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Mauritanie

Dans quelques jours nous fêterons les 60 ans de notre accession à l’indépendance nationale.

Dans quelques jours nous fêterons les 60 ans de notre accession à l’indépendance nationale. Un moment pour se laisser aller à l’euphorie festive et à l’exhibition des signes et symboles de fierté…C’est de bonne guerre et c’est même légitime. Un territoire, un drapeau, un hymne, un peuple, une armée, des institutions, des acquis comme l’Ouguiya, la Snim, nos ressources halieutiques, l’or, le cuivre….les infrastructures diverses….

Quoi de plus probant et visible pour édifier tout un chacun que nous sommes une nation fière, digne, souveraine qui a pu se construire contre vents et marées durant six décennies seulement. Oui nous pouvons être fiers de cela. Néanmoins nous devons nous poser la question de savoir si nous ne pouvions pas mieux faire au vu de nos immenses potentialités. Sans aucune volonté d’afficher un mauritanopessimisme excessif et sans volonté d’une autoflagellation morbide je ne peux que constater que les mauritaniens ont perdu beaucoup de temps, de ressources et d’argent durant les 4 dernières décennies. La Mauritanie, vu son poids démographique, ses ressources, son positionnement géostratégique aurait pu être une nation tout au moins émergeante. Mais le tribalisme, le népotisme, les conflits interethniques, l’ignorance, l’arriération, la cupidité des uns et des autres, la compromission des élites étaient là pour imposer les affres du surplace si ce n’est pas de la régression. Est-il admissible que nous continuons à vendre du fer en vrac avec son sable et ses poussières sans être capable d’en produire sur place les dérivés? Est il admissible que nous vendions notre poisson à des bateaux usines en rade à quelques km de nos côtes et qui nous le revendent 5 fois plus cher en boites de sardines? Est-il normal que nous continuons pour 4 millions d’individus à importer riz, mais, blé, légumes, fruits etc. ..alors que nous avons les terres fertiles de la vallée et toutes les techniques de cultures sous serres? Est-il il normal que nous n’ayons pas réfléchi à tout faire pour maitriser la culture du thé dont nous sommes l’un des plus grands consommateurs au monde? Est il normal que nous ayons un si grand cheptel et que nous continuons à importer des boites de lait contenant des substances pouvant être nocives pour la santé à la longue? Est il normal que nous nous adonnions encore à l’élevage contemplatif? Est il normal que nous ne produisons même pas de l’aspirine? Pire que nous soyons incapables de protéger nos citoyens des criminels des faux médicaments ? Est-il normal qu’un instituteur et un médecin soient si mal payés sachant que si ces deux acteurs du développement flanchent c’est l’avenir du pays qui est remis en cause? Est il normal que nos institutions soient instrumentalisées? Est-il normal que des hauts fonctionnaires et des ploutocrates s’adonnent au seul sport de depecer leur pays pour s’enrichir illicitement ? Est il normal qu’ on crie harot sur le baudet contre les fraudes, et les ingérences du pouvoir en place lors de chaque élection? Est il normal que nos institutions ne tirent pas leur essence de l’allégeance à la Republique, l’Etat, la Nation plus qu’à autre chose… J’ajouterai à mes interrogations l’état de nos routes nationales. Comment peut on encore ne pas avoir des autoroutes dignes de ce nom entre Nktt Rosso, Nktt- Atar, Nktt- Ndb, Nktt -Nema, des hôpitaux d’envergure avec tout ce qu’on a comme cadres et spécialistes? Des centres médicaux de quartiers pour désengorger les hôpitaux…Comment pouvons nous tolérer que notre école publique se meurt laissant place à une école source de division et de médiocrité, source de délinquance et de déviance de nos enfants car la déperdition scolaire est l’une des principales causes de désœuvrement des adolescents et donc de risque de délinquance juvénile A propos de la division notre peuple mérite-t-il qu’un seul de ses fils soit en marge de la société, frustré, touché dans son âme et en définitive laissé aux aleas du désespoir et du désarroi. Ne parlons pas de pans entiers de notre société perdus dans des contradictions que nous pouvons pourtant résoudre par le dialogue et le consensus. Si nous y ajoutons la pauvreté et ses répercussions et dont le taux avoisine les 50 % nous avons de quoi être inquiets.Enfin que faisons nous pour une repersonnalisation de l’homme mauritanien et son habilitation à se prendre en charge à être un citoyen responsable qui connait ses droits et ses devoirs? Quelle stratégie avons nous pour promouvoir une culture citoyenne?Ne nous sommes nous pas laissés accaparés par la gestion de nos affaires quotidiennes, anesthésiés par la volonté d’éviter tout soubresaut, tout risque de réveiller des démons imaginaires? Oui nous devons célébrer dans la joie et l’allégresse nos 60 ans d’indépendance, oui nous devons être fiers, oui nous avons notre place dans le concert des nations, mais nous devons savoir qu une nation n’a de caractère que lorsqu’elle est libre. Nous avons bâti une nation. Nous restons un peuple de pionniers dont les rêves personnels doivent s’emboîter dans le rêve collectif et nous devons concevoir le pire comme un tremplin vers le meilleur.

Imam Cheikh Ely

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