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Le très dangereux rebond du coronavirus au Moyen-Orient

La pandémie qui avait jusque là relativement épargné le Moyen-Orient, à l’exception de l’Iran, prend désormais des proportions alarmantes dans la région.

Dans un cimetière improvisé pour les victimes du coronavirus, non loin de la ville irakienne de Najaf, le 10 juin (Ali Najafi, AFP)

Le Moyen-Orient avait jusque là déjoué les pronostics pessimistes sur « l’hécatombe tant redoutée » du fait du coronavirus. Les pays arabes paraissaient relativement épargnés du fait de la jeunesse de leurs populations, de la faiblesse des transports publics et de l’expérience d’épidémies passées. Certes, l’Iran se distinguait par un bilan très lourd, du fait du déni d’Etat institué par la République islamique face au Covid-19.

Mais la région, à l’issue d’un mois de jeûne de ramadan sous confinement, semblait avoir échappé au pire. Le réveil n’en a été que plus brutal lorsque l’Organisation mondiale de la Santé a lancé un avertissement solennel sur l’envolée des contaminations au Moyen-Orient durant le mois de juin: plus de cas ont en effet été alors enregistrés que durant les quatre mois précédents.

L’IRAN TOUJOURS LE PLUS FRAPPE

Le régime de l’ayatollah Khamenei a cyniquement choisi de lever dès le mois de mai les restrictions pourtant déjà tardives face à la pandémie. Il préférait exposer  la population iranienne à la crise sanitaire plutôt que de courir lui-même le risque d’une explosion sociale, comparable à celle de novembre 2019. Cette politique irresponsable a naturellement alimenté une relance de la contamination de masse, avec plus de 12.000 décès, selon des chiffres officiels jugés très sous-évalués. Le triste record de plus de 200 décès par jour a été battu le 8 juillet, peu après que les autorités aient enfin rendu le masque obligatoire dans les lieux publics. Khamenei a eu beau s’afficher avec un masque, ce type de protection est loin d’être accessible à tous les Iraniens, suscitant une nouvelle vague de critiques du régime.

Dans l’Irak voisin, plus encore qu’en Syrie, les milices pro-iraniennes ont été accusées d’avoir favorisé la propagation du virus. La crise sanitaire a en outre révélé en Irak la tragique fragilité des infrastructures hospitalières, minées par la corruption et le clientélisme, aujourd’hui au bord de l’effondrement. Même si la majorité des plus de 3000 morts sont recensées à Bagdad, la pandémie touche tout le pays, y compris, au Nord, la région autonome kurde, où la grève du personnel de santé, épuisé par les retards de salaire, aggrave la situation. En Irak comme au Liban, le gouvernement en place a agité le spectre de la pandémie pour endiguer la contestation populaire du système communautaire.¨Cet objectif a largement été atteint, mais au prix d’une catastrophe économique, avec cette fois le risque de véritables émeutes de la faim. Quant au Yémen, la trêve proclamée en avril par l’Arabie saoudite, au nom de la lutte contre le coronavirus, n’aura duré que six semaines. Les combats ont dorénavant repris dans un pays dévasté où le choléra fait à l’évidence encore plus de victimes que le Covid-19.

LA PALESTINE PLUS SÛRE QU’ISRAËL

Benyamin Nétanyahou avait mis en avant la crise sanitaire¨pour constituer, sous son autorité, un gouvernement d’union nationale et demeurer ainsi au pouvoir. A peine sa coalition formée en mai dernier, il a célébré l’efficacité de sa propre gestion de la pandémie. Le 7 juillet, le¨quintuplement en un mois du nombre des cas actifs¨a pourtant été constaté, avec 343 morts à cette date. Ce rebond du coronavirus¨a pu être expliqué par la tolérance des rassemblements,¨notamment dans le synagogues, par les failles du dépistage et par la gestion discutable des écoles. Le président de l’Etat, Reuven Rivlin, pourtant très marqué à droite, vient d’accuser le gouvernement¨de ne pas avoir « développé une doctrine claire et cohérente pour combattre le virus ». Il a souligné « la nécessité d’élaborer un concept global de sécurité nationale d’Israël, qui ne s’exprime pas seulement par le viseur d’un fusil ». La directrice de la santé publique a démissionné en affirmant qu’ « Israël prend un chemin dangereux ». De fait, l’Union européenne a exclu Israël de la liste des pays dont elle admet les ressortissants sur son territoire, alors qu’y figurent l’Algérie, le Maroc et la Tunisie.

Les¨morts du coronavirus, soixante fois plus nombreuses en Israël qu’en Palestine en mai, ne le sont plus que quinze fois, avec 21 décès officiellement constatés en Cisjordanie et 1 dans la bande de Gaza. Un tel écart demeure néanmoins préoccupant, au point que l’Autorité palestinienne, qui a déjà confiné les territoires sous son contrôle,¨appelle elle-même à l’armée israélienne à bloquer l’accès¨entre le reste de la Cisjordanie et Israël. Ce renversement de situation, où l’occupé demande à l’occupant de le boucler hermétiquement, intervient sur fond d’atermoiements de¨Nétanyahou quant à l’annexion d’une partie de la Cisjordanie. En Jordanie, des mesures très strictes, avec un couvre-feu nocturne toujours en place, ont permis de limiter le nombre de décès à 10. Un bracelet électronique est désormais imposé aux visiteurs étrangers durant deux semaines, après leurs quatorze premiers jours de confinement obligatoire dans des hôtels dédiés d’Amman et de la mer Morte.

L’Egypte, avec plus de 3500 décès officiellement déclarés, a décidé de rouvrir son territoire aux touristes étrangers, à compter du 1er juillet. C’est aussi le cas des Emirats arabes unis même si, après le report à 2021 de l’Exposition universelle prévue à Dubaï cette année, ils misent plutôt sur le tourisme intérieur. Au contraire, l’Arabie saoudite, avec plus de 2000 décès, a décidé d’annuler de fait le hajj, le grand pèlerinage prévu à la fin de ce mois à La Mecque, puisque seulement un millier d’étrangers y seront symboliquement admis, contre 2,5 millions l’an passé. De manière générale, le retour de flamme du coronavirus est au coeur des préoccupations des dirigeants du Moyen-Orient. Et ils peuvent constater que¨la Chine, malgré l’agressivité de sa propagande anti-américaine durant la crise sanitaire,¨est loin d’avoir été à la hauteur de ses engagements auprès de ses partenaires dans la région. Une telle défaillance de Pékin n’est peut-être pas le moindre enseignement de cette nouvelle vague de la pandémie au Moyen-Orient.


SourceURL:https://www.lemonde.fr/blog/filiu/2020/07/12/le-tres-dangereux-rebond-du-coronavirus-au-moyen-orient/