Des César de combat pour la diversité et le soutien à la culture

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Une intervention déshabillée sur scène pour crier la détresse du secteur culturel et deux acteurs noirs comme meilleurs espoirs: la 46e cérémonie des César a pris vendredi un tour politique en pleine pandémie.

« No culture, no future » sur le ventre, « Rends-nous l’art, Jean » sur le dos: la comédienne Corinne Masiero, capitaine Marleau sur le petit écran, a marqué les esprits en ôtant un costume de Peau d’Ane sanguinolant, se retrouvant entièrement nue sur la scène, où elle devait remettre le prix du meilleur costume.

« Maintenant, on est comme ça, tout nus », a-t-elle lâché, tampons hygiéniques usagés aux oreilles, souhaitant soutenir notamment les intermittents du spectacle.

Dans un style plus ou moins policé, plusieurs personnalités du grand écran ont également profité de la tribune pour partager l’inquiétude du cinéma, et d’autres lieux culturels toujours soumis à la fermeture.

« Mes enfants peuvent aller chez Zara et pas au cinéma… C’est incompréhensible ! On a besoin d’une volonté politique pour que le cinéma continue d’évoluer, vous devez porter cette responsabilité en tant que ministre », a ainsi déclaré à l’intention de la ministre de la Culture Stéphane Demoustier en recevant le César du meilleur scénario pour « La fille au bracelet ».

« Ce qui nous manque, c’est ce qui nous lie, les émotions qu’on vit ensemble (…) Alors ouais, on a hâte de vous retrouver ! », avait déclaré de son côté la maîtresse de cérémonie, Marina Foïs, aux téléspectateurs dès dans son intervention liminaire.

Face à elle, une salle de l’Olympia à moitié vide, où seuls ont pu prendre place, pour des raisons sanitaires, les nominés et une poignée d’autres personnalités, évidemment masquées.

De son côté, la ministre de la culture Roselyne Bachelot avait fait passer « un message d’espoir » : « Nous sommes en train de bâtir avec la filière les conditions de réouverture de salles », a-t-elle déclaré avant d’entrer à l’Olympia.

– Meilleurs espoirs –

Au-delà des questions liées au contexte sanitaire, la cérémonie était très attendue sur la question de l’entre-soi et de la diversité, et les premières récompenses ont marqué un changement d’ère avec Jean-Pascal Zadi et Fathia Youssouf sacrés meilleurs espoirs.

Le premier, meilleur espoir masculin, est l’auteur, réalisateur (avec John Wax) et acteur principal de « Tout simplement noir », une comédie qui s’attaque aux clichés racistes.

Cet ovni cinématographique qui, selon lui, parle « avant tout d’humanité » a cartonné sur les écrans entre les deux confinements.

« Chaque génération doit trouver sa mission, l’accomplir ou la trahir », a déclaré Jean-Pascal Zadi en recevant son prix, citant le penseur du post-colonialisme Frantz Fanon. « Je remercie tous ceux qui ont ouvert la brèche avant moi », a-t-il ajouté.

Pour les César, institution-phare du cinéma français longtemps minée par les accusations d’entre-soi et d’opacité, qui avait fini de faire naufrage l’an dernier lors du couronnement de Roman Polanski, cette nomination est très symbolique.

D’autant qu’elle est venue juste après celle de Fathia Youssouf, couronnée à seulement 14 ans, pour « Mignonnes », un film sur l’adolescence à Paris, entre traditions d’une famille polygame sénégalaise et réseaux sociaux.

Président de la cérémonie, l’acteur Roschdy Zem avait auparavant ouvert les festivités en soulignant que « le métier change ». « Les règles du jeu changent, non pas pour que le jeu s’arrête, mais pour jouer à égalité cette fois », avait-il déclaré.

– Sélection limitée –

Les récompenses les plus attendues doivent être décernées en fin de soirée. Un trio de films fait la course en tête.

Grand favori avec 13 nominations, « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait » d’Emmanuel Mouret, inlassable explorateur du sentiment amoureux, peut espérer, outre le titre de meilleur film, celui de meilleure actrice (Camélia Jordana) et de meilleur acteur (Niels Schneider).

Sont également bien placés « Eté 85″ de François Ozon, cinéaste souvent nommé et jamais récompensé, ainsi qu' »Adieu les Cons » d’Albert Dupontel, qui a déjà remporté plusieurs récompenses dont le César de la photographie, du scénario, du décor, des lycéens ainsi que celui du meilleur second rôle masculin pour Nicolas Marié.

Dans toutes les catégories, des valeurs montantes (la réalisatrice Caroline Vignal et l’actrice Laure Calamy pour « Antoinette dans les Cévennes », l’acteur Jonathan Cohen dans « Enorme ») côtoient de plus vieux routards du cinéma (l’acteur Lambert Wilson pour « De Gaulle », ou l’actrice Barbara Sukowa pour « Deux », primée à Cannes il y a 35 ans)…

La sélection était limitée cette année, car seuls les films sortis en salle en 2020, passés entre les gouttes des confinements, pouvaient concourir.

Par Francois BECKER

avec AFP

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