Ce que l’on sait de la tentative d’assassinat du ministre de l’intérieur libyen

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L’attaque dont il a été la cible, fait craindre une reprise des violences en plein effort pour une transition politique.

afp.com/Mahmud TURKIA / LEXPRESS.fr

Fathi Bachagha, originaire de Misrata (Nord), cité côtière et commerçante dotée de puissantes milices, est réputé proche de la Turquie. L’attaque dont il a été la cible, ce dimanche, fait craindre une reprise des violences en plein effort pour une transition politique, dans un pays où la guerre civile perdure depuis 2014.

Son nom a souvent été cité parmi les successeurs possibles au Premier ministre Fayez al-Sarraj, avant la récente nomination de Abdel Hamid Dbeibah à ce poste, le 5 février.

Un acteur clé de la transition en Libye
Fathi Bachagha fait partie du Gouvernement d’union nationale (GNA) sortant de Fayez al-Sarraj, basé dans la capitale Tripoli et reconnu par l’ONU. Son nom est souvent revenu dans les candidatures évoquées pour endosser le poste de Premier ministre. Finalement le poste est attribué le 5 février à Abdel Hamid Dbeibah, dans le cadre d’un processus politique parrainé par l’ONU.

Le convoi de Fathi Bachagha a été la cible de balles tirées à partir d’une voiture blindée à Janzour, à une douzaine de kilomètres de Tripoli, a indiqué son entourage. « L’escorte de police qui suivait le ministre a riposté. Deux des assaillants ont été arrêtés, le troisième a été blessé et transféré à l’hôpital. Le ministre va bien. »

Fathi Bachagha, un poids lourd de la politique locale, revenait d’une visite de routine au siège d’une nouvelle unité de sécurité qui dépend de son ministère, d’après la même source.

En novembre 2020, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a reçu Fathi Bachagha, alors considéré comme susceptible de jouer un rôle-clé dans la transition à Tripoli. La visite est restée très discrète, à l’abri des caméras, comme le précise l’Orient le Jour. Selon le quotidien libanais, Fathi Bachagha a alors rencontré, lors de sa visite à Paris, son homologue de l’Intérieur Gérald Darmanin et la ministre des Armées Florence Parly.

Sécurité précaire en Libye
Dix ans après le soulèvement appuyé par l’Otan qui a renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est toujours minée par les luttes de pouvoir, divisée entre deux autorités rivales, sur fond d’ingérences étrangères. Le GNA à Tripoli et des autorités parallèles dans l’Est liées à l’homme fort Khalifa Haftar. Le 23 octobre, les deux camps rivaux avaient signé un accord de cessez-le-feu permanent avec « effet immédiat », après des discussions à Genève sous l’égide de l’ONU.

Le 5 février, outre le Premier ministre par intérim, un Conseil présidentiel transitoire de trois membres a été désigné par un forum politique libyen en Suisse, pour assurer la transition dans l’attente d’élections annoncées pour décembre. Mais la tentative d’assassinat est venue rappeler que la situation sécuritaire reste précaire. Elle survient également alors qu’une relance du dialogue politique a ravivé les espoirs d’une fin des divisions et des violences.

Le dixième anniversaire du renversement de Kadhafi
Le 17 février, les Libyens ont célébré à Tripoli et d’autres régions de l’ouest du pays le 10e anniversaire du début de la révolution ayant renversé le régime de Mouammar Kadhafi en 2011.

Les autorités de l’Est, région contrôlée par le maréchal Haftar, n’ont tenu aucune célébration, pas même à Benghazi, berceau de la révolution et deuxième ville du pays.

Les ingérences étrangères ont aidé à alimenter l’animosité et les violences. Le GNA, installé en 2016 à Tripoli au terme d’un fragile processus onusien, est appuyé par la Turquie. Son rival, pouvoir incarné par Khalifa Haftar et implanté en Cyrénaïque (est), est soutenu par les Emirats arabes unis, l’Egypte et la Russie.

Les Libyens sont eux appauvris, privés notamment des revenus des plus importantes réserves d’or noir d’Afrique. Leur quotidien est ponctué de pénuries de liquidités et d’essence, de coupures d’électricité, avec une inflation galopante.

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