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Ould Abdel Aziz a parlé: La même rengaine

Ould Abdel Aziz a parlé: La même rengaine

Ould Abdel Aziz a parlé: La même rengaine

L’ex-président de la République Mohamed ould Abdel Aziz a finalement réussi le pari de tenir sa conférence de presse annoncée la veille de sa première convocation au pôle financier de la Direction générale de la police. Alors que toute l’opinion attendait des révélations et des coups de poings contre le pouvoir, Ould Abdel Aziz s’est évertué, à démontrer qu’il n’était simplement qu’une victime de celui-ci :« tout ce qui est fait contre moi ne vise qu’à me diaboliser moi-même, ma famille et mes proches ».

Sur la défensive, il n’en a pas moins vilipendé les membres de la CEP à qui « je ne reconnais aucune légitimité […] parce qu’elle est à la solde du pouvoir pour me nuire », a-t-il dit en substance. Et de contester, du coup, la légalité de toutes les procédures engagées contre lui. Le contraire aurait surpris. À défaut de parvenir à démonter le contenu des accusations de la CEP, ce que l’un de ses membres, l’ex-PM Yahya ould El Waghf, n’a pas manqué de relever dès le lendemain de la conférence de presse : l’ex-Président s’en est pris au contenant. Aucune révélation compromettante ni document brandi en guise de quelque réfutation.

« Pauvre » victime du pouvoir de son ami de 40 ans, celui qui s’enorgueillit « d’avoir sorti le pays et son armée du néant » reconnaît cependant et comme lors de sa première conférence de presse être détenteur d’une importante fortune mais se refuse d’en révéler la provenance aux enquêteurs, les renvoyant à ses déclarations de patrimoine déposées près la Cour suprême, à son arrivée et départ du pouvoir.

Seul cet organisme, martèle-t-il, est habilité à connaître et éventuellement dévoiler quoi que ce soit à ce sujet. Avant de lancer : « Je n’ai jamais touché à mon salaire de Président ». Un journaliste rétorque : « Alors de quoi viviez-vous et comment vos affaires personnelles ont-elles pu prospérer ? La loi n’interdit-elle pas à un président de la République en exercice de se livrer à des activités lucratives ? »

Sans jamais nommer Ghazwani

La victime, « colossalement riche » donc, du pouvoir s’est abstenue de prononcer le nom de son successeur, à l’instar de ce que feu Ely ould Mohamed Vall fit à son égard, se suffisant de « l’actuel Président » ou « l’actuel pouvoir ».Mais il n’en a pas moins tenté de le mêler, via un cousin, à cette affaire « rocambolesque », dit-il, du Ghanagate, lourde d’une escroquerie de 400000 dollars américains qu’on lui a collée sur le dos depuis des années.

« J’en souffre depuis dix ans et c’est pour la première fois que j’en parle. Je suis une victime », reprend l’ex-Raïs, avant d’accuser« le pouvoir de son successeur » de gabegie et de clientélisme, alors qu’il les a, lui, combattus durant tout son règne. Il revient sur ses rapports avec son « successeur et ami de 40 ans ».Refusant de révéler l’objet de leur dernière rencontre, il nie avoir tenté un coup de force lors des festivités du 59ème anniversaire de l’Indépendance célébré à Akjoujt, laissant entendre, au passage, qu’il ne rate jamais ses coups de force : « on ne dira pas que j’ai tenté un coup d’Etat mais que je l’ai réussi».

Ould Abdel Aziz a évoqué plusieurs sujets, allant même jusqu’à se répéter autour de sa victimisation. L’adresse a-t-elle convaincu les Mauritaniens ? Difficile de répondre par l’affirmative. Pour certains, l’ex-Président a même conforté ses détracteurs dans leurs accusations, surtout en ce qui concerne les modalités de son réputé colossal enrichissement au cours de ses deux mandats présidentiels.

Au final, deux seules choses paraissent sûres : en un, la question de la fortune d’Ould Abdel Aziz est tout-à-fait centrale dans ses actuels tracas. Et, en permettant à celui-ci de tenir une telle conférence de presse, c’est bel et bien le pouvoir qui en est sorti conforté. Nul ne peut plus lui rétorquer qu’il a privé son prédécesseur de parole.