Décryptage : le volcan / Par Ahmed Ould Bettar 2e partie

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Par Allah, ne réveillons pas le volcan

Tout récemment, nous nous sommes demandé si la Mauritanie est assise sur un volcan. Notre interrogation n’est pas partie du néant, mais d’un constat réel, déduit d’une appréciation générale et objective du train de vie politique et socioéconomique du pays, arrivé à un stade de dégradation et de décadence jamais enregistré, même sous les dictatures qui ont dirigé la Mauritanie.

Aujourd’hui, l’évolution alarmante de la situation nous donne raison, avec ces irruptions dangereuses de cendres et de larves volcaniques, qui se traduisent à travers les positions diamétralement opposées voire provocatrices de nos acteurs politiques qui, malheureusement, n’ont de commun que leur entêtement à pécher dans les eaux troubles et à saboter l’intérêt général pour des caprices strictement personnels et restreints.

Pour ne pas reprendre les mêmes dés et recommencer la partie, convenons tous qu’il est temps pour les bons esprits de se réveiller et d’œuvrer pour tirer le pays de l’impasse, au lieu de continuer à embraser la situation, à irriter les roches fondues et le magma du volcan, qui sont à quelques mètres du cratère, prêts à être éjectés, si la tension politique interne continue de monter.

Propos du ministre de l’enseignement

Ainsi, se demanderons-nous, si les derniers propos du ministre de l’enseignement secondaire et supérieur à l’université de Nouakchott, portant à apporter quelques clarifications sur les vrais mobiles qui ont poussé les autorités à dévoiler sans grande conviction, leur très contesté plan de promotion de la langue arabe, pour, clament-elles, dans un discours purement politicien, la protéger de toute éventuelle disparition devant les autres dialectes.

A ce stade, on ne sait pas si le ministre de l’Enseignement secondaire et supérieur a agi en contradiction de son chef, lui assénant ainsi un véritable coup de massue politique, où s’il s’est constitué bouc émissaire pour porter la responsabilité des erreurs commises par autrui.

Toujours est-il qu’à cette phase, tout le monde se demande si le chef du gouvernement et le ministre sont sur la même longueur d’ondes, où si comme, cela s’est vérifié à plusieurs reprises, aucun membre de l’équipe du gouvernement n’a de comptes à rendre à Ould Mohamed Laghdaf, que le président de la République qui concentre tous les pouvoirs, est le seul maître, à telle enseigne qu’il faut solliciter son accord pour changer les roues d’une ambulance.

La révolte inattendue de Sawab

Sur un autre plan, la révolte inattendue de Sawab sur les propos d’excuses semi-officielles du ministre Ould Bahia devant les étudiants négro-africains, très remontés depuis qu’ils se sont sentis visés par la discrimination négative prônée par l’autorité, surprend plus d’un observateur, dans la mesure où ce petit parti, constitué d’idéologistes devenus à l’ère actuelle de vrais subterfuges de la vie politique des nations contemporaines, demande le limogeage d’un ministre pour la simple raison, qu’il a apaisé un climat social devenu insupportable.

C’est difficile de penser que le chef de l’Etat qui se proclame Président de tous les mauritaniens, sans distinction aucune, puisse donner suite à l’appel lancé par le président de Sawab, l’autre ould Horma, pour démettre Ould Bahia, sans limoger d’abord et le Premier ministre, Mme la ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, et surtout le ministre de la santé qui dispose,dit-on, en coulisse, du plus grand panier de fautes des hommes de son rang officiel.

Un choc de titan haratin refait  surface

Abstraction faite de cette rude bataille, un choc de titan haratin refait aujourd’hui surface. D’une part Messaoud qui met l’actuel pouvoir devant ses responsabilités d’enfoncer l’esclavage et de bafouer les droits de l’homme et le Vice président de l’Upr, Oumar Ould Mattala, présentement inconscient du calvaire politique et socioéconomique de ses cousins, qui accuse le président de l’Assemblée nationale d’exploiter la carte de la lutte contre l’esclavage pour se faire une aura populaire.

Ould Matalla, que les largesses du pouvoir ont dérouté, va même plus loin, accusant Messaoud de promouvoir son discours dans des lieux où « le président des pauvres » a réalisé des routes et lotis les population, faisant allusion à El Mina et Riyadh où les conditions de vie des populations sont révoltantes et insupportables.

L’audience accordée à l’Ambassadeur d’Espagne

Des autres contradictions de l’actuel pouvoir, on cite également la récente audience accordée par le Président de la République à l’Ambassadeur d’Espagne, qui intervient à la veille d’une réunion des états-majors des Etats de la zone sahélienne, prévue mardi 13 avril courant à Alger.

Une audience qui serait incontestablement en rapport avec les otages espagnols détenus par l’Aqmi qui ne cache pas son hostilité au royaume d’Espagne.

Otages dont la libération est conditionnée par leurs ravisseurs, par la relaxe de salafistes emprisonnés dans les geôles mauritaniennes.

Autant se demander, si Nouakchott qui reproche au Mali d’avoir agi contrairement aux obligations diplomatiques entre les deux pays, ne finira pas par se retrouver dans la même imposture, à des moments où elle a mobilisé l’essentiel de ses troupes sur le frontières avec ce pays, fragilisant du coup la sécurité dans la capitale où des présumés terroristes avaient été à un millimètre de réussir leur tentative d’enlèvement de ressortissants français, dans le centre ville à quelques mètres du plus important QG des forces de l’ordre, à savoir le GMO (groupement du maintien de l’ordre).

Tous ces signes réunis doivent interpeller la conscience nationale à plus de lucidité dans l’esprit. Ce sont en premier les autorités qui sont les seules capables à stopper l’éruption du volcan, tout en étant convaincu que personne ne veut leur confisquer le pouvoir.

En effet, comme le stipule toute démocratie, le pouvoir c’est le peuple tout entier, majorité et minorité incluses. Ce ne sont donc pas des intérêts politiques personnels, des partillons safagas, mercantiles où des hommes qui tronquent la réalité des leurs pour des privilèges. Par Allah, ne réveillons pas le volcan.

( suite)