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Un an de prison ferme pour quelques mots écrits sur Facebook, n’est-ce pas cher payé ?

Un an de prison ferme pour quelques mots écrits sur Facebook, n’est-ce pas cher payé ? Condamner un journaliste à une peine aussi lourde, pour avoir exprimé son opinion, c’est tout simplement du grand n’importe quoi. Même à supposer qu’il y ait eu préjudice (moral) avéré (ce qui n’est pas le cas, en l’espèce), la sanction imposée est manifestement disproportionnée par rapport à l’acte incriminé.

En effet, dans les affaires de diffamation, la justice prononce le plus souvent une peine symbolique, qui peut être soit une amende, soit une peine avec sursis, à titre d’avertissement, mais jamais de la prison ferme.

La diffamation n’est ni un crime, ni un délit grave justifiant le recours à des moyens aussi démesurés.Cette décision judiciaire en faveur d’un homme d’affaires, dont la fortune soudaine soulève de nombreuses questions, suscite bien des interrogations.

En Mauritanie, il est de notoriété publique que le système judiciaire dispose d’une indépendance toute relative et est largement gangrené par la corruption.

Le verdict judiciaire était jusqu’à une date récente souvent acquis au plus offrant et non en fonction de la confrontation des arguments et des preuves. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le pays n’a jamais su créer un environnement sûr pour les investisseurs.

Pour s’en rendre compte, il suffit de voir la grande différence avec les pays de la région en termes de flux des investissements directs étrangers. Au-delà de son caractère absurde et disproportionnée, cette décision judiciaire pour le moins surprenante rappelle le problème lancinant du recrutement et de la formation des magistrats, leur absence de professionnalisme et leur faible aptitude à résister aux pressions.

De nos jours, la magistrature n’attire plus, à quelques exceptions près, les meilleurs talents, ceux qui ont échoué ailleurs y trouvent un débouché alternatif. Les magistrats intègres et compétents sont devenus de plus en plus rares dans une corporation où règnent, désormais, la médiocrité, la subordination au pouvoir et à l’argent…

Les magistrats ne peuvent plus continuer à abuser des condamnations à la prison ferme selon leur bon vouloir. Il faut arrêter cette dérive en mettant fin aux délits de presse, qui constituent une sérieuse menace à la liberté d’expression. Au-delà, un mécanisme plus rigoureux de redevabilité des magistrats devra être mis en place, permettant de sanctionner les manquements à l’éthique professionnelle. Il en va de la crédibilité de la justice et de la confiance des justiciables.

La condamnation de mon frère Hacen nous interpelle. On peut être d’accord ou non avec lui, mais il convient de reconnaître qu’il a incontestablement insufflé une nouvelle dynamique dans l’univers des journalistes et des blogueurs. Cette décision est une véritable régression au niveau des libertés et un message clair que des forces obscures cherchent encore à faire barrage au vent d’émancipation qui souffle sur le pays.

Mohamed El Mounir