Deux jeunes blogueurs mauritaniens détenus depuis plus de deux mois pour «dénonciation calomnieuse» envers le président Mohamed Ould Abdel Aziz ont été remis lundi en liberté provisoire, a appris l’AFP de l’un de leurs avocats.

Cette mesure intervient à la veille de la fête du Ramadan, attendue mardi ou mercredi en Mauritanie, et le jour de la diffusion d’un appel d’organisations de défense des droits humains aux candidats à l’élection présidentielle du 22 juin. «Les deux blogueurs (Abderrahmane) Ould Weddadi et (Cheikh) Ould Jiddou ont été mis en liberté provisoire cet après-midi sur un arrêt de la chambre d’accusation» à laquelle le dossier avait été transmis par un juge d’instruction, a affirmé Brahim Ould Ebetty, l’un de leurs avocats.

«A défaut d’un non-lieu que nous continuerons à réclamer, nous allons demander qu’ils soient jugés», a affirmé Me Ould Ebetty. Selon lui, «la justice a voulu se débarrasser d’un dossier encombrant, objet de condamnations de par le monde et qui pèse lourd contre elle». Amnesty International et une trentaine d’ONG actives en Mauritanie ont appelé lundi les six candidats à la présidentielle à signer un manifeste contenant 12 engagements en faveur des droits humains, et notamment de combattre l’esclavage et les violences faites aux femmes, mais aussi de promouvoir la liberté d’expression.

Les avocats des deux blogueurs, Brahim Ould Ebetty et Henri Thulliez, avaient annoncé le 21 mai la saisie du Groupe de travail de l’ONU sur la détention arbitraire. Les prévenus reprenaient depuis plusieurs mois sur Facebook des informations de la presse étrangère «relatives au potentiel gel d’un compte bancaire par les autorités de Dubaï qui appartiendrait au chef de l’Etat», rappelaient les avocats.

Le président mauritanien, interrogé le 5 mars par la presse sur cette affaire, avait affirmé qu’il «s’agissait d’une rumeur qui finira par s’estomper». Selon leurs avocats, «les deux blogueurs enquêtaient depuis plusieurs années sur une escroquerie immobilière basée sur le système de Ponzi, touchant plusieurs milliers de familles et qui aurait bénéficié à des proches du président sans que l’auteur principal présumé ne soit jamais inquiété par la justice». Ils faisaient référence à un chef religieux accusé par des milliers de créanciers de les avoir escroqués, mais dont les griefs n’ont pas abouti à une plainte.

Ancien général arrivé au pouvoir par un coup d’Etat en 2008, élu en 2009 puis réélu en 2014, Mohamed Ould Abdel Aziz ne peut se représenter au terme de son second mandat. Pour lui succéder, le parti au pouvoir a désigné comme candidat un autre ancien général, son compagnon de toujours, Mohamed Ould Cheikh Mohamed Ahmed.

Le Figaro avec AFP