Categories
A la une

Sahel : quel horizon pour les 5 000 militaires français ?

Photo d'archives Xavier FRERE/EBRA
Photo d’archives Xavier FRERE/EBRA

Une junte militaire a pris le pouvoir au Mali le 18 août. Elle a promis une transition mais sans réelle visibilité. Une instabilité politique qui complique la mission de la force française Barkhane en lutte contre les groupes djihadistes.Par Xavier FRERE

C’est la saison des pluies dans la bande sahélo-saharienne, et le climat politique ne vire pas non plus à l’optimisme. La France, via sa force militaire Barkhane, 5000 hommes déployés, risque-t-elle « l’embourbement » alors que le pouvoir malien a changé de main, de force, le 18 août dernier ? Depuis le coup d’État militaire, l’horizon déjà bien assombri par l’insécurité (*) liée à la pression des groupuscules djihadistes, s’obscurcit davantage. La junte, et son chef, le colonel Assimi Goïta, autrement appelé CNSP (Comité national pour le salut du peuple) ont promis de rendre les commandes aux civils à l’issue d’une « transition » (dont les pourparlers et les concertations ont démarré dans le pays samedi). Mais quelle forme prendra-t-elle, sachant que le Mouvement du 5 juin/Rassemblement des forces patriotiques, qui avait canalisé l’exaspération des Maliens, avait été au départ marginalisé par les putschistes ? La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a déjà condamné cette prise de pouvoir, imposé des sanctions. Les principaux dirigeants ouest-africains se réunissent encore lundi.

Condamnation « unanime »

La France, elle, insuffisamment aidée par ses alliés du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad), s’est concertée cette semaine avec ses partenaires européens et anglo-saxons pour « analyser la situation ».

La ligne est claire, et collective, indique-t-on au cabinet de la ministre française des Armées, Florence Parly : « Une condamnation unanime du coup d’État et un appel pour une transition la plus rapide possible avec à sa tête un civil ». Autre cap faisant l’unanimité : « La nécessité de poursuivre la lutte contre le terrorisme au Sahel ».

Au ministère des Armées, on explique que le calendrier militaire français dans la région n’a pas connu de bouleversements malgré le putsch. Il est vrai que les opérations menées par Barkhane se déroulent essentiellement au nord du pays, loin de la capitale Bamako. La coopération avec les nouveaux dirigeants en uniforme pourrait s’avérer néanmoins difficile. C’est l’ambassadeur de France dans la capitale qui tente de maintenir le lien, alors que la junte semble particulièrement intéressée par un rapprochement avec les Russes, dont la présence s’intensifie au Mali.

Des succès « tactiques »

Barkhane continue sa mission « normalement », assure-t-on dans l’entourage de Florence Parly, « il n’y a pas de vide sécuritaire, ce serait préjudiciable à tout le monde ». Ces derniers mois, les soldats français ont remporté des succès tactiques, comme la neutralisation en juin d’un des principaux chefs djihadistes, l’Algérien Droukdel. Et la « task force » Takuba, intégrée à Barkhane, où collaboreront soldats européens et maliens, reste sur les rails selon un conseiller du ministre. Certains pays européens, la Suède notamment, se montrent prêts à s’impliquer davantage. Mais l’instabilité politique peut changer la donne, reconnaît-on dans au ministère des Armées. « Il n’y a pas de messages anti-français à ce stade, la situation semble calme à Bamako, mais si la junte reste au pouvoir, on s’attend à de grandes difficultés. »

(*) Dix soldats maliens ont encore été tués dans une embuscade vendredi.

lalsace.fr