Les immigrés des deux temps / Par le Professeur El Arby Mohamedou

image migrants e1609440212676
image migrants e1609440212676


A l’aube du 21 ème Siecle, la Mauritanie est devenue un point de départ privilégié pour atteindre l’Europe. Les durcissements de mesures de contrôle sur les routes migratoires du sud algérien, les surveillances accrues dans le détroit de Gibraltar et le renforcement de la présence des forces spéciales mauritaniennes au Nord-est du pays ont conduit les émigrants à adapter leurs itinéraires migratoires et à opter pour le passage par la Mauritanie via le port de sa capitale économique Nouadhibou.

Au delà de la récurrence de ces mesures de contrôle et de surveillance adoptées par les pays concernés, la Mauritanie demeure un pays connu pour son hospitalité légendaire. A cet égard, les ressortissants étrangers de la première génération issus de l’Afrique Sub-saharienne ont toujours bénéficié dans le cadre des politiques des migrations Sud-Sud d’un statut et de privilèges quasi-identiques aux nationaux. Ce statut leur conférait la possibilité d’exercer, en toute quiétude, des activités génératrices de revenus notamment dans le secteur informel florissant en Mauritanie.
Cette dimension d’intégration a permis à certains ressortissants sénégalais, maliens ou encore gambiens d’exceller dans les métiers du bâtiment, de la plomberie, de la mécanique et du transport. Un autre groupe constitué essentiellement de sénégalais, de maliens et de Bissau-guinéens sont également actifs dans la filière de la pêche artisanale. Dans la cette logique et de travail honnête, les guinéens excellent dans la cordonnerie, d’autre sont spécialisés dans la blanchisserie et la couture. Certains sénégalais, congolais, ivoiriens, béninois…..souvent des jeunes diplômés ou des anciens praticiens, exercent avec compétence et abnégation dans le secteur de l’enseignement
C’est dans cet environnement propice et cet esprit de paix sincère que des communautés africaines installées depuis des décennies en Mauritanie ont pu s’organiser respectivement en entités sociales capables d’aider et d’encadrer, dans le respect des valeurs de leur pays d’accueil, les nouveaux émigrants et leur faciliter l’accès à l’emploi. En revanche, nous sommes témoins que depuis quelques années, le pays connait une nouvelle génération d’immigrés en provenance surtout du Sud et du Nord de nos frontières ……Autrement dit une nouvelle culture aux mentalités kaléidoscopiques, différente de la première génération des migrants.
L’émergence de cette nouvelle génération d’immigrés a crée une situation préoccupante au niveau des grands centres urbains. Peu préparée à un tel flux migratoire, touchée de plein fouet par une crise économique depuis la fin du siècle dernier qui affecte particulièrement les opportunités d’emploi, la Mauritanie compose vaille que vaille avec ses nouveaux hôtes. Aussi, les conséquences sur le logement, sur les infrastructures d’accueil, sur les services de santé, sur la sécurité et surtout sur les mœurs sont le leitmotiv des débats des citoyens.
D’ailleurs, il est à signaler que depuis quelques années, la Mauritanie connait une recrudescence sans précédent de la criminalité. Contrairement aux comportements qui distinguent les premiers immigrés installés dans le pays qui vivent dignement de leurs métiers et cohabitent en parfaite harmonie avec les populations locales, les immigrés de transit vers l’Europe empruntent des ‘’ chemins’’ peu orthodoxes pour collecter les frais de passage exigés par les réseaux de passeurs professionnels. Ainsi, le trafic de drogue, de boissons prohibées, la prostitution et la montée des actes de xénophobie sont devenus monnaie courante.
En l’occurrence, ce diagnostic socio- sécuritaire doit interpeller les autorités mauritaniennes sur les revers négatifs de la migration et ce dans un esprit éclairé conciliant le respect des normes universelles et nationales de protection des droits des migrants et les obligations des migrants édictées par la réglementation nationale notamment en ce qui concerne les conditions régissant les statuts juridiques de transit et de la résidence sur la territoire national.
Professeur El Arby Mohamedou
(Reçu à Kassataya le 17 août 2020)