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Sahara occidental : un statu quo de 45 ans

Le Maroc a annoncé vendredi avoir lancé une opération militaire dans la zone-tampon de Guerguerat, près de la Mauritanie, en dénonçant « les provocations du Polisario » au Sahara occidental. Claude Mangin-Asfari, femme de Naâma Asfari, militant du Sahara libre emprisonné au Maroc depuis 2010, apporte son point de vue sur la situation.

« C’est un très ancien sujet. Le Sahara occidental, alors colonie espagnole, a été annexé en novembre 1975 par ses deux voisins, le Maroc et la Mauritanie. Une occupation militaire qui, pour le Maroc, dure toujours et a empêché un processus normal de décolonisation. Une partie du peuple sahraoui vit depuis en exil en Algérie tandis que d’autres familles sont restées en territoire occupé.

D’un côté comme de l’autre, les Sahraouis, conduits par leur représentation politique, le Front Polisario, ne cessent de témoigner avec courage et sacrifice leur volonté d’être indépendants et de regagner en toute liberté leur territoire.

10e anniversaire de la grande révolte pacifique du camp de Gdeim Izik

Depuis 1991, les Nations unies ont tenté avec un Plan et une mission de paix d’appliquer les résolutions qui depuis 1966 affirment que le peuple sahraoui a le droit à l’autodétermination. En vain. Le Maroc qui occupe les trois quarts du Sahara occidental prétend y être souverain et s’oppose à tout règlement.

En ce mois de novembre, les Sahraouis commémorent le 10° anniversaire de la grande révolte pacifique du camp de Gdeim Izik près de leur ville capitale, El Aaiun. En 2010, des milliers d’entre eux s’étaient rassemblés là pour dire leur refus d’être Marocains et pour demander l’autodétermination. Ce camp, démantelé violemment le 8 novembre 2010 par l’armée marocaine, symbolise depuis la lutte des Sahraouis pour leur liberté.

Des dizaines de militants sahraouis avaient alors été arrêtés, parfois torturés et vingt-cinq d’entre eux condamnés à de lourdes peines de prison allant de 20 ans à la perpétuité. Il s’agit avec ces condamnations d’empêcher toute manifestation publique en faveur de l’indépendance du Sahara occidental.

Un de leurs leaders, mon mari Naâma Asfari, condamné à 30 ans de prison, poursuit ce combat pour l’autodétermination depuis sa cellule à la prison de Kenitra (Maroc). Une lutte ancienne de près de 50 ans qui reste d’une réelle actualité.

Une grande incertitude à la frontière de la Mauritanie

Sur le terrain, tout se passe aujourd’hui au lieu-dit Guerguerat, à l’extrême sud-ouest du Sahara occidental. Là, en bordure du mur militarisé de 2 500 km de long construit par le Maroc à travers le désert, dans un secteur sous contrôle du Front Polisario selon les termes de l’accord de cessez-le-feu, des mouvements civils sahraouis bloquent depuis plusieurs jours la circulation vers la Mauritanie voisine.

Il s’agit, pour les manifestants, de dénoncer le pillage des richesses de leur pays par des entreprises marocaines et étrangères (dont certaines françaises) et de rappeler au Secrétaire général de l’ONU qu’il n’a toujours pas désigné un nouvel envoyé spécial pour le Sahara occidental après la démission de Horst Khöler en mai 2019.

Ils expriment leur colère pacifiquement comme ils l’avaient fait à Gdeim Izik mais s’attendent à ce que le royaume du Maroc envoie ses militaires avec le risque de rompre le cessez-le-feu. Car le Maroc ne se satisfait plus du « vieil accord », il a besoin de ce passage en territoire sahraoui pour assurer ses relations avec la Mauritanie et l’Afrique.

Si l’exaspération des Sahraouis génère aujourd’hui une grande incertitude à la frontière de la Mauritanie, n’est-ce pas la résolution d’un différend vieux de 45 ans qui pourra assurer et développer librement cette voie de circulation entre le Maghreb et l’Afrique sahélienne ? »

Ouest-France