Donald Trump et son épouse Melania sont arrivés lundi à Londres pour une visite d’État de trois jours. Les propos du président américain sur le Brexit et sur les candidats à la succession de Theresa May ont placé la visite sur une trajectoire imprévisible.

Le couple présidentiel aura droit à tous les égards de la monarchie britannique, avec déjeuner avec la reine Elizabeth, thé avec le prince Charles, l’héritier du trône, puis banquet officiel au palais de Buckingham et visite de l’abbaye de Westminster où les souverains d’Angleterre sont couronnés depuis mille ans.

Mais au-delà du faste des cérémonies officielles, le 45e président des États-Unis arrive à Londres avec des idées bien précises.

Dans un entretien accordé au Sunday Times à la veille de sa venue au Royaume-Uni, il déclare ainsi que les Britanniques devraient refuser de payer la facture du divorce avec l’Union européenne, d’un montant compris entre 40 et 45 milliards d’euros, et quitter la table des négociations sur le Brexit si Bruxelles ne répond pas à leurs attentes. « Si vous n’obtenez pas un accord équitable, vous partez », argumente-t-il.

Il conseille également au futur Premier ministre britannique d’envoyer Nigel Farage, fervent partisan du Brexit, mener les négociations à Bruxelles. Ne pas l’impliquer est une erreur, car celui-ci a « beaucoup à offrir » et pourrait grandement aider les Britanniques dans les discussions, continue-t-il.

Le Parti du Brexit de Nigel Farage a largement remporté les élections européennes au Royaume-Uni, devant les libéraux-démocrates pro-européens, profitant du mécontentement suscité par l’échec de la Première ministre conservatrice Theresa May dans les négociations sur le Brexit.

Faute d’avoir réussi à faire voter l’accord de retrait qu’elle a négocié avec l’UE en novembre dernier, cette dernière a annoncé sa démission. Le processus de désignation de son successeur débutera dans la semaine du 10 juin.

Donald Trump a répété son soutien aux candidats à la succession de May désirant une sortie de l’UE au 31 octobre avec ou sans accord. Parmi eux figure notamment l’ancien chef de la diplomatie britannique, Boris Johnson, dont Trump a de nouveau salué les qualités dans un entretien au Sun paru samedi.

« Boris ferait du très bon travail », dit-il de lui. « Je pense qu’il serait excellent. »

« Loser total »

Le président américain Donald Trump a traité lundi le maire de Londres Sadiq Khan de « loser total », dans un tweet envoyé quelques minutes seulement avant d’atterrir pour une visite d’État de trois jours au Royaume-Uni.

« Sadiq Khan, qui a fait boulot exécrable en tant que maire de Londres, a fait des commentaires méchants concernant le président des États-Unis », a tweeté M. Trump, estimant que ce « loser total » ferait mieux de se concentrer sur la lutte contre la criminalité à Londres.

Donald Trump a déjà attaqué à plusieurs reprises l’édile travailliste musulman via les réseaux sociaux, dénonçant son « travail désastreux sur le terrorisme ».

De son côté, M. Khan condamne régulièrement les déclarations et le comportement du locataire de la Maison-Blanche. Dimanche, M. Khan avait déclaré à Sky news que le Royaume-Uni avait tort de « dérouler le tapis rouge » à Donald Trump et qualifié certaines politiques du président américain d’« odieuses » et « offensantes ».

Dans The Observer, il avait aussi comparé certains des propos du président américain à ceux utilisés par des « fascistes du 20e siècle ».

Le maire de Londres a prévenu qu’il ne participerait pas au banquet donné lundi soir donné par la reine Elizabeth II en l’honneur du dirigeant républicain, un dîner en grande pompe aussi boudé par le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn et le président de la Chambre des Communes, John Bercow.

En juillet 2018, lors d’une précédente visite de Donald Trump, le maire de Londres avait autorisé des manifestants anti-Trump à faire voler près de Westminster un ballon géant représentant un Trump en couche-culotte.

Huawei au menu

Le président américain attend également des autorités britanniques une attitude plus ferme à l’égard de la Chine, notamment à propos de Huawei, l’équipementier télécoms que Washington soupçonne d’être utilisé à des fins d’espionnage par le gouvernement chinois.

Depuis des semaines, les États-Unis pressent leurs alliés de ne pas impliquer Huawei dans le déploiement de la 5G, la nouvelle norme de téléphonie mobile.

« Nous prenons bonne note de tout ce que disent les États-Unis sur ces questions. Nous écouterons avec soin ce qu’ils disent », a répondu lundi matin le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, au micro de la BBC.

« Nous n’avons pas encore pris notre décision finale, mais nous avons également dit clairement que nous considérerions à la fois les questions techniques – comment s’assurer qu’il n’existe pas de faille permettant à un pays tiers d’utiliser la 5G pour nous espionner – et stratégiques afin de ne pas être surdépendants d’un pays tiers en ce qui concerne une technologie absolument vitale », a-t-il ajouté.

Les questions politiques seront plutôt abordées mardi, avec des entretiens programmés avec Theresa May.

Lors de sa dernière visite au Royaume-Uni en juillet dernier, Trump avait choqué la classe politique britannique en accusant May de se montrer trop faible avec l’UE et en présentant Boris Johnson comme un « grand » Premier ministre potentiel.

Mercredi, veille du 75e anniversaire du débarquement de Normandie, Donald Trump et la reine seront à Portsmouth, dans le sud du pays, l’un des ports d’où était partie l’armada alliée. Le président américain se rendra ensuite brièvement en Irlande.

Le jeudi 6 juin, il sera en Normandie pour les cérémonies du « Jour J ».

https://www.euractiv.fr/section/royaume-uni-en-europe/news/a-londres-trump-tente-de-faire-pression-sur-la-succession-de-may/