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Vitale pour le Mali, l’opération Barkhane concerne l’Europe aussi

 Parachutistes au nord de Tessalit en 2015. Photo archives DDM, P.C.
Parachutistes au nord de Tessalit en 2015. Photo archives DDM, P.C.

Défense – Armée, International, France – Monde Publié le 07/09/2020 à 05:11 , mis à jour à 09:50 ladepeche.fr

Déployée de la Mauritanie au Tchad avec au centre le Mali, le Niger et le Burkina Faso – ces cinq pays formant le « G5 Sahel » – l’opération Barkhane couvre un territoire grand comme l’Europe et ses objectifs ne sont pas moins vastes. Au départ, il y a bien sûr la lutte contre les groupes jihadistes qui, en 2013, menaçaient les populations maliennes et l’existence même du pays avant le coup d’arrêt porté par l’opération Serval.

Mais la stratégie de la France va bien au delà d’une simple « opération de police » étendue depuis l’été 2014 à la bande sahélo-saharienne avec Barkhane. La ligne constante affichée par Paris est celle d’un soutien à ses partenaires dans la lutte antiterroriste et son objectif est également de leur permettre d’acquérir « la capacité d’assurer leur propre sécurité ». Mais ce volet militaire porté par Barkhane, avec l’engagement aujourd’hui de 5 100 soldats français dont 1 700 parachutistes de la 11e BP de Toulouse, s’inscrit aussi dans une approche stratégique plus globale qui concerne tant la région que l’Europe.

Localement ? Il ne peut y avoir de sécurité durable pour les populations vu l’insécurité économique, sanitaire et sociale quotidiennes qu’elles subissent et dont se nourrissent les groupes terroristes jihadistes pour attiser la colère et propager le chaos… Tout le monde l’a compris. Parallèlement à l’aide internationale apportée, les états concernés doivent donc aussi se réformer pour devenir à terme « inattaquables » et protéger leurs citoyens : le filigrane qui pouvait se lire derrière le sommet du G5 Sahel à Pau, en janvier dernier, lorsqu’Emmanuel Macron a voulu replacer ses partenaires face à leurs responsabilités en leur rappelant que parallèlement à l’objectif militaire de Barkhane, « l’objectif politique » devait être « le retour de l’Etat partout » afin de sécuriser les populations.

Plus largement ? Depuis les attentats de Paris en 2015 et les conséquences migratoires des désastres humanitaires nés en Libye et au Moyen-Orient, Barkhane a aussi pris une dimension qui ne concerne plus seulement « que » les Français, côté européen : face aux affidés d’al-Qaïda ou Daech, « la France combat un même ennemi sur deux fronts », sur son territoire et dans la bande sahélo-saharienne, soulignent ceux à qui l’histoire a appris que la stabilité de l’Afrique subsaharienne est vitale pour la sécurité de la rive sud de la Méditerranée, et, donc, pour l’Europe aussi. Constat désormais admis…

Depuis le 15 juillet, les parachutistes du 1er RHP de Tarbes sont le fer de lance de Barkhane, dans le nord du Mali. Commandé depuis Gao, le Groupement tactique désert « Bercheny » et ses appuis des autres régiments parachutistes de la région conduit ainsi des opérations engageant près de mille hommes et femmes dans le Liptako, zone critique des trois frontières du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Armé par le 3e RPIMa de Carcassonne, le GTD « Bruno » est, lui, basé à Gossi, au cœur de la lutte contre les groupes terroristes sévissant dans la région du Gourma et conduit aussi des missions importantes. Mais face aux jihadistes et comme dans toute guerre asymétrique, il n’y a pas de front et malgré de réels résultats, jamais de victoire définitive…

Le 18 août, le pouvoir a changé de mains à Bamako, la page ayant définitivement été tournée ce week-end puisqu’après son renversement par une junte militaire bénéficiant d’un fort soutien populaire, l’ex-président du Mali Ibrahim Boubacar Keïta a quitté le pays pour des soins aux Émirats arabes unis. Les militaires maliens ont annoncé qu’ils continueraient à collaborer avec Barkhane pour lutter contre les groupes jihadistes. Mais la restauration d’un véritable état malien risque aussi d’être un long combat.

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