Categories
A la une

Au Sahara occidental, qui coupe le cordon de la paix ?

Les indépendantistes du Front Polisario ont déclaré que le cessez-le-feu était «liquidé» après que des soldats ont pénétré dans le no man’s land entre le territoire sous contrôle marocain et la Mauritanie.

L’un des conflits les plus gelés au monde s’est soudain réchauffé de quelques degrés, ce vendredi. Dans la petite bande sableuse de 3 kilomètres qui sépare le poste-frontière de la Mauritanie, au sud, et le territoire du Sahara occidental sous contrôle marocain, au nord, des coups de feu ont retenti.

Ce minuscule no man’s land surnommé «Kandahar», en raison des trafics qui s’y déroulent, est devenu un point de crispation extrêmement sensible entre le royaume du Maroc et les indépendantistes du Front Polisario, qui revendiquent l’indépendance de cette ex-colonie espagnole depuis plus de quatre décennies.

infographie carte Sahara occidental

«La guerre a commencé. Le Maroc a liquidé le cessez-le-feu» conclu en 1991, a solennellement déclaré le chef de la diplomatie de la République sahraouie proclamée par le Polisario, Mohamed Salem Ould Salek. Sans surprise, le ministère des Affaires étrangères marocain a rejeté la responsabilité de la rupture du fragile équilibre en vigueur sur le camp adverse : «Le Polisario est ses milices, qui se sont introduites dans la zone depuis le 21 octobre, y ont mené des actes de banditisme […] qui violent les accords militaires et représentent une menace réelle à la pérennité du cessez-le-feu», a indiqué un communiqué.

Que s’est-il passé ? La petite piste désertique qui relie le territoire sous contrôle marocain à la Mauritanie est coupée depuis trois semaines. Plus d’une centaine de camions de marchandises sont arrêtés à Guerguerat, côté marocain, empêchés de poursuivre leur route vers le sud. Dans l’autre sens, près de 80 routiers, côté mauritanien, attendent aussi de traverser le no man’s land. La cause de ce blocage est une question d’interprétation, et le véritable nœud du problème. Pour le Front Polisario, il résulte d’une «manifestation pacifique et non violente de civils sahraouis» contre «la brèche illégale de Guerguerat» et la volonté du Maroc de «construire une route asphaltée à travers la bande tampon», en «violation du statu quo». Pour Rabat, en revanche, le barrage est mené par «une soixantaine de personnes encadrées par des miliciens armés du Polisario», ayant commis des «actes prémédités de déstabilisation».

Les Nations unies impuissantes

En conséquence, l’armée marocaine «a procédé dans la nuit de jeudi à vendredi à la mise en place d’un cordon de sécurité en vue de sécuriser le flux des biens et des personnes à travers cet axe». Une opération que l’état-major général des forces armées royales qualifie de «non offensive et sans aucune intention belliqueuse». Mais ce mouvement signifie donc que des militaires marocains ont franchi le mur qui sépare la partie sous contrôle marocain (80% du Sahara occidental) de celle administrée par la République sahraouie. Or «l’accord militaire numéro 1 complémentaire au cessez-le-feu, signé en 1998, […] établit une bande tampon de 5 kilomètres au sud et à l’est du mur militaire où l’entrée des troupes ou du matériel des deux parties est interdite et constitue une violation», rappelle le Front Polisario, qui crie à «l’agression».

Pour l’instant, la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (Minurso), la force d’interposition de l’ONU, semble impuissante à arbitrer le conflit. La diplomatie pourrait s’en charger. Ces derniers jours, le roi du Maroc, Mohammed VI, a échangé des messages avec l’ONU, la France, les Etats-Unis et la Mauritanie. La direction du Polisario, soutenue par son parrain algérien historique, a de son côté demandé ce vendredi au secrétaire général des Nations unies de saisir le Conseil de sécurité.

Célian Macé

liberation

Leave a Reply