Le gouvernement espagnol transfère les migrants hors du «quai de la honte» des îles Canaries

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Les installations de fortune d’Arguineguín sont vides pour la première fois depuis août, mais les passeurs continuent d’envoyer des personnes effectuer de dangereux voyages en mer vers l’archipel.
Dimanche, les autorités espagnoles ont déminé le port d’Arguineguín, dans les îles Canaries espagnoles, où pas moins de 2 600 sans-papiers vivaient dans des conditions précaires à différentes périodes de l’année.

On pouvait voir des bus aller et venir toute la journée pour emmener 600 personnes restées au port vers un nouveau camp installé sur un terrain militaire à Barranco Seco, près de Las Palmas de Gran Canaria, ou vers des hôtels voisins servant de logement d’urgence temporaire. Le ministère de la Défense a offert un espace supplémentaire sur les îles de Tenerife et Fuerteventura.

L’opération a été coordonnée par la Police nationale, la Croix-Rouge et le Bureau du Secrétaire d’État aux migrations dans un effort conjoint pour faire face à une crise humanitaire croissante dans le soi-disant «quai de la honte». C’est la première fois depuis début août que les installations portuaires de fortune sont vides, même si elles ne seront pas nécessairement complètement fermées pour le moment. Des sources policières ont déclaré que cela dépendra de la rapidité avec laquelle de nouveaux logements peuvent être installés et du rythme des nouveaux arrivants.

Le Médiateur a demandé au ministère de l’Intérieur de fermer les installations portuaires «immédiatement»


Il y a eu plus de 19 000 débarquements de bateaux aux îles Canaries cette année, une énorme augmentation des années précédentes qui n’est comparable qu’à la soi-disant «crise du cayuco» de 2006, lorsque 31 000 personnes sont arrivées dans de petits bateaux branlants appelés cayucos. La nouvelle vague coïncide avec une baisse des passages terrestres dans les villes de l’enclave de Ceuta et Melilla, et elle a fait des îles Canaries le principal point d’entrée illégale en Espagne cette année.

Le nombre croissant d’arrivées a également déclenché plusieurs manifestations dans les villes côtières des îles Canaries et fait craindre que l’extrême droite puisse utiliser la crise à des fins politiques.

Un tribunal espagnol a jugé la semaine dernière que les conditions de détention des migrants dans les installations portuaires d’Arguineguín étaient «déplorables» mais ne constituaient pas une infraction pénale. Mais le Médiateur a demandé au ministère de l’Intérieur de fermer «immédiatement» les installations portuaires suite à une inspection par des techniciens. Les migrants qui y vivaient dormaient sur de fines couvertures, recevaient trois sandwichs par jour et du jus de fruits, et n’avaient pas accès aux douches. Malgré la présence de personnes atteintes du coronavirus, il n’y avait aucune possibilité de distanciation sociale.

Réseaux de contrebande


Des sources policières aux îles Canaries ont déclaré qu’environ 70% des migrants arrivés dans l’archipel cette année ont quitté le Maroc, et parmi eux, 70% sont des ressortissants marocains, dont la moitié est partie du port de Dakhla, au Sahara occidental.

Selon ces sources, «les mafias marocaines facturent de 1 500 à 2 000 € par personne, utilisent des bateaux plus sûrs, les chargent avec moins de monde, apportent deux moteurs en cas de panne, et ne mettent jamais des femmes ou des enfants pour des raisons culturelles et familiales, et parce que ils essaient de garantir les arrivées, car ils savent que si le bateau chavire, il y aura des représailles dans leur village.

En revanche, «les Subsahariens attendent dans des endroits et des conditions pires, paient 1000 € et voyagent dans de mauvais bateaux dans des conditions surpeuplées … Les mafias de ces pays sont impitoyables, elles emballeront les bateaux avec des femmes, des enfants, des bébés. … Ils ne se soucient pas de savoir s’ils y arrivent ou non.

La Garde civile espagnole compte une vingtaine d’officiers stationnés dans la région du Sahel, où ils sont chargés de patrouiller les côtes du Sénégal et de la Mauritanie et de former les forces de police locales au Niger, au Mali et en Mauritanie à lutter contre les réseaux de contrebande.

Selon des responsables de l’application des lois espagnols au courant de la situation, les passeurs subsahariens paient une redevance aux mafias marocaines pour «travailler» sur le territoire de ces dernières, d’où partent les bateaux. Le «business» génère des retours de 1 000 € à 2 000 € pour chaque individu passé clandestinement.

Traduit, source : EL PAÍS