L’UE temporise sur son plan de relance, Washington adopte de nouvelles aides

AFP / ANDREAS SOLARO

L’Union européenne a encore temporisé jeudi sur son plan de relance au moment où les Etats-Unis adoptent de nouvelles mesures pour faire face à une récession historique due au coronavirus mais se montrent tout aussi divisés sur la sortie du confinement.

La pandémie, qui a fait 186.000 morts depuis l’apparition du virus en décembre en Chine, va contraindre des centaines de millions de musulmans à vivre un ramadan cloîtré.

Au terme de plus de quatre heures de sommet en visioconférence, les dirigeants de l’UE ont demandé à la Commission européenne de formuler des propositions de relance à partir de la mi-mai.

« Il n’y a pas de consensus aujourd’hui » sur les solutions à apporter à la crise économique la plus grave depuis 1945, a reconnu le président français Emmanuel Macron. Le Premier ministre italien Giuseppe Conte a toutefois évoqué une « étape importante ».

– « Trop peu, trop tard » –

Des compagnies aériennes à l’industrie automobile en passant par le secteur du tourisme et celui des vins et spiritueux, les grands groupes à travers le monde ont commencé à publier de premiers chiffres trimestriels augurant de la violence du choc.

Parmi les rares grands gagnants: la plateforme de diffusion en ligne américaine Netflix, qui a vu son nombre d’abonnés bondir à la faveur du confinement de plus de la moitié de l’humanité.

Continent le plus endeuillé, avec plus de 115.000 morts, l’Europe pourrait connaître une récession de 7,1% cette année, selon le Fonds monétaire international.

A l’ouverture de la réunion, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, avait mis en garde contre le risque « d’agir trop peu, trop tard ».AFP / FRANCOIS GUILLOTBannière pendue au balcon d’un appartement parisien, le 23 avril 2020

Mais les dirigeants de l’UE restent divisés tant sur le montant que sur le mode de financement d’un plan de relance commun, qui devrait atteindre plusieurs centaines de milliards d’euros.

La chancelière allemande Angela Merkel s’est engagée à contribuer davantage au budget européen, tout en excluant la mutualisation des dettes nationales demandée par les pays du Sud.

Aux Etats-Unis, qui avec plus de 47.000 morts sont le pays le plus frappé au monde, le nombre de chômeurs a une nouvelle fois bondi pour atteindre plus de 26 millions de nouveaux sans-emploi en cinq semaines.

Souvent masqués, les élus de la Chambre des représentants devaient voter à Washington de nouvelles mesures d’aide aux petites et moyennes entreprises et aux hôpitaux de 480 milliards de dollars, après le plan de relance historique de 2.200 milliards approuvé fin mars.

Mais si démocrates et républicains sont parvenus jusqu’ici à s’entendre sur la réponse économique à la crise, les Etats américains se déchirent sur le déconfinement: certains, comme le Texas ou la Géorgie, ont décidé de rouvrir une partie des commerces malgré les craintes d’un redémarrage prématuré qui pourrait relancer la contagion.

– Reprise du foot allemand? –

Plusieurs pays d’Europe, encouragés par des signes d’amélioration sur le front sanitaire, ont aussi commencé à alléger le confinement dans l’espoir de relancer leurs économies.

Première des grands pays européens, la Ligue allemande de football a indiqué être prête à reprendre le championnat le 9 mai, si elle obtient le feu vert. A huis clos.

Le Vietnam, qui enregistre officiellement zéro décès et moins de 300 cas, a commencé à sortir jeudi du confinement drastique qu’il avait imposé dès les premiers jours de février. Certains commerces sont autorisés à rouvrir.

Et en Afrique du Sud, les restrictions seront « assouplies » progressivement à partir du 1er mai.AFP / FRANCOIS LO PRESTIDistributeur de masques et de gants, à Jeumont dans le nord de la France, le 23 avril 2020

Mais le spectre d’une deuxième vague mortelle plane malgré une systématisation des « gestes barrières ». D’autant que le mystère reste entier quant à la part de la population potentiellement immunisée: seulement 6% des Français auront été infectés lorsque commencera le déconfinement le 11 mai dans leur pays, mais déjà plus d’un New-Yorkais sur cinq, selon de premières études.

Dans ce contexte, la Suisse, la République tchèque et la région italienne de Lombardie, une des plus touchées au monde, ont lancé jeudi des campagnes de tests sérologiques.

A Prague, des centaines de personnes ont fait la queue pour bénéficier d’un test gratuit. Comme Jaroslava, venue pour savoir si son épisode grippal de février « était ou non lié au Covid-19 », la maladie provoquée par ce coronavirus.

Toutefois, « il n’y a aucune garantie que les anticorps protègent d’une nouvelle infection. Pour le moment, on ne peut qu’espérer », explique à l’AFP Guido Marinoni, président de l’association des médecins de Bergame, en Lombardie.

C’est sur une planète largement à l’arrêt que le monde musulman entre vendredi dans le mois de jeûne du ramadan.

– Le paludisme en embuscade –

« Je suis affligé que le mois sacré arrive dans des circonstances nous privant d’effectuer des prières (…) dans les mosquées », a regretté le roi Salmane d’Arabie, dont le pays abrite les deux premiers lieux saints de l’islam.

Presque tous les pays musulmans ont fermé les mosquées et demandé aux fidèles de prier chez eux, imposant parfois des couvre-feux pour empêcher la propagation du virus. Comme au Niger, où des émeutes sont redoutées.AFP / Valentine GRAVELEAUCovid 19 : bilan mondial

Mais les effets secondaires de la pandémie risquent d’être aussi dévastateurs, voire davantage, que la maladie elle-même.

La précarité économique menace l’accès aux soins, selon la Banque mondiale. Et la famine menace « plus de 250 millions » de personnes cette année, selon l’ONU.

Dans le même temps, près de 400.000 personnes supplémentaires pourraient mourir du paludisme en raison de problèmes de distribution de moustiquaires et de médicaments, a prévenu l’Organisation mondiale de la santé.

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