M. Sarr Mamadou, Secrétaire Exécutif du FONADH

M. Sarr Mamadou, Secrétaire Exécutif du FONADH : ‘’Nous espérons que le commission d’enquête parlementaire lèvera le voile sur les responsables de la gabegie ‘’

Le Calame : Actualité oblige, commençons par l’incident  qui a coûte la vie à un citoyen de Dabano (M’Bagne) il y a quelques jours. Issa  Diallo est tombé sous les balles d’une patrouille de l’armée mauritanienne chargée de la surveillance de la frontière sud du pays. Cet incident suscite un grand tôlé et beaucoup réclament une enquête  sur les circonstances de ce meurtre. Que vous inspirent ce meurtre et la polémique  qui s’en suit ? Pensez-vous qu’une enquête pourrait élucider cet incident ?

Sarr Mamadou : Ce meurtre est une grave bavure inacceptable dans un Etat de droit. En effet, comment expliquer que l’armée chargée d’assurer la surveillance de la frontière sud du pays se livre à l’assassinat d’un citoyen mauritanien froidement. Ce comportement de l’armée est inadmissible et condamnable. Au lieu de polémiquer sur  ce meurtre, tous les patriotes de ce pays devraient  au contraire se mobiliser pour dénoncer cet acte et exiger qu’une enquête indépendante soit conduite pour faire toute la lumière sur les circonstances de crime abominable. Les autorités mauritaniennes doivent diligenter une enquête rapide et transparente pour déterminer les conditions réelles du décès de feu Abass Diallo.

-Certains compatriotes se demandent pourquoi un incident similaire intervenu à Nbeiket Lahwach il y a quelques mois sur un autre citoyen n’a pas suscité autant de réactions et de demandes d’enquêtes. Que pensez-vous de ces réactions qui inondent les réseaux sociaux ? Cela ne pose- t-il pas, une fois encore, la question des rapports entre les citoyens du pays et donc de l’unité nationale ?

-Je ne sais pas ce qui s’est passé à Nbeiket Lahwach, mais pour le cas de l’assassinat de Abass Diallo, il est tout à fait normal que les citoyens demandent une enquête pour faire toute la lumière sur ce crime. En effet, les dysfonctionnements accompagnés de violations massives des droits humains, notamment dans les quartiers périphériques de la capitale ou à l’intérieur du pays, ont conduit à l’affectation des actions de terrain au Ministre de la défense, donc aux forces armées et de sécurité, sans que les problèmes soient réglés.

Les unités de l’armée chargées de contrôle des frontières avec le Sénégal sont accusées de violation des droits des populations, exemple le cas de Winding département M’Bagne et à Kaédi

-Quelle appréciation vous faites de la réaction du principal parti de la majorité présidentielle (UPR) qui parle d’ « exploitation »  de la part de certains partis politiques ?

-Comment parler d’exploitation de la part de certains partis politiques ? Comme vous le savez de la part de l’UPR, ce n’est pas surprenant, ce parti a toujours soutenu les régimes qui se sont succédé au pouvoir,  donc je pense qu’il  n’y a rien de surprenant par rapport à son comportement actuel. Ce parti  a toujours défendu les mauvaises causes. Il aurait pu se taire tout simplement.

– Le citoyen de Dabano peut- être considéré comme un dégât collatéral de la gestion du COVID 19. Que pensez-vous de la gestion sanitaire de cette pandémie et la multiplication depuis quelques semaines de cas, voire de décès ?

-Depuis l’instauration des mesures restrictives des libertés à cause de la pandémie, les citoyens sont victimes des dégâts collatéraux. Ils  sont maltraités par des membres des forces de sécurité sous prétexte de violer le couvre-feu. Toutes les composantes nationales se sont fortement impliquées,  malheureusement la conduite du processus a fait défaut, notamment le non respect des consignes pour limiter la propagation du virus. Au début de la pandémie, la gestion sanitaire était maitrisée,  mais depuis quelques semaines, la situation se dégrade, la pandémie n’est plus maitrisée. Chaque jour, il y a de nouveaux cas qui apparaissent, c’est très préoccupant. Il y a lieu de noter que notre pays n’est pas  bien outillé pour faire face à cette situation : à cause surtout de l’insuffisance du matériel technique approprié et des spécialistes etc.….

-Pour faire face aux méfaits de cette pandémie, le gouvernement a créé un fonds spécial COVID doté de 25 milliards d’Ouguiya. Que pensez-vous de la mise en œuvre de ce fonds ?

-Il faut se féliciter  de la décision prise par le gouvernement de la création de ce  fonds spécial de solidarité pour les couches vulnérables. Mais nous estimons que sa mise en œuvre devrait impliquer tous les acteurs pour plus de transparence dans la gestion. Ce qui n’est pas le cas actuellement. D’après plusieurs témoignages, les familles vulnérables n’ont pas bénéficié de la distribution des kits alimentaires à cause de la mauvaise identification des personnes qui doivent en bénéficier.

-Depuis la dernière présidentielle, l’opposition mauritanienne peine à retrouver de la voie (x) Qu’elles  en sont les raisons selon vous ? Pensez-vous qu’elle pourrait sortir de cette impasse ?

-Je pense que la raison principale est liée à cette pandémie qui a complètement déstabilisé le pays et bouleversé tous les agendas, donc ces partis observent peut-être une sorte de moratoire à cause du contexte dans lequel se trouve le pays aujourd’hui.

 Certainement si la situation se stabilise, l’opposition  pourra sortir de cette impasse et reprendra sa  stratégie par rapport aux nombreux problèmes que connait le pays autour d’un dialogue inclusif  avec l’implication de tous les acteurs.

-Après avoir pris ses fonctions le 1er aout, le nouveau président de la République  OuldGhazwani s’est essayé  à la normalisation des rapports avec l’opposition, mais il rejette la tenue d’un dialogue pour débattre de certaines questions nationales. Que vous inspire cette posture du Rais ?

– Le pays connait une situation préoccupante qui nécessite un dialogue inclusif entre tous les acteurs aussi bien les partis politiques que la société civile. Le fait de refuser le dialogue me semble inacceptable car les rencontres individuelles ne peuvent pas faire avancer les problèmes qui se posent au pays compte tenu de leur ampleur et la nécessité de parvenir à un consensus acceptable.

-Plus de dix mois que le président Ghazwani gouverne le pays. Avez-vous observé une volonté de rupture avec son prédécesseur ou plutôt le statu quo ?

-Après l’installation du nouveau président de la République, on s’attendait à un changement significatif, mais je constate des insuffisances par rapport aux actions menées depuis son installation. Les pratiques de son prédécesseur persistent encore : la discrimination et l’exclusion se poursuivent toujours au niveau des forces armées, de l’administration, les composantes négro-mauritaniennes et  les Haratines  sont toujours marginalisées par rapport aux nominations aux postes de responsabilité entre autres.

-Comment le FONADH  a-t-il accueilli la création par l’Assemblée Nationale de la commission d’enquête  parlementaire sur gestion de l’ancien président ? Avez-vous le sentiment qu’elle sera comme on le dit, à la hauteur et que le gouvernement mettra en œuvre ses recommandations, que juste sera faite ?

-Le FONADH, comme tous les acteurs qui demandent de faire la lumière sur la gestion calamiteuse de l’ancien président, se félicite de cette initiative prise par l’Assemblée Nationale de la création d’une commission d’enquête. Donc le FONADH suivra le  déroulement de cette enquête avec une grande attention. Nous ne pouvons pas préjuger de l’avenir pour le moment quant au résultat de cette enquête qui sera menée par les parlementaires. Est-ce que le gouvernement mettra en œuvre ses recommandations, que la juste sera faite ? Mais nous espérons, commele président de l’UFP Mohamed OuldMaouloud, que « la commission d’enquête parlementaire lèvera le voile sur les responsables de la gabegie et traduira devant la justice ceux  qui ont commis des crimes à l’endroit du peuple mauritanien »

Que font les organisations de la société civile dans la sensibilisation contre le COVID 19 ?

-Répondant à l’appel de solidarité nationale, lancé par le président de la République, contre la pandémie, le FONADH à travers ses organisations membres, a mis en place un plan d’action de lutte contre la pandémie. En tant que Réseau, composé de plusieurs organisations de promotion et de protection des droits humains représenté dans certaines  Wilayas de la Mauritanie, nous avons mobilisé  toutes nos ressources humaines qui ont la capacité d’intervenir dans les domaines de  la sensibilisation des populations en langues nationales en disséminant les messages relatifs aux gestes barrières, l’importance et l’intérêt du confinement, la méthode de propagation du virus COVID-19, les risques liés à la maladie etc. Malheureusement ce dispositif n’a pas été mis en œuvre à cause d’un dysfonctionnement  que nous n’arrivons pas à expliquer. En effet, le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, nous a mis en contact avec le président du Patronat mauritanien pour appuyer le FONADH. Ce dernier n’a rien fait jusqu’à ce jour et sans aucune explication, malgré  plusieurs relances de notre part.

Néanmoins, nous avons organisé des campagnes de sensibilisation aussi bien à Nouakchott, qu’à l’intérieur du pays. Avec la recrudescence du COVID 19, nous poursuivrons notre sensibilisation, parce que nous estimons que toute la population doit se mobiliser pour lutter contre cette pandémie.

-Que vous inspire ce qui se passe aux USA depuis la mort de George Floyd ?

-L’assassinat de George Floyd a créé une grande onde de choc aussi bien aux USA que dans beaucoup de pays, partout ce sont des marches de protestation contre cet assassinat raciste d’un afro-américain par les forces de sécurité américaines. Cette mobilisation internationale sans précédent constitue un signal fort contre toute discrimination raciale. Les peuples, quelles que soient leurs couleurs n’acceptent plus les pratiques racistes. Le racisme doit être combattu avec la dernière vigueur, tout comme les pays qui pratiquent encore l’esclavage au vingtième siècle, c’est inadmissible.     

 Propos recueillis par DalayLam

Le Calame