En voulant généraliser l’enseignement, nous avons privilégié la médiocratie

En voulant généraliser l’enseignement, nous avons privilégié la médiocratie par le biais d’un amalgame dévastateur entre l’éducation, la formation et l’alphabétisation.
Les « réformes » ont favorisé les communautarismes au lieu de consolider les liens entre la communauté nationale. Mohamed Abderrahmane Ould Moine avait dit, en ma présence, en 1981 ou 1982 à Rabat, que l’une des raisons qui l’avaient poussé à démissionner du poste d’Ambassadeur était la teneur d’un entretien qu’il avait eu avec un membre du comité militaire de l’époque (redressement ou salut, je ne sais plus). A sa question « ne pensez-vous pas, Monsieur….., que votre réforme de l’enseignement risque, dans 5 ans, de consacrer la séparation entre les composantes de notre nation ? », l’officier supérieur aurait répondu « cela, dites-le à ceux qui se maintiendront cinq ans là-bas ! ». En d’autre termes, notre vaillant officier se souciait, apparemment, très peu de ce que pouvait devenir le (son) pays cinq ans plus tard. 
C’est dire que l’enseignement, depuis que le pays alternent les périodes d’exception et les situations exceptionnelles, est devenu un champ d’expérimentation de tous les choix démagogiques. L’école est devenue, en effet, tout comme le poste de santé, un moyen d’affirmation des particularismes. Ainsi, A-t-on assisté, depuis le milieu des années 80 du siècle dernier, à la prolifération de salles de classe dans les hameaux, voire les campements. On le voit encore, à travers la sémantique officielle, lorsqu’on annonce « un tel a inauguré une école complète ». Que pourrait signifier une école incomplète ?

Le système éducatif est à rebâtir entièrement. Certaines générations ont été, injustement, sacrifiées. Le savoir a perdu son aloi comme synonyme de valoir. Essayons de bâtir les fondements qui pourraient remettre notre système éducatif sur de bons rails.
C’est un défi existentiel pour cette adorable patrie et pour son honorable peuple. C’est aussi la responsabilité de tous, qu’ils soient gouvernants, opposants, acteurs de ce qu’on appelle « la société civile » et pourquoi pas, « celle militaire ».

Debellahi Abdel Jelil