Loi « sécurité globale » : le sentiment d’un dialogue impossible après les violences survenues à Paris

Place de la République à Paris, lors de la manifestation contre la loi « sécurité globale », le 28 novembre. AGNÈS DHERBEYS / MYOP POUR « LE MONDE »
Place de la République à Paris, lors de la manifestation contre la loi « sécurité globale », le 28 novembre. AGNÈS DHERBEYS / MYOP POUR « LE MONDE »

Loi « sécurité globale » : le sentiment d’un dialogue impossible après les violences survenues à Paris.
Au lendemain d’un défilé parisien très perturbé, la stratégie policière est de nouveau mise en cause, tandis que le ministre de l’intérieur dénonce « les casseurs ». Ailleurs en France, des « marches pour la liberté » ont eu lieu, sans problèmes majeurs.


Plus de 90 rassemblements et un même mot d’ordre : le retrait de la loi sur la « sécurité globale ». Selon le ministère de l’intérieur, 52 350 personnes ont manifesté samedi 5 décembre dans toute la France, dont 5 000 dans le rassemblement parisien qui a difficilement pu faire entendre ses revendications.

Six cents mètres, soit à peine un arrêt de métro. C’est en effet ce qu’il aura fallu à la « marche des libertés » parisienne pour finir bloquée dans les heurts et les gaz lacrymogènes. Résultat : 21 gardes à vue. Et un dialogue une nouvelle fois impossible entre les deux camps, qui voient chacun dans cette journée la démonstration des violences inadmissibles de l’autre. « Les casseurs cassent la République. Soutien à nos policiers et nos gendarmes », a tweeté le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin. Pour l’avocat Arié Alimi, membre de la Ligue des droits de l’homme (LDH) et présent dans le cortège, « le préfet Lallement a délibérément saboté la manifestation ».

Pierre Bouvier est journaliste au Monde.

Si les tensions sont rapidement montées entre les black blocs et les forces de l’ordre, le cortège a bien tenté de tenir, presque habitué désormais à devoir attendre que les heurts se calment à l’avant pour pouvoir continuer son parcours. Pas cette fois. Noyés sous les gaz lacrymogènes, les manifestants en deuxième ligne sont poussés à reculer plusieurs fois. Les gigantesques ballons des syndicats finissent eux-mêmes par refluer et la grande majorité des manifestants quittent le rassemblement, les yeux rougis par les gaz, la colère et la déception.

Et la violence reprend. Jets de projectiles, voitures incendiées, banques vandalisées, Abribus détruits et barricades montées… De jeunes hommes en noir tenteront même d’empêcher une camionnette de la CGT de fuir par une rue adjacente pendant qu’une autre estampillée du drapeau du syndicat SUD claironne « état d’urgence, Etat policier, on ne nous empêchera pas, de manifester »… tout en reculant. Une partie des manifestants parviendra tout de même à rejoindre la place de la République, lieu d’arrivée prévu d’une manifestation qui a tourné à la catastrophe.

Par Richard Schittly(Lyon, correspondant), Lucie Soullier, Laurie Moniez(Lille, correspondance), Claire Mayer(Bordeaux, correspondante) et Marylène Carre(Caen,Correspondante).

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