Le Sahara, le bourbier des intégrations maghrébine et nord africaine

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L’intégration maghrébine, ce très vieux rêve demeure toujours, après de longues décennies,  une illusion, malgré la volonté régulièrement renouvelée des Etats membres de cet espace de surpasser les divergences de second degré qui peuvent trouver des issues sans entraver la mise en marché de cette complémentarité déjà boostée par des facteurs historiques, culturels et géographiques.

Item pour l’intégration nord africaine motivée aussi par les mêmes raisons et en dépit des mêmes déterminations des pays de cette sous-région de dépasser des divergences de forme.

Deux intégrations prises en otage par le bourbier que représente le Sahara marocain, qui parait tantôt être la source directe incontestée des revers connus par cette volonté de complémentarité et tantôt la cause indirecte de l’instabilité qui caractérise les différents Etats des deux espaces précités.

La Mauritanie entre neutralité politique versatile et positionnement bicéphale !

La Mauritanie affiche officiellement une neutralité par rapport au dossier du Sahara. Une position qui ne fait pas l’objet d’un consensus mauritano-mauritanien, ni de la part des dirigeants politiques, ni des populations.

Si les présidents feu Moktar Ould Daddah, Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya, Ely Ould Mohamed Vall et Mohamed Ould Abdel Aziz ont officieusement-soutenu le Royaume du Maroc et la marocanité du Sahara, tel n’a pas été le cas de Moustapha Ould Mohamed Saleck et de Mohamed Khouna Ould Haidalla.

Ce double positionnement se manifeste également chez les populations, avec les gens du Nord qui sont pro-marocains et ceux de l’Est et du Sud qui ne le sont pas ou qui accordent la priorité aux problèmes nationaux avant de se positionner sur des questions internationales.

Par sa politique de l’autruche, Nouakchott rate le train de la diplomatie internationale 

La sagesse internationale et le vent diplomatique mondial arabo-africain et sud-américain, déclenché et dirigé par les Etats-Unis n’a pas réussi à secouer la raison mauritanienne, toujours campée sur sa position de neutralité négative et stérile par rapport au Sahara,  refusant de capitaliser la démarcation internationale par rapport à un dossier pendant depuis des décennies, pour entrainer sa seconde « Partie » hésitante à se joindre à l’autre pour uniformiser enfin leur attitude par rapport à cette question et sortir de l’amateurisme diplomatique et de la neutralité irréfléchie et de lourd fardeau sur les plans politique et économique.

Intermittences des Coup d’Etat en Mauritanie

Force est de reconnaitre aujourd’hui, que les coups d’Etat en Mauritanie sont à jamais révolus. Si certains analystes et intellectuels inscrivaient les différents putschs survenus en Mauritanie dans le cadre d’une passion purement africaine des militaires du pouvoir, telle conviction n’est en fait que l’arbre qui cache la forêt.

En effet, en prospectant en profondeur, on découvre que ce n’est qu’une raison de second rang et que c’est plutôt le positionnement différentiel des dirigeants politiques et du peuple qui est à l’origine de cette instabilité du haut commandement de l’Etat.

Autrement dit, les nordistes pro-marocains ont tendance à renverser les régimes pro-séparatistes du Polisario et vice-versa.

Cette vérité est incontestable et explique à bien des égards le coup d’Etat de juillet 1978, qui n’était pas motivé, comme on le faire savoir, par une lassitude de la guerre du Sahara, mais plutôt par des réserves par rapport à la diplomatie marocaine et dont un penchant pro-algérien.

Le même scénario allait se répéter par la suite jusqu’à nos jours, avec toutefois une fin qui profile à l’horizon, dés lors où le pouvoir de Mohamed Ould Ghazouani, a fermé de son côté cette brèche frontalière du Sahara qui alimentait les tensions et qui se présentait comme étant la source de tous les maux de la sous-région.

En effet, la disparition de l’ex zone tampon entre le Maroc et la Mauritanie et le positionnement des armées des deux Etats sur les frontières, militent tous les deux pour un alignement à moyen et long terme de Nouakchott sur l’attitude internationale, tout en s’employant progressivement à « apprivoiser »les réfractaires peu nombreux à la marocanité du Sahara.

Une tendance qui explique par ailleurs l’appel officieux lancé par certains ennemis de ce tournant international historique et irréversible pour renverser le pouvoir mauritanien, lequel ne fait,comme à l’économique, qu’éviter d’aller contre les vagues et de risquer d’être taxé d’ Etat borné qui navigue à contrecourant du réalisme international.

Ici faut-il, préciser également que la flambée des prix, la crise de Tivirit, le maintien dans le sérail des caciques de la décennie de l’ancien régime de Ould Abdel Aziz, accusés de corruption, les écoutes téléphoniques et les taupes de renseignements, ne sont que des prétextes mis au devant de la scène pour occulter le vrai problème des mauritaniens et de leurs dirigeants, qu’est le positionnement non officiellement tranché par rapport au Sahara, au moment où l’Occident, les Etats arabes du Golfe et les africains se positionnent.

Outre les coups d’Etat dont nous avons évoqué ci-dessus les tenants et les aboutissants, faut-il rappeler également ici des coïncidences historiques qui avaient impacté indirectement ce positionnement différentiel par rapport à la question du Sahara.

Il s’agit principalement des atermoiements qui ont caractérisé le référendum sur la constitution de 1991, en raison de son organisation en concomitance avec le plan d’autonomie sur le Sahara et de l’instabilité de 2003-2004, impactée par les pourparlers sur le Sahara.

Les foyers de tension font bouger les lignes internationales

La question du Sahara marocain aurait pu garder quelques années son statut de zone en période de cessez-feu, si l’une des parties n’avait pas commis l’erreur fatale qui allait déclencher de manière irréversible la logique de positionnement international qui couvait depuis très longtemps sans toutefois se concrétiser, dans les faits en couronnement de la révolution économique et urbaine considérable connue au jour le jour par le Sahara marocain sous l’impulsion clairvoyante de Sa Majesté le Roi Mohamed VI.

Ainsi la récente crise du poste frontalier d’E Guergarat et la sagesse avec laquelle le Maroc a géré les rebondissements dans la zone, allaient servir de déclic pour le raz-de-marée de positionnement diplomatique international favorable au Maroc, dont la politique déjà constructive et positive dans cet espace allait émerger aux yeux de l’humanité toute entière faisant montrer le sursaut d’un Royaume au profit d’une partie de son peuple bernée par les sirènes de la désinformation, de la dissidence et des illusions.

La reconnaissance américaine du Sahara marocain

Il s’agit d’un positionnement qui peut être mis à l’actif de la gouvernance au lourd passif de l’ancien président américain Donald Trump, qui dégage une grande sagesse et qui trouve sa motivation dans la réalité du terrain, estiment certains mauritaniens, notamment cette volonté marocaine d’œuvrer pacifiquement et en toute logique pour la paix et la stabilité dans le Maghreb et l’Afrique du Nord et qui repose sur l’intervention marocaine pour solder la crise fabriquée de toutes pièces par Al Guergarat et ayant impacté lourdement plusieurs Etats du Sud dont  en premier la Mauritanie et quelques pays ouest africains.

La normalisation avec Israël n’est pas un donnant-donnant

Contrairement à l’idée selon laquelle, le Royaume marocain a moyenné ce positionnement de normalisation pour acquérir le « précieux » soutien étasunien sur la question du Sahara, faut-il rappeler que le rapprochement des Etats arabes avec Israël avait été déclenché bien avant cette manœuvre diplomatique, que certains pays du Golfe avaient dépassé cette étape et que le Royaume n’a pas renoncé à son ferme souci de prioriser les intérêts des palestiniens.

C’est donc une normalisation qui ne change rien dés lors où elle s’oppose plus que jamais à l’occupation des territoires occupées et met aux devants de ses préoccupations la création de l’Etat palestinien.

« L’Occident ne veut pas d’Etat entre le Maroc et la Mauritanie »

« L’Occident, les Etats-Unis et l’Europe, ne veulent pas d’un Etat séparant géographiquement le Maroc et la Mauritanie, et tout ce que vous entendrez de différent est complètement faux », avait affirmé l’ancien Président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz.

« Créer un Etat au sud du Royaume, c’est encercler le Maroc. C’est le mythe hérité de la doctrine Boumedieniste en Algérie ». Ce fantasme d’encercler le Maroc revient de temps en temps au détour d’une phrase, dans la bouche d’un responsable politique ou militaire algérien.

Au moins, l’ancien Chef de l’Etat mauritanien, était une fois très lucide, en prédisant le cours de l’histoire avant que les rebondissements ne lui donnent raison.

Alors, fléchir les convictions de l’Occident n’est-il pas une peine perdue dés lors où la volonté internationale est téléguidée inévitablement et par la force des choses par ce cartel de puissances.

C’est incontestablement ce positionnement diplomatique accompagné de non ingérence qui allait apporter sa baraka à l’intervention couronnée de succès des marocains pour dénouer la crise d’Al Guergarat et matérialiser un positionnement international resté jusqu’à une date récente otage d’une résolution onusienne et panafricaine imposant un cessez-le feu resté sans solution en dépit des nombreux Envoyés spéciaux pour le Sahara Occidental qui ont tous buté devant le règlement d’un « faux problème ».

Lâchée par ses anciens soutiens, l’Algérie navigue à contrecourant de l’international

Ils sont très rares, ces Etats qui ont une concordance de vue avec l’Algérie sur la question du Sahara.

Nouakchott, considérée en tant qu’entité une et indivisible, n’ a jamais soutenu Alger, même si ce Etat voisin semble confondre neutralité et positionnement sans équivoque.

Avec les derniers rebondissements à l’échelle internationale sur le Sahara, l’Algérie lâchée par ses soutiens fragiles tente de séduire la Mauritanie, en donnant brusquement un essor à sa coopération avec Nouakchott, créant un poste frontalier, dépêchant des avions chargés de dattes et de médicaments anti-Covid et organisant des caravanes terrestres engageant des dizaines de camions transportant des tonnes de légumes et autres produits.

Alger joue-t-elle au stratège en mettant à contribution le dicton  « un ventre affamé n’a pas d’oreille », après la crise aigue des importations vécue par la Mauritanie et certains Etats ouest africains, à la suite du blocage du passage d’Al Guergarat.

A-t-elle oublié ou refuse-t-elle de se résoudre au fait accompli incarné par les nouveaux maitres de Nouakchott dés lors où sous le Président Ghazaouni, la Mauritanie a œuvré fortement et immédiatement, depuis août 2019, date de son investiture à la tête du pays,  à rompre graduellement et définitivement sa dépendance économique, politique et diplomatique des Etats voisins et même de la métropole, s’engageant résolument dans la voie de prise en toute indépendance de ses politiques intérieure et extérieur et de seules positions qui servent l’intérêt général de ses citoyens.

Ce qui conduit à dire que ni le soutien officieux d’Alger des années passées, ni la neutralité stérile par rapport au Sahara n’avaient servi ses intérêts, l’ont plutôt affecté sur tous les plans.

 Une vérité dont elle a pris conscience,dit-on, et dont elle s’emploie à matérialiser avec lenteur mais surement, pour emmener les rares hésitants de son peuple et de ses leaders à accompagner le cours de l’histoire.

Tous ces facteurs conjugués précités convergent donc pour dire que le positionnement de neutralité officielle ou de parti-pris officieux de la Mauritanie se trouvent aujourd’hui caduques et insensés, au sein d’une dynamique internationale irréversible initiée et dirigée par les puissances mondiales et soutenue par les pays du Golfe arabique et la majorité des Etats africains et latino-américains.

Persister à afficher de l’amateurisme par rapport à la question du Sahara, alors que les Nations Unies et l’Union Africaine, se trouveront par la force des choses, contraintes d’abandonner un dilemme tranché par le cours des évènements et auquel il est impossible de revenir en arrière, serait une erreur fatale et lourdement cher pour la Mauritanie diplomatiquement indépendante et souveraine de Ghazouani.

Ahmed Ould Bettar