Oops! It appears that you have disabled your Javascript. In order for you to see this page as it is meant to appear, we ask that you please re-enable your Javascript!

Chezvlane.com :  En mars 2015, après quelques années de silence, vous nous accordiez un entretien fameuxConfirmez-vous vos propos d’alors ou avez-vous changé ? Si oui, sur laquelle des questions abordées?

Jemal Ould Yessa : Je confirme tout. 

Chezvlane : A quelques jours de l’élection présidentielle, lequel des candidats vous est le plus proche, par le programme ou les mots d’ordre ?

Jemal Ould Yessa : Naturellement Birame Dah Abeid, Hamidou Baba Kane et Mohamed Ould Maouloud ; ce dernier détient, en valeur ajoutée, l’atout de la constance. Les deux premiers représentent la rupture, sans ambiguïté, d’avec l’hégémonie ethnotribale. De surcroît, ils reflètent la majorité sociologique, qui est l’avenir de la démocratie en Mauritanie. Pour l’instant, l’état civil oblitère, sciemment, une telle évolution. Plusieurs électeurs subissent encore la discrimination administrative, mais le nombre — c’est inéluctable — aura raison de la tricherie. 

Chezvlane :  On vous attendait plutôt du côté de Birame Dah Abeid.

Jemal Ould Yessa : Birame est un ami, un compagnon de lutte, mais ses alliés, les partisans de l’assassin Saddam Hussein, ne sont les miens. Nous nous retrouverons sans doute au lendemain du scrutin pour poursuivre, ensemble, la déconstruction du bloc conservateur. 

Chezvlane:  Et Sidi Mohamed Ould Boubacar ?

Jemal Ould Yessa : Sa vie politique se confond avec l’ère Ould Taya, auquel il a survécu, en toute élasticité. Il aura, tout de même servi, cette dictature sanglante, jusqu’à sa chute, en 2005. En règle générale, les acteurs qui ne risquent rien dans leur parcours public ne m’inspirent confiance. Celui-ci, à l’inverse de ses concurrents, se singularise par un alignement constant sur les impératifs de prudence. Mohamed Ould Maouloud, Hamidou Baba Kane et Birame Dah Abeid ont subi, à un moment de leur lutte, l’exclusion, la stigmatisation ou la prison. Mohamed Oud Mohamed Cheikh Ghazouani fut un acteur de la délivrance en août 2005, avec Mohamed Ould Abdel Aziz et les deux auraient pu y périr ; d’ailleurs, les Mauritaniens leur doivent de la gratitude, pour longtemps. En Sidi Mohamed Ould Boubacar l’amnésie a trouvé son candidat émérite. 

Chezvlane :  Et Mohamed Oud Mohamed Cheikh Ghazouani ?

Jemal Ould Yessa : C’est un acteur du système séculaire, à l’inverse des trois précités. Sa socialisation le prédispose bien plus au consensus qu’à l’audace. Cependant, Ould Ghazouani peut surprendre, s’il sait agir avec détermination, durant le premier trimestre de son mandat. Il lui faudrait alors une nouvelle majorité au Parlement et se débarrasser des deux tiers de son actuelle équipe de campagne. Il devrait surtout se persuader qu’il est devenu Président de la République et gouverner en conséquence, sans se laisser dicter. 

Chezvlane :  Et son programme ? 

Jemal Ould Yessa : J’ai lu un catalogue d’intentions, à peu près exhaustif en termes de constat. Seule l’institution de résorption des inégalités héritées comporte une évaluation de coût, à 20 milliards d’ouguiya. Il convient de s’en féliciter. Cependant, la substance du document s’avère évasive sur les conditions de réalisation, les montages financiers, la périodicité, l’échéance, etc. Concernant l’enjeu central du racisme, de la réconciliation et le besoin de publier la vérité des crimes de masse commis de 1986 à 1991, le texte abuse de raccourci et de circonlocution ; pour aborder la réhabilitation de la citoyenneté, les auteurs de la dissertation s’emploient, comme d’habitude, au brouillage lénifiant. Pourtant, ce sujet sensible nous poursuivra à vie et empoisonnera notre devenir commun, tant que nous nous efforcerions de le taire. Vous ne pouvez « déculturer », déporter, massacrer, impunément et imposer, aux victimes et rescapés, la triple injonction de l’attente, du pardon et du silence. Si vous ne souhaitez rendre justice, au moins publiez la vérité. Beaucoup de mes compatriotes bidhanes continuent à croire qu’entre 1989, les noirs, armés par le Sénégal et le sionisme international, ont tenté de les éradiquer. Le moment est venu de rétablir les faits pour qu’ils acquièrent valeur de pédagogie. 

Le candidat Ould Ghazouani ignore ou semble éluder que Mauritanie est arrivée à un degré élevé de délitement ; elle ne pourrait encore souffrir la monomanie des replâtrages, ravaudages et demi-mesures. Il lui faut un remède de cheval, des réformes robustes, dans le sens de l’égalité des droits, de la gestion rigoureuse de l’Etat et de la préservation des écosystèmes. Le pays n’a plus besoin d’un homme patient, courtois et bienveillant, mais bien d’un meneur audacieux et pressé. 

Chezvlane : certains voient en Birame Dah et Abeid et Hamidou Baba Kane, des candidats ethnistes, qui s’adressent à une communauté. Qu’en pensez-vous ? 

Jemal Ould Yessa : Ils ne le seraient pas plus que les autres. L’ethnisme empirique, c’est plutôt le monopole ininterrompu du pouvoir, l’endogénéité exclusive de sa transmission. Depuis la naissance de la Mauritanie, tous les présidents se recrutent parmi la minorité arabo-berbère. A mon tour de vous retourner la question : est-ce, là, selon vous, un étalon de normalité ? Alors, qui est ethniste, ici ? 

Chezvlane :  Et que répondez-vous à ceux qui vous accusent de distiller la division et d’encourager la sédition anti-arabe ? 

Jemal Ould Yessa : Vous savez, la colère désarme la peur. Nous, les promoteurs de l’« autre Mauritanie » éprouvons la terreur devant l’hyperpuissance du réseau qui détient les armes de guerre et l’argent, répugne au partage, fait preuve d’arrogance à la moindre contestation et hurle à la guerre civile quand il entend l’expression « droits de l’Homme ». Nous exigeons seulement le respect élémentaire de la personne et n’usons, en cela, que d’idées. Nous n’excitons nullement à l’homicide, à la différence de centaines de prédicateurs que protège la République islamique de Mauritanie. Vous ne débusquerez pas notre trace dans un attentat terroriste ou un crime d’Etat. Si vous en doutez, je vous invite à la statistique macabre, elle nous départagerait assez vite. De toute façon, la Mauritanie n’est plus à l’abri d’une révolte, comparable à celles du Soudan, de l’Algérie ou du Burkina Faso. Le soulèvement de ceux qui n’ont pas beaucoup à perdre est une perspective bien redoutable. L’arabité et la religiosité ne sauvent pas de l’exigence de justice. 

Chezvlane :  Quel sujet vous semble-t-il négligé dans les programmes en compétition?

Jemal Ould Yessa : Je note le peu d’attention aux thématiques de l’écologie, notamment la protection de l’arbre et la protection de la faune primaire. Comme vous le savez, une nature généreuse adoucit les mœurs, un peu à l’image de la musique. La végétation favorise la pluviométrie, mais le stress hydrique entraîne les migrations de panique, source de guerre pour le contrôle de ressources non renouvelables. L’écologie relève, ainsi, de la sécurité. Figurez-vous que des partenaires européens nous paient la préservation de notre environnement naturel; nous empochons le concours mais accordons, aux vendeurs de charbons de bois, l’autorisation d’abattre les troncs verts, notamment en Assaba, aux environs de Kankossa, entre Elmouzit, Tachott jusqu’à Tenaha et Blajmil. Le pillage se déroule depuis au moins deux ans sur la zone précitée. Des camions remorqueurs convoient la marchandise, en plein jour, jusqu’à Nouakchott. Les gardes forestiers perçoivent leur racket et détournent le regard. Voici quelques images, d’avril 2019. 

Lire la suite Chezvlane.com

Print Friendly, PDF & Email