Mali : mystère autour d’une frappe aérienne de Barkhane

Un soldat français à Ndaki (Mali), en juillet 2019. REUTERS/Benoit Tessier
Un soldat français à Ndaki (Mali), en juillet 2019. REUTERS/Benoit Tessier


Que s’est-il passé dimanche dans un village du centre du Mali ? Une vingtaine de personnes ont été tuées, et des dizaines de blessés auraient été recensés. L’État-major de l’armée française affirme avoir mené une attaque contre des djihadistes et non contre des civils. L’événement était un « mariage », selon des témoins maliens.

Bavure militaire ? Frappe ciblée contre des individus soupçonnés d’être des terroristes ?

Une vingtaine de personnes auraient été tuées dimanche à Bounti, dans le secteur de Douentza (entre Mopti et Gao, centre du Mali), et plusieurs dizaines d’autres auraient été blessées, dont certaines seraient dans un état critique.

Selon les témoins locaux, ces personnes assistaient au mariage d’un jeune couple dans ce village à majorité peule. « Nous avons reçu plusieurs blessés, sans toutefois connaître l’origine de l’incident », nous indique cet après-midi Médecins sans Frontières, dont une équipe de MSF Espagne se trouve dans la zone.

Une association locale interpelle la communauté internationale

L’assistance du mariage aurait été prise pour cible par une frappe aérienne, dont l’origine n’a pas été identifiée immédiatement. D’après plusieurs témoins, il aurait pu s’agir d’une attaque menée par des hélicoptères.

C’est une association locale, « Tabital Pulaaku », une association pour la promotion de la culture des Peuls, une des ethnies maliennes, qui a fait remonter l’information de ce massacre, dénoncé cette tuerie, et demandé au gouvernement malien d’aider à l’évacuation des nombreux blessés.

Surtout, cette association, qui avait déjà dénoncé en décembre 2019, les exactions de l’armée malienne , invite la communauté internationale à ouvrir « une enquête pour faire toute la lumière sur ce drame et situer les responsabilités ».

Barkhane est pointée du doigt, comme l’armée malienne, accusée depuis de longs mois de commettre des exactions contre sa propre population. Un haut gradé de l’État-major malien cité par le journal L’indépendant , réfute toute responsabilité : « Aucun appareil de l’armée malienne n’avait survolé la zone à la date du 3 janvier ».

La mission des Nations Unies au Mali (Minusma), tout en reconnaissant la réalité de l’attaque, a affirmé « ne pas être impliquée dans les événements survenus ».

L’État-major de l’armée affirme, lui, avoir frappé des djihadistes. « Il ne peut y avoir de doutes et d‘ambiguïté, il n’y avait pas de mariage. C’est une frappe menée après un processus particulièrement formel et multipartite sur un groupe armé terroriste pleinement identifié, après un recoupement d’informations, des attitudes, une posture, sur une zone caractérisée », a expliqué une source militaire française.

Détérioration de la situation sécuritaire

Cette affaire intervient dans un climat très tendu au Mali. Cinq soldats français ont été tués la semaine dernière (N.D.L.R. : un hommage leur était rendu ce mardi) dans les secteurs de Hombori et Ménaka, après des explosions d’IED (engins explosifs improvisés) touchant leur engin. Ces derniers attentats contre les forces françaises ont été revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), via le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).

Ce week-end également, un commando de la force Barkhane a procédé à l’interpellation d’un « notable » de Menaka, Halatassane Ag Rhissa, membre de la coordination des mouvements de l’Azawad (CMA). Est-ce en lien avec la mort des soldats français ou dans le cadre d’autres investigations ?

L’État-major de l’armée française ne nous avait pas encore répondu cet après-midi à ce sujet. Ces dernières semaines, des affrontements ont aussi eu lieu entre ce groupe terroriste et ceux affiliés à l’État islamique au Grand Sahel (EIGS).

Débat sur la présence de Barkhane

La situation sécuritaire semble se détériorer, et la présence de 5 100 militaires français au Sahel commence à faire débat en France.

Un premier retrait, de plusieurs centaines de soldats, pourrait être annoncé en février, depuis N’Djamena, où se tiendra un sommet des pays du G5 avec la France. Au total, 50 soldats français ont été tués au Sahel depuis 2013 dans les opérations Serval puis Barkhane.

L’Alsace.fr