Le 22 juin, les Mauritaniens choisiront le successeur de Mohamed ould Abdel Aziz, au pouvoir depuis une décennie. À quelques jours du scrutin, l’opposition qui n’est pas parvenue à plusieurs reprises de choisir un candidat en son sein, mettant en compétition ses plus anciens et plus populaires leaders, sans jamais réussir à s’imposer comme force dominante ou réellement compétitive ; entend soutenir un candidat au second tour ! Mais comment une opposition dispersée comme l’huile et l’eau peut-elle croire à un second tour ?

L’opposition ne se rend peut être pas que l’électorat n’est pas encore arrivé à l’âge de maturité permettant au peuple de porter un opposant à la Magistrature suprême.

Cette situation s’explique par le taux élevé des analphabètes dans le pays, estimé selon des sources à plus de 40% de la population en âge d’écrire, de lire ou de comprendre.

Autre obstacle, qui n’est pas des moindres, et qui constitue un frein à la démocratie traduisant le vote sincère de tout électeur, indépendamment de la région, de la communauté, de la famille et des autres critères subjectifs, est que la plupart des forces de cette Nation constitue un fardeau pour les notables au sein des diverses tribus, franges et régions.

Il en résulte en conséquence que le citoyen n’a pas la liberté de choix au moment du vote, mais qu’il est télécommandé par des repères en majorité individuels et ne servant pas forcément l’intérêt général ; d’où une démocratie de façade, tronquée, qu’on peut qualifier de multipartisme dépourvu de ses principaux pivots, sélective, boiteuse, égarée, irrationnelle, subjective ….

Bien au contraire, l’opposition s’est montrée plus populaire en allant en rangs dispersés qu’en optant pour les candidats communs.

Ce défaut qui rend impossible tout mélange entre l’eau et l’huile s’explique principalement par la concentration de l’influence de l’opposition au sein d’une seule partie.

Avec un cactus dans le jardin, Il ne reste plus alors à cette opposition que de tâter d’autres terrains et d’autres cures, de surfer sur d’autres arènes extérieures pour rivaliser, notamment en créant des coalitions avec d’autres parties dont le combat politique aurait des similitudes avec l’approche de l’opposition.

Ainsi l’opposition aurait fait un pas important dans la bonne direction, qui lui permettra de concrétiser l’objectif à court et à moyen terme l’objectif tant convoité.

La candidature de l’ex Premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar soutenu par l’homme d’affaire, Mohamed Ould Bouamatou constitue une source de confusion pour le pouvoir et pour son candidat ; sans compter que cette option sera un affluent important et une valeur ajoutée, pour certains observateurs, à l’activisme national de l’opposition.

En effet, l’homme qui a dirigé le gouvernement de l’ancien Président Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya en 1992, et occupé bien avant le portefeuille des finances, n’a jamais été éclaboussé durant son parcours par le déluge de la corruption et de la mauvaise gestion.

Ould Boubacar a plutôt continué à garder des mains propres, une bonne réputation, d’excellentes relations avec tous, avant qu’advienne la transition de 2005-2007, qui avait constitué son âge d’or, puisqu’il a réussi en peu de temps à convaincre le monde entier sur le nouveau projet ainsi qu’à attirer des investissements dont le pays avait cruellement besoin.

Il a révisé par ailleurs les accords inéquitables signés avec la compagnie pétrolière avec Woodside, mis en liberté les détenus d’opinion et les islamistes et supervisé la tenue d’élections législatives et présidentielles transparentes et neutres au témoignage de tous les observateurs locaux et internationaux.

Sa candidature permet à l’opposition de miser sur un cavalier hors pair, accepté par son public et apprécié par la Majorité, bien connu par l’Occident, qui se rangera de son côté, si le pouvoir serait tenté par la fraude des élections.

Ce n’est également pas l’unique ambition des opposants enthousiastes et optimistes qui s’impatientent de voir un président de l’opposition, mais reste la meilleure option qui s’offre dans l’actuelle conjoncture politique décisive.

C’est d’autant vrai si l’opposition parvient à élire un civil sur le compte d’un militaire ; ce qui permettra d’élire une personnalité de l’opposition à la Présidence et donc matérialisera le cher vœu de l’opposition.

Mais du côté de l’état-major du candidat du consensus national qui évoque une victoire décisive le 22 juin 2019, « la campagne avec la force de Dieu commencera, portant avec elle les promesses de victoire et d’autonomisation, à celui qui a servi ce pays dans les moments les plus sombres et les plus difficiles tout au long de sa carrière ».

Un simple examen aboutit à une conclusion surprenante pour l’observateur le moins averti de la sphère politique nationale. En effet, il est maintenant admis que Mohamed Ould Mohamed Cheikh Ould Mohamed Ahmed sera élu dès le premier tour des élections prévues le 22 juin. Ces élections seront libres et transparentes même si les quatre candidats de l’opposition aient exigé à tort ou à raison l’annulation d’un marché attribuant par la Céni l’impression des bulletins de vote du premier tour de la présidentielle du 22 juin à un homme d’affaires proche du président et soutien de Mohamed ould Ghazouani, le candidat du pouvoir.

L’Union européenne a pour rappel dépêché deux experts lesquels doivent rester deux mois pour assurer le suivi de l’évaluation du processus électoral et qui sont en lien avec toutes les parties prenantes de l’élection : candidats, Céni, société civile, médias, explique Giacomo Durazzo, ambassadeur de l’Union européenne à Nouakchott.

L’Union africaine enverra également une mission d’observation. Le principe est acté, selon Mohamed Vall Ould Bellal, président de la Céni. Il faut maintenant en déterminer la voilure, rapporte RFI.

Pendant ce temps, l’opposition mène une course contre la minute, dès lors où se trouvant encore à la quête de soi et des objectifs qui ne créent pas les sources de son explosion, elle demeure consciente d’être très en retard par rapport au pouvoir, qui a déjà franchi d’importants pas dans sa marche vers le palais ocre.

Le plus risqué pour elle  à l’heure actuelle et face au défi de l’alternance politique pour lequel elle milite de toutes ses forces et énergies, c’est d’avoir investi, selon thoueib el tel walata ,   certains  candidats qui ne traduisent pas ses convictions, sa vision, ses programmes et sa volonté comme démontré depuis 2005, date de l’éviction de Ould Taya jusqu’à nos jours.

Autant dire que l’opposition au lieu d’œuvrer à trouver l’homme qui traduira les attentes de son public dans le changement, mais qui n’est paradoxalement pas conscient de la logique de la transition et ce que cela requiert pour engager le train des réformes poursuit à travers des conférences de presse et meetings un mélange impossible entre l’huile et l’eau, espérant qu’une telle fusion pourrait la ramener au second tour.  Mais l’on déchiffre naturellement qu’elle cherche déjà à justifier son échec éventuel.

Ahmed Ould Bettar