Alexeï Navalny dénonce une « parodie de justice » après son arrestation

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L’opposant russe, interpellé à Moscou dimanche dès son retour de Berlin, comparaissait lundi devant un juge devant se prononcer sur son placement en détention.

Au lendemain de sa rocambolesque arrestation dès son retour à Moscou après un empoisonnement présumé, l’opposant russe Alexeï Navalny comparaissait, lundi 18 janvier, devant un juge qui doit se prononcer sur son placement en détention.

A la surprise générale, un tribunal s’est réuni à la mi-journée lundi au commissariat de Khimki, en banlieue de Moscou, où il est détenu, pour examiner une « demande de placement en détention », selon Vadim Kobzev, avocat de l’adversaire no 1 du Kremlin.

« J’ai vu beaucoup de parodies de justice (…) mais là c’est l’illégalité la plus totale », a réagi dans la salle d’audience M. Navalny, visiblement agacé, selon une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux. « Pépé dans son bunker a tellement peur qu’on déchire et qu’on jette le code de procédure pénal à la poubelle », a-t-il ajouté, en référence au président Poutine et au fait qu’un tribunal puisse siéger dans un commissariat.

Charismatique militant anticorruption et ennemi juré du Kremlin, M. Navalny, 44 ans, accuse le président, Vladimir Poutine, d’avoir ordonné son assassinat au poison Novitchok en août, ce que la Russie dément. Ayant survécu à cet empoisonnement présumé, il a été soigné cinq mois en Allemagne. Dimanche soir, l’opposant est revenu à Moscou et a été interpellé dès son arrivée à l’aéroport de Cheremetievo, le FSIN, le service pénitentiaire russe, lui reprochant d’avoir violé des mesures de contrôle judiciaire en allant se faire soigner à l’étranger.


« Campagne implacable »
En s’envolant pour Moscou, Alexeï Navalny avait assuré n’avoir peur de rien. « On va m’arrêter ? Ce n’est pas possible, je suis innocent », avait-il ironisé. L’organisation non gouvernementale (ONG) Amnesty International a estimé qu’il était désormais un « prisonnier de conscience » victime d’une « campagne implacable » des autorités.

L’Union européenne, la France, l’Allemagne ou encore la Pologne et le Royaume-Uni ont réclamé sa libération, tout comme la future administration du président élu des Etats-Unis, Joe Biden. Le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, a dénoncé une tentative de « faire taire Navalny ».

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, leur a rétorqué sur Facebook de « se mêler de leurs propres problèmes ». Son ministre, Sergueï Lavrov, a estimé que les Occidentaux s’en prenaient à la Russie pour « détourner l’attention de la profonde crise qui mine le modèle de développement libéral ». Selon lui, l’affaire Navalny est « du ressort des forces de l’ordre » et il s’agit « de faire respecter la loi russe ».

L’opposant était subitement tombé dans le coma en août, alors qu’il revenait d’une tournée électorale en Sibérie. D’abord hospitalisé à Omsk, en Russie, il avait finalement été évacué vers un hôpital berlinois. Trois laboratoires européens ont depuis conclu qu’il avait été empoisonné par un agent innervant militaire de type Novitchok, développé à l’époque soviétique, conclusion confirmée par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

La Russie a, elle, multiplié les versions – maladie, mauvaise hygiène de vie, provocation de services secrets occidentaux – et se refuse à ouvrir une enquête criminelle.

Largement ignoré des médias nationaux russes, Alexeï Navalny reste la principale voix de l’opposition grâce à une audience très large sur les réseaux sociaux et ses enquêtes sur la corruption des élites. Sa notoriété reste toutefois limitée en dehors des grandes agglomérations et seuls 20 % des Russes approuvent son action, selon un sondage du centre indépendant Levada de septembre.


Le Monde avec AFP

https://www.lemonde.fr/international/article/2021/01/18/russie-navalny-denonce-une-parodie-de-justice-apres-son-arrestation_6066662_3210.html