Mauritanie : l’opposition appelée à éviter le piège d’être une opposition dialoguiste

Cherif Kane Coordinateur journaliste
Cherif KaneCoordinateur journaliste

Après son investiture en août 2019 le président mauritanien avait normalisé ses relations avec l’opposition et ouvert la voie à un dialogue politique. 15 mois après le pouvoir serait sur le point d’engager une large concertation avec les leaders de l’opposition.

C’est du moins le sentiment des observateurs sur place qui pointent des pourparlers imminents après la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance. Après un coup de barre social Ould Aziz veut déplacer le curseur vers la politique pour entrer dans un nouveau processus démocratique.

Dans les coulisses de la majorité certaines formations politiques de l’opposition auraient manifesté une réticence alors que d’autres semblent adhérer au principe du dialogue.

Cette initiative du pouvoir est toujours un piège tendu pour ne pas aborder les dossiers qui fâchent comme le passif humanitaire, talon d’Achille de tous les pouvoirs depuis 2005 et biens d’autres questions sensibles sur l’unité nationale en particulier.

Dans ces conditions de rapport de force le pouvoir prend les commandes et impose les débats. La tendance à régler les questions d’intérêt national à huit clos n’est plus d’actualité.

La vie démocratique étant réduite jusqu’ici à une portion tellement congrue que la question de la participation de l’opposition se pose toujours avec acuité. Et la perspective d’un dialogue s’inscrit dans le cadre d’une volonté politique de Ould Ghazouani d’apaiser le climat politique.

Pour les observateurs ce long processus démocratique risque d’aboutir à une opposition dialoguiste comme dans le passé sous la houlette de l’APP et d’EL WIAM en embuscade en attendant le moment propice pour se mettre en avant.

C’est un changement de paradigme auquel l’opposition est appelée. D’une opposition au système instauré depuis 60 à une opposition contre le système. Il s’agira d’une rupture systémique pour un dialogue inclusif avec tous les opposants sur les bases d’un consensus national pour résoudre la cohabitation écornée depuis 60.

Cherif Kane

Coordinateur journaliste

(Reçu à Kassataya.com le 05 décembre 2020)