inscrivent dans cette logique qui consiste à faire main basse sur cette manne financière importante.  Le Sommet G5 Sahel, qui se tient aujourd’hui dans la capitale mauritanienne, aura pour principal objectif de faire le point sur la lutte antiterroriste mais aussi étudier les voies et moyens de couper les relais financiers à ces groupes et par conséquent provoquer leur asphyxie, ce qui n’est pas une mince affaire  d’ailleurs. En effet, six mois après la rencontre de Pau, la situation sécuritaire demeure précaire voire «extrêmement fragile». Les attaques terroristes récurrentes et les violences intercommunautaires ont fait un grand nombre de victimes, selon un dernier rapport de l’Onu, passant de 770 morts en 2016 à 4.000 en 2019. Rien qu’au Burkina Faso, le nombre de personnes tuées est passé de 80 en 2016 à plus de 1.800 en 2019. La présence des forces internationales et  la mobilisation des forces locales ont permis certes d’aboutir à quelques résultats, comme l’élimination du chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Cependant les attaques terroristes se poursuivent à l’image de celle menée contre la base militaire ivoirienne de Kafolo, qui a fait au moins dix morts parmi les militaires le 10 juin -la plus meurtrière en Côte d’Ivoire depuis l’attaque d’un commando armé d’Al Qaïda au Maghreb islamique en mars 2016 contre la station balnéaire de Grand Bassam. Pour les analystes, le Sommet de Nouakchott sera celui de l’ultime tentative pur venir à bout de cet hydre de Lerne, avec notamment l’avènement de la force africaine et ses 3.000 hommes qui seront déployés sur le terrain comme annoncé mardi dernier par le Commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union africaine (UA), M. Smaïl Chergui ; une décision prise en février dernier lors de la réunion des chefs d’État et de gouvernement de l’UA. Les concertations entre les différents acteurs, à l’instar de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et des pays du G5 Sahel, ont débuté immédiatement après le dernier Sommet des chefs d’État pour mener à bien le concept opérationnel du déploiement de ces forces. Celui-ci devant être présenté au Conseil de paix et de sécurité de l’UA pour approbation avant la fin de 2020, a expliqué M. Chergui. Ce déploiement des forces de l’UA serait devenu une nécessité absolue surtout après l’expansion alarmante de cette menace à d’autres pays de la Cedeao. Pour preuve, les récentes attaques en Côte d’Ivoire illustrent «l’expansion du foyer de ce fléau dans les pays du golfe de Guinée», a déploré le patron du CPS, pour qui les solutions définitives aux problèmes et défis de l’Afrique ne pouvaient «émaner d’ailleurs», mais s’imposaient par «le respect du principe de la solution nationale et sa concrétisation sur le terrain selon les spécificités locales et les conceptions de chaque pays».  Dans ce contexte, et selon le diplomate de l’Union africaine, il est hors de question d’impliquer des parties étrangères, sauf à travers «le rôle d’accompagnateur de la mission avant-gardiste nationale, dans le but de garantir la polarisation des peuples africains pour qu’ils soient aux côtés de leurs dirigeants». Forte de «l’adhésion politique» dont elle bénéficie, l’UA est, d’après Smaïl Chergui, prioritaire en matière de réinstauration de la sécurité au Sahel, eu égard à ses expériences réussies dans la lutte contre l’islamisme armé. La Somalie en est un exemple tangible ou grâce à l’Amisom, le pays a récupéré le pouvoir qui était sous l’hégémonie du mouvement des Shebab. Si les zooms restent focalisés sur la rencontre de Nouakchott, l’espoir pourrait certainement naitre d’une autre approche, cette fois ci purement africaine.

M. T.           

elmoudjahid