En Mauritanie, des coopératives maraîchères autonomes grâce à l’implication des paysannes

65987458 789654514
65987458 789654514

Les paysannes relais et les membres de la coopérative de Saw-Saw-Wodabé © Gret

Depuis 2019, les équipes du Gret accompagnent plus d’une vingtaine de coopératives maraîchères dans la région du Brakna, au sud de la Mauritanie. Composées majoritairement de femmes, ces coopératives maraîchères ont développé des compétences techniques en agroécologie, mais aussi en gestion comptable simplifiée via la mise en place de relais paysans. Coup de projecteur sur ce dispositif utilisé pour structurer le monde paysan mauritanien dans le cadre du programme Safire.

« Les premiers conseils reçus ont porté sur les pratiques agricoles. On a commencé à mettre du fumier sur nos parcelles, cela les a rendues plus fertiles et a fortement limité les besoins en arrosage. Dans un climat aussi chaud et sec que la Mauritanie, chaque goutte d’eau est précieuse », commente Marieme Sy, une des paysan∙ne∙s relais de la coopérative de Bourgoudouna. Ces agriculteur∙trice∙s ont leurs propres pratiques, mais les conseillers agricoles sont là pour améliorer leurs compétences tout en tenant compte du contexte local. « Ce sont les conseillers agricoles du Gret qui nous appuient ; nous, les relais, sommes leurs interlocuteurs privilégiés. Nous disposions déjà de connaissances mais en échangeant avec les conseillers, nous avons pu en acquérir de nouvelles et les avons ensuite transmises à tous les membres de la coopérative. Aujourd’hui, nous sommes sollicité•e•s même en dehors de nos propres coopératives », poursuit-elle.

Aujourd’hui, ce sont 253 paysan•ne•s relais dans 23 coopératives, soit environ 3 000 membres actif•ve•s qui sont accompagné•e•s. Les coopératives ne produisent plus uniquement quelques mois par an mais toute l’année grâce à une sélection de plantes plus résistantes à la chaleur comme le gombo, le navet ou la pastèque. « Cette année, nous avons produit plus de 2,5 tonnes de pastèques pendant la période de soudure. On les a vendues auprès des épiceries et cela nous a assuré des revenus en continu. Avec cet argent, nous pouvons subvenir aux besoins de notre famille en matière de santé et d’éducation », raconte Aissata Saw, paysanne relais de la coopérative Fèdè Rewbé Bagodine.

Ces coopératives sont engagées dans une production alimentaire durable, en préservant les ressources naturelles dans un contexte de changement climatique.

Des conseils sur la gestion d’entreprise

Maintenant que la production a augmenté, les paysan•ne•s relais sont progressivement accompagné•e•s dans le renforcement de la vie associative et la gestion des coopératives. « Il était nécessaire de définir des rôles au sein des coopératives et de développer des outils de gestion pour que les coopératives soient autonomes. Un guide simplifié de gestion des petites exploitations maraîchères et un cahier de tenue de caisse ont ainsi été mis à disposition des agriculteur•trice•s pour suivre la production », indique Boubacar Diallo, conseiller agricole du Gret. « Le développement de la coopérative se décide entre ses membres, qui ont identifié collectivement le besoin d’une nouvelle pompe et d’un séchoir. Ces propositions sont soumises au vote pour décider de leur ordre de priorité », complète Fati Thiam, paysanne relais de la coopérative Fèdè Rewbé Haymedatt.

Des évolutions sociales vers plus d’égalité entre les sexes

À travers le programme Safire, les femmes sont plus résilientes et participent financièrement à l’économie du foyer et du village. Avec la vente de légumes, elles sont désormais pleinement partie prenante des processus de décision sur l’utilisation des revenus pour améliorer leurs conditions de vie. « Les hommes ont compris ce que notre travail apporte à la famille, maintenant le plat est bien garni », termine Fati Thiam. Les évolutions dans les rapports entre hommes et femmes se diffusent ainsi au-delà de la coopérative, à la maison et même au sein du village.

Coordination SUD

Publié le
Catégorisé comme Mauritanie