La France va annuler sa créance vis-à-vis du Soudan, soit « près de 5 milliards de dollars »

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La France va annuler sa créance vis-à-vis du Soudan, soit « près de 5 milliards de dollars »

Emmanuel Macron a annoncé l’annulation de la totalité de sa créance vis-à-vis du Soudan afin de libérer ce pays engagé dans une transition démocratique du « fardeau de la dette ».

Plus de 4 milliards d’euros effacés par la France, 360 millions d’euros par l’Allemagne : la communauté internationale s’est engagée, lundi 17 mai, à Paris, à soutenir la transition au Soudan, notamment en donnant un bol d’air financier à ce pays d’Afrique.

Pour « permettre le retour du Soudan dans le concert des nations », le président Emmanuel Macron s’est déclaré en faveur d’« une annulation pure et simple de notre créance envers le Soudan », soit « près de 5 milliards de dollars [4,113 milliards d’euros] ». « Le peuple soudanais n’oubliera pas » ce geste de la France, qui « ouvrira la voie à tous les autres créanciers du Soudan », l’a remercié le président soudanais Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, en conclusion d’une conférence internationale destinée à permettre à ce pays, longtemps resté au ban de la communauté internationale, de réintégrer « le concert des nations ».

Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, a annoncé que la République fédérale effacerait 360 millions d’euros de créances bilatérales avec cet Etat africain. L’Allemagne et la France vont également aider le Soudan à solder son passif avec le Fonds monétaire international (FMI) : Berlin apportera jusqu’à 90 millions d’euros dans ce but, et Paris prêtera 1,23 milliard d’euros.

« Le nouveau Soudan est une opportunité »

Une quinzaine de dirigeants d’Etats africains, européens et du Golfe ainsi que des organisations internationales avaient répondu à l’appel du président français à venir au chevet du Soudan, deux ans après la révolution qui a chassé du pouvoir Omar Al-Bachir en avril 2019.

Emmanuel Macron a ainsi accueilli, outre Abdel Fattah Abdelrahman Al-Bourhane, ses homologues d’Egypte, d’Ethiopie et du Rwanda. Autres invités présents, des dirigeants du FMI, de la Banque mondiale et de l’Union africaine, des chefs de la diplomatie européens (Italie, Allemagne) et du Golfe (Arabie saoudite, Koweit), sans oublier des représentants de l’Organisation des Nations unies, de l’Union européenne.

« Hourriya, Salam, Adalah [“liberté, paix, justice”]… Trois mots qu’ont scandés les acteurs de la révolution soudanaise, a déclaré le président français en ouverture du sommet. Votre révolution est aussi singulière parce qu’elle est post-islamiste, parce qu’elle a mis fin, pour la première fois dans toute la région, à un régime utilisant l’arme de l’islam politique pour couvrir ses errements et pour diviser son peuple. »

« Il importe, pour tendre vers cet horizon, que les accords de paix soient mis en œuvre au plus vite par toutes les parties », et que les dirigeants poursuivent leurs « réformes économiques courageuses ». « C’est au Soudan maintenant et à la communauté internationale de montrer que le nouveau Soudan est une opportunité pour les investisseurs, et non plus un cas désespéré. L’ONU est prête à apporter son soutien », a tweeté Volker Perthes, l’envoyé spécial pour le Soudan.

« Vous pouvez investir dans ce pays »

Riche en ressources pétrolières et minières, Khartoum croule sous une dette extérieure de plus de 49 milliards d’euros. La pandémie de Covid-19 a frappé une économie en récession depuis trois ans, à l’inflation galopante et qui souffre de pénuries de biens de première nécessité.

Le premier ministre, Abdallah Hamdok, a érigé en priorité l’emploi des jeunes, « pour qu’ils restent dans le pays au lieu d’entamer ce voyage si périlleux pour traverser la Mediterranée ». Car « perdre nos jeunes talents, c’est perdre notre avenir », a-t-il ajouté. Economiste chevronné, M. Hamdok a déjà réussi à apurer la dette contractée auprès de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Banque mondiale, ce grâce à une aide de 1,23 milliard d’euros des Etats-Unis.

En décembre, Washington avait retiré le Soudan de la liste des Etats finançant le terrorisme, levant les sanctions économiques qui le maintenaient au ban de la communauté internationale. « Dès lors que les conditions de la réduction de la dette soudanaises sont remplies, la France appelle tous les créanciers bilatéraux du Soudan (…), qu’ils soient ou non membres du Club de Paris, à participer à partir du mois de juin (…) au processus permettant à terme d’alléger le Soudan du fardeau de sa dette », selon la déclaration finale de l’Elysée.

Un processus qui devrait ouvrir la voie à des investissements étrangers dans les infrastructures, l’agriculture, l’énergie, les minéraux ou encore les communications. « Nous nous occupons de la dette. Vous pouvez investir dans ce pays. Il n’y a pas de raison de ne pas investir au Soudan désormais », a déclaré lundi matin le ministre de l’économie français Bruno Le Maire.

Le Monde avec AFP