Mauritanie : le pôle anti-corruption du parquet décide de poursuivre l’ex-président Ould Abdel Aziz

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Le ministère public s’est basé dans sa décision sur l’audition de 13 suspects et sur les P-V de l’enquête préliminaire et l’enquête financière parallèle ouvertes sur les faits objet du rapport d’une commission d’enquête parlementaire, transmis le 9 mars par la Direction centrale de lutte contre la criminalité économique.

Presque attendue par le landernau politique local et régional, la décision du pôle anti-corruption du parquet, annoncée hier par le ministère public mauritanien, est tombée ce jeudi 11 mars comme un couperet : inculpés et placés sous contrôle judiciaire, l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz et douze autres personnalités et anciens hauts responsables sont désormais poursuivis par ledit pôle pour des faits criminels liés principalement au trafic d’influence, à la corruption et au blanchiment d’argent.

Dans sa décision, le parquet de Nouakchott ouest s’est basé d’une part sur les PV de l’enquête préliminaire qui lui ont été transmis le 9 mars par la Direction centrale de lutte contre la criminalité économique et d’autre part sur l’enquête financière parallèle ouverte sur les faits objet du rapport de la commission d’enquête parlementaire, validé en juillet 2020 par l’Assemblée nationale, puis transmis à la justice quelques jours plus tard.

Des biens saisis estimés à 1,7 milliard d’euros

« Les opérations d’investigation ont compris la recherche, le rassemblement, l’étude et l’exploitation de milliers de documents ; l’interpellation, l’audition et la confrontation de dizaines de personnes ; des constatations sur les lieux à NKC [Nouakchott, ndlr] NDB [Nouadhibou, ndlr], Trarza [wilaya dans le sud-ouest, ndlr] et Inchiri [ wilaya située dans l’ouest du pays et dont la capitale, Akjoujt, est la ville natale de l’ex-président Ould Abdel Aziz, ndlr]. Une importante quantité de renseignements a été ainsi recueillie auprès d’institutions officielles, d’études d’officiers ministériels et d’établissements privés », rapporte un communiqué du ministère public, avant d’ajouter que « l’enquête a révélé l’implication d’anciens hauts fonctionnaires, des hommes d’affaires ainsi que d’autres personnes, dans des faits criminels, réprimés par les lois pénales en vigueur. D’autres anciens responsables ont participé à ces faits en facilitant leur exécution ».

D’après le parquet général, si certains suspects ont tenté d’entraver le cours de la justice, l’enquête financière parallèle a toutefois permis de « découvrir, de geler, et saisir des biens mobiliers et immobiliers accumulés et provenant illégalement de plusieurs crimes commis au préjudice de la société ». Les biens mentionnés dans le communiqué du ministère public sont situés sur le territoire mauritanien et vont des usines aux immeubles, en passant par des montants déposés dans des comptes bancaires. Les biens gelés ont été sommairement estimés à plus de 41milliards d’anciens ouguiyas (1,7 milliard d’euros).

Plusieurs faits criminels réprimés par les lois pénales

Les faits qui sont reprochés à Ould Abdel Aziz, l’inculpé principal dans cette affaire, concernent notamment la dissipation de biens publics mobiliers et immobiliers, le blanchiment, la perception d’avantages matériels indus auprès d’une institution publique, le trafic d’influence, l’abus de fonctions, l’enrichissement illicite, le recel de produit du crime,… Pour Yahya Ould Hademine (ancien Premier ministre), Mohamed Salem Ould Bechir (ancien Premier ministre), Mohamed Abdellahi Ould Oudaa (ancien ministre), Taleb Ould Abdi Vall (ex-ministre de l’Energie), Hacenna Ould Ely (ancien ministre des Pêches), et Moctar Djay (ex-ministre de l’Economie et ex-patron de la Société nationale industrielle et minière de Mauritanie) sont poursuivis pour notamment participation à la dissipation des biens publics, l’octroi d’avantages indus dans des marchés publics, de trafic d’influence, d’abus de fonction, et d’enrichissement illicite.

Mohamed Ould M’Sabou, beau-fils de l’ex-président mauritanien, est poursuivi sur pour trafic d’influence, abus de fonction, enrichissement illicite, recel de produits du crime, participation au recel d’enrichissement illicite, octroi d’avantages indus dans des marchés publics, des faits réprimés par plusieurs articles de la loi sur la lutte contre la corruption.

Ouverture d’une information et mandat d’arrêt

Comme le rappel le ministre public dans son communiqué, les prévenus ont été déférés dans le dossier « RP 001/2021 », par devant le pôle d’instruction chargé des affaires de corruption avec les réquisitoires d’ouvrir une information à l’encontre des 13 prévenus. Un mandat d’arrêt sera émis à l’encontre de Mohamed Ould Dav Président de l’Autorité de la Zone franche de Nouadhibou.

Pour rappel, une commission parlementaire constituée en janvier 2020 avait été chargée de faire la lumière sur plusieurs dossiers pendant les années de pouvoir du président Abdel Aziz, qui a dirigé la Mauritanie de 2008 à 2019. La convocation émise en juillet de la même année par ladite commission sera ignorée par l’ex-dirigeant mauritanien. Le 5 août 2002, le rapport de la commission est transmis au parquet du tribunal de Nouakchott.

Par Mounir El Figuigui 

afrique.latribune.fr

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