Les relations Maroc-Mauritanie à l’épreuve de la première année de pouvoir de Ould El Ghazouani

Malgré le changement de président, les relations entre le Maroc et la Mauritanie restent otage de paramètres régionaux, en l’occurrence le soutien actif de Nouakchott à la «RASD» et sa proximité avec l’Algérie.Temps de lecture: 3′

Mohamed Ould El Ghazouani a fêté, le samedi 1er août, son premier anniversaire en tant que président de la République islamique de Mauritanie. Durant ces douze mois, la normalisation tant attendue entre la Mauritanie et le Maroc n’a pas eu lieu, comme d’ailleurs la première rencontre entre les deux chefs d’Etats.

Si le président n’a cessé de multiplier les initiatives pour mettre en relief les différences de politique comparée à celle de Mohamed Ould Abdel Aziz, sur le Maroc, il est demeuré sur les mêmes équilibres. Le nouvel homme fort suit la ligne tracée par son prédécesseur, alliant une ouverture prudente sur le Maroc et le maintien de liens solides avec l’Algérie et le Polisario.

Sur la voie tracée par Abdelaziz

Comme sous les onze années de règne de Ould Abdel Aziz, les visites d’émissaires du Front se sont ainsi poursuivies. Le 22 novembre 2019, le président Ould El Ghazouani recevait le «ministre des Affaires étrangères» du Polisario, Mohamed Salem Ould Salik, officiellement porteur d’un message de Brahim Ghali.

Une rencontre qui a visiblement encouragé certains partis locaux à s’affranchir de leurs réserves et dérouler le tapis rouge au responsable du Polisario. En témoigne son entrevue avec le président du parti islamiste le Rassemblement National de la Réforme Sociale (TAWASOL, selon son acronyme en arabe), Mohamed Ahmed Ben Sidi.

Le président mauritanien a tenu, quelques mois plus tard, à inscrire sa réunion avec Ould Salek dans le cadre de rencontres entres deux pays établissant des relations diplomatiques normales. Le 6 mars, à l’occasion d’un point de presse, Ould El Ghazouani enfonçait le clou précisant qu’il n’a pas l’intention de mettre un terme à la reconnaissance de la «RASD», en vigueur depuis 1984.

Après le temps des paroles est venu celui des actes. Le 5 avril,  il envoyait une délégation composée de militaires et de civils présenter les «condoléances de la Mauritanie » au Polisario suite au décès de M’Hamed Khaddad dans la localité d’Agounit que le Front considère comme «un territoire libéré». Là aussi, le chef de l’Etat du voisin du sud n’a fait que suivre les traces de son prédécesseur. Fin décembre 2017, Mohamed Ould Abdel Aziz avait dépêché une mission, composée de hauts gradés de l’armée mauritanienne accompagnés de quelques députés justement à Agounit pour assister à un exercice militaire organisé par le Polisario.

Toutes ces réunions et déplacements sont loin de constituer des faits isolés mais traduisent une politique bien établie. «Nous sommes actifs et préoccupés» par ce différend territorial «mais nous ne soutenons aucune partie», avait précisé le ministre des Affaires étrangères, Ismail Ould Cheikh, dans une déclaration à la presse le 7 novembre 2019, soit vingt-quatre heure après le discours du roi Mohammed VI à l’occasion de la commémoration du 44e anniversaire de la Marche verte. Pour rappel, le souverain avait appelé «à établir des relations saines et solides avec les Etats maghrébins frères».


L’économie fait exception

Pour autant, tout n’est pas sombre dans le ciel des relations entre les deux pays voisins. Durant cette année, le voisin du sud a fini par comprendre que les blocages répétés du passage d’El Guerguerate par des membres du Polisario menaçaient sa sécurité alimentaire et la viabilité de son accord de pêche avec l’Union européenne.

Début août 2019 et sous la pression de l’UE, une délégation mauritanienne s’était ainsi rendue à Dakhla pour aborder avec les Marocains le problème des blocages du corridor. L’ambassadeur du royaume à Naoukchott a ensuite pris le relais par des négociations directes avec le chef de la diplomatie. El Guerguerate constitue la principale source d’approvisionnement pour les commerçants mauritaniens en fruits et légumes, d’autant que le poste frontalier Zouerate-Tindouf, inaugurée en septembre 2018 en grande pompe, peine à décoller.

Outre l’économie, durant ces douze mois de présidence, la relation avec le Maroc a connu l’organisation en janvier 2020 de la première réunion de la commission mixte militaire à Rabat et de la visite de l’ancien chef de la police en Mauritanie. Dans une zone à risque, la coopération sécuritaire constitue l’autre atout pour Rabat pour renforcer ses liens avec Nouakchott.

MOHAMMED JAABOUK
Journaliste Yabiladi.com