Décryptage : le volcan / Par Ahmed Ould Bettar

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La Mauritanie est-elle assise sur un volcan ?

Des magmas en ébullition

La situation générale du pays se détériore de jour en jour, sans que l’actuel pouvoir ne puisse réaliser les moindres avancées, minimes soient-elles, dans quelque domaine que ce soit.

Sur les plans politique (absence de dialogue), culturel (imposition de l’arabe), social (discrimination positive toujours à l’état papier), économique (flambée des prix), alimentaire (spectre de la faim), sanitaire (crise dans le secteur) et j’en passe pour ne citer que ces « magmas » en ébullition, les signaux sont au rouge, incapables d’indiquer le jaune, à défaut d’indiquer le vert.

Crise de la santé : la feuille de température indique une amélioration mais une rechute n’est pas impossible !

Ne crions pas très vite à la victoire, parce que le vent de l’apaisement a soufflé dans le secteur de la santé. La prescription faite par le Président de la République a été certes utile, présentant les avantages d’un palliatif, en raison des conflits entre les secteurs publics et privés.

Ceci est d’autant plus vrai si l’on sait que ces deux secteurs juxtaposés, condamnés à vivre ensemble, à se compléter, dans le respect des conditions d’une concurrence loyale, souffrent encore de l’absence de réglementation précise, mais surtout de l’inexistence d’un hôpital privé, qui peut impulser le niveau des soins dans les hôpitaux publics par rapport aux traitements des cliniques privés.

Une grande irruption : la Guerre contre l’Aqmi

Autre mauvais ingrédient de l’irruption du volcan, qui vient de resurgir, c’est la menace terroriste qui vient de parler d’elle, ces derniers jours, avec ces hommes semant la panique dans le centre ville, au quartier supposé très sécurisé des chancelleries européennes, à quelques encablures du GMO (groupe de maintien de l’ordre).

Une menace terroriste qui a été d’un doigt de replonger Nouakchott dans le labyrinthe extrémiste, étant donné que les ravisseurs avaient failli réussir leur plan d’enlèvement des franco-libanais, aux environs de l’Ambassade de France.

Malgré l’échec de leur tentative, le message des terroristes était clair avec ces tirs de balles nourris qui sont sans doute un message clair adressé aux autorités mauritaniennes, pour leur signifier que la guerre contre l’Aqmi est loin d’être gagnée, même si pour l’Etat, la bataille de Lemzeirib a été un sérieux revers pour l’organisation terroriste.

Malheureusement, le pouvoir ne semble pas prendre très au sérieux le danger terroriste, dont le retour en force, s’explique, selon des observateurs avertis du paysage national, par le déploiement tenu discret de bataillons militaires, avec logistique et munitions, vers les frontières.

Des unités militaires dont une première troupe a été envoyée vers le Nord du pays, alors que la seconde, vient d’être signalée sur les frontières entre le Mali et la Mauritanie, suscitant de vives contestations auprès de Bamako.

Le Mali voit là, un signe de plus dans la brouille diplomatique avec Nouakchott, qui s’ajoute au froid arrivé à son point culminant depuis la libération de l’otage français Pierre Camatte contre des salafistes recherchés par la police mauritanienne. Passé ces « irruptions volcaniques », les milieux politiques mauritaniens ne semblent pas vouloir prendre les précautions qu’il faut pour éviter le désastre.

Le parti au pouvoir a pour seul souci de s’implanter et de resserrer les rangs de ses militants, déçus par une politique qui n’arrive pas à décoller. Une implantation où le leitmotiv de lutte contre les Roumouz el vessad chanté par le pouvoir lors de ces premiers mois de direction du pays, s’est transformé en slogan de récupération de anciens symboles de l’Etat et Moufsidines, qui ne demandent pas mieux pour soutenir la campagne et adhérer à l’Upr.

De l’autre côté du tableau, on assiste à des partis sans grande popularité, qui, à défaut de réussir leurs objectifs sur le plan local, font allégeance au Guide libyen Mouamar El Kadhafi, qui ne manquera pas de les gâter avec ses pétrodollars pour promouvoir le livre vert en Mauritanie. Ces formations politiques, composées essentiellement de personnalités islamistes, nationalistes arabes indépendantes viennent de mettre en place une coordination dont l’action est de calquer la politique nationale sur le modèle de la Jamahiriya libyenne.

C’est peut-être de cet angle qu’il faut voir l’innovation du Premier ministre et du ministre de la Culture, portant sur la promotion de la langue arabe. Une bavure impardonnable à un stade aussi élevé de la pyramide de l’Etat et une insulte à l’endroit d’une considérable composante du pays, exprimée dans le verbe, mais pas dans les actes.

En effet, ces défenseurs de l’arabe sont ceux là même qui payent les énormes frais de scolarisation de leurs enfants dans les écoles bilingues et qui supportent également d’autres charges pour des formations en français ou en anglais à l’étranger.

Une fois le mal fait au pauvre pays qui gesticule dans la tourmente économique et social, cette erreur politique a eu déjà son lot de tristes conséquences sur les milieux universitaires, où des étudiants arrivés presque à la fin de leur année scolaire 2009-2010, se sont trouvés d’un coup, mêlés à la politique, alors qu’ils avaient tous ces derniers mois laissé ce gâteau aux seuls politiciens.

Les cercles politiques ne seraient pas en reste dans cet élan de protestation qui les vise aussi et qui représente à leurs yeux, une politique d’isolement qui ne dit pas son nom. Si les qhaoumiyins sont allés prêter serment au Roi des rois, les défenseurs de l’africanité mauritanienne sont partis, eux aussi se prosterner devant leur souverain Blaise Compaoré.

Dans la foulée de la Mauritanie noire, en ce mois d’avril où la pêche du poisson est prospère, des rumeurs indiquent que Sarr Ibrahima Moctar de l’AJD/MR, Ba Mamadou Alassane du Plej, Kane Hamidou Baba du MPR, Ba Coumba, Ba Abdoulaye Mamadou de l’UPR, Senghott Ousmane de l’UDP, Ladji Traoré de l’APP tout comme Ba Aliou Ibra d’Adil et Mamadou Kalidou BA de IMEJ se seraient vraisemblablement rendus, en début de week-end, à Ouagadougou pour, dit-on, rencontrer le Président burkinabé dont l’hormone politico-raciale avec ces leaders s’apparente beaucoup avec le groupe sanguin commun à Kadhafi et aux qhaoumiyins.

Ainsi pour dire, aujourd’hui, on ne se trouve plus devant deux antagonistes politiques, mais aussi deux adversaires culturels et sociaux. D’une part, des étudiants négro-mauritaniens qui s’insurgent pour éviter à leur avenir d’être compromis et d’autre part, des arabisants, qui, une fois bradés de leurs diplômes, se trouvent devant des marchés d’emploi qui font de la connaissance du français, une condition pour tout recrutement.

Sur le plan social, le tableau n’est pas moins reluisant, après cette chasse à la sorcière faite à l’endroit de militants favorables à la discrimination positive, dont le harcèlement aujourd’hui, par tous les moyens qui s’offrent aux autorités, ont conduit des organisations des Droits de l’Homme à briser le silence et à exprimer leur préoccupation, notamment pour les persécutions faites à l’endroit du président de l’Initiative de résurgence du mouvement abolitionniste en Mauritanie (IRA) et chargé de mission auprès de SOS-Esclaves M. Birame Ould Dah Ould Abeid (diffamation, pressions, menaces …).

Pour l’opposition, le volcan se réveille

Si l’opposition est une coalition de forces politiques qui n’ont pas souvent la même vision, ni les mêmes positions sur telle ou telle question de la vie politique, tel n’est pas le cas, pour leur appréciation de l’actuel pouvoir, qu’ils critiquent de la même voie et avec la même virulence.

C’est au moins là un combat où le Rfd, l’App, l’Upf et les autres partis de la Coordination de l’Opposition Démocratique sont d’accord. Préoccupé par la situation du pays, le parti d’Ahmed Ould Daddah vient d’organiser des journées de réflexion qui en disent long sur les inquiétudes de cette formation politique (répercussions de la crise actuelle sur le plan local, le sort du dialogue, le rôle du parlement et la proposition de loi sur la lutte contre le terrorisme. L’Ufp tire à boulets rouges sur le régime de Ould Abdel Aziz, l’accusant de vouloir saper l’unité nationale et de conduire le pays vers le ravin.

Le président de l’assemblée nationale et leader de l’App Messaoud Ould Boulkheir se joint à ses pairs politiques, trouvant paradoxal, le profil actuel Ould Abdel Aziz à celui du Président des pauvres, ironisant sur l’estomac creux des habitants, alors que le chef se paye des repas dont la valeur nourrit tout un village (Debaye).

Messaoud ne s’est pas arrêté à ces seules critiques du chef de l’Etat, contraint, semble-t-il, de dire un mot sur Ould Dadde, qu’il dit être, soit préoccupé par les tours de main donnés à sa coiffure instable ou par la distribution de denrées avariées aux populations pour s’attirer leurs sympathies et leur soutien de la campagne que le régime mène à des fins bien fixées au départ ( diffamation, dénigrement de l’opposition, silence sur la lutte contre l’esclavage, défection des rangs de groupes engagés dans les Droits de l’Homme).

Dialoguer sans interlocuteur !!!

Face à ces cris de détresse, qui se constatent aussi dans les rangs des populations, le gouvernement continue sa politique de l’autruche, ignorant le danger qui plane sur le pays, préférant verser dans le discours démagogique de réalisations de réformes fictives, comme au tout dernier Conseil des ministres.

C’est vraiment une grande farce que personne ne prendra pour vraie, dans la mesure où le monde se demande comment le gouvernement de Ould Mohamed Laghdaf, qui fête son 9e mois à la tête du pays, peut « enclencher une dynamique de reformes », alors qu’il n’a plus d’interlocuteur dans ses réseaux ?

( à suivre)

Ahmed Ould Bettar, directeur Edition Rapide info Mauritanie