ONU: débat de la décennie internationale des personnes d’ascendance africaine

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13 mars 2021 par Freddy Mulongo blog : réveil fm international Freddy Mulongo

En proclamant cette Décennie, la communauté internationale distingue les personnes d’ascendance africaine comme groupe dont les droits humains doivent être promus et protégés. Environ 200 millions de personnes se considérant d’ascendance africaine vivent en Amérique. Des millions d’autres vivent dans diverses régions du monde, et ce, en dehors du continent africain.

Le Conseil des droits de l’homme tient une réunion-débat sur l’examen à mi-parcours de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine

Il achève son dialogue avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar

Deux décennies après l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, la discrimination raciale systémique empêche toujours les personnes d’ascendance africaine d’accéder aux services, à une éducation de qualité, à un travail décent et à une vraie participation, et ce alors même que la COVID-19 a mis en évidence des disparités raciales très marquées, a fait observer cet après-midi, devant le Conseil des droits de l’homme, Mme Nada Al-Nashif, Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme.

Mme Al-Nashif a cependant fait observer que chaque crise est aussi une opportunité pour transformer des systèmes dysfonctionnels.  Nous avons des alliés puissants pour ce faire : les jeunes leaders d’aujourd’hui, désireux de trouver de nouvelles voies pour leurs sociétés vers un avenir plus respectueux et plus juste, a indiqué la Haute-Commissaire adjointe.  Elle a recommandé que les États Membres et le système des Nations Unies profitent de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine pour s’engager aux côtés des jeunes.

Mme Al-Nashif s’exprimait ainsi en ouverture de la réunion-débat du Conseil consacrée à l’examen à mi-parcours de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, dans le contexte de la célébration prochaine de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale (21 mars).

Le débat a également bénéficié des contributions de quatre panélistes : Mme Rozena Maart, Directrice du Centre de recherche critique sur la race et l’identité à l’Université du KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud ; Mme Alicia Quevedos Canales, spécialiste des politiques afro-péruviennes au Ministère de la culture du Pérou ; M. Pradip Pariyar, Président exécutif de la Fondation Samata, au Népal ; et Mme Marie-Sarah Seeberger, membre du Corps diplomatique juif du Congrès juif mondial.

De nombreuses délégations ont pris part au débat**.

Auparavant, en début d’après-midi, le Conseil a achevé son dialogue avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, M. Thomas Andrews, en entendant les déclarations de plusieurs délégations*.  Le Myanmar et ses « dirigeants militaires » ont notamment été appelés à répondre aux demandes de la communauté internationale en rendant le pouvoir aux civils, en réinstaurant l’état de droit et en libérant les prisonniers politiques.

Lundi 15 mars, à 10 heures, le Conseil poursuivra son débat général sur les « situations des droits de l’homme qui requièrent son attention ».

Suite et fin du dialogue avec le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar

Aperçu du dialogue

De nombreuses délégations ont réitéré leur ferme condamnation du coup d’État survenu le 1er février dernier au Myanmar.  Elles ont affirmé qu’il est désormais temps que le Myanmar et ses « dirigeants militaires » répondent aux exigences de la communauté internationale, notamment en rendant le pouvoir aux civils et en réinstaurant l’état de droit ; ils doivent également libérer, immédiatement et sans condition, les prisonniers politiques et les militants, permettre le retour des musulmans rohingya et pleinement coopérer avec la Cour internationale de Justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI), c’est-à-dire respecter l’ordonnance de la CIJ sur les mesures conservatrices provisoires et permettre la traduction en justice des auteurs de crimes.

Un certain nombre d’intervenants ont voulu savoir quelles étaient les options prioritaires dont dispose la communauté internationale aujourd’hui, dans le contexte où « il est clair », selon eux, que les autorités ont décidé d’ignorer les appels du Secrétaire général et de la Haute-Commmissaire aux droits de l’homme.  L’Union européenne et ses membres s’apprêtent à prendre des sanctions spécifiques, a-t-il été indiqué.

Une délégation a de son côté mis en garde contre les effets négatifs des sanctions sur la population, tandis qu’une autre insistait sur la nécessité de respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale du Myanmar.

Alors que la « junte » poursuit une répression militaire brutale contre des manifestants pacifiques et que des crimes graves continuent de se commettre,  le temps n’est plus à la recherche du consensus, mais à l’action, ont déclaré plusieurs organisations non gouvernementales (ONG), appelant le Conseil des droits de l’homme à adopter une résolution sur le Myanmar qui tienne compte des constations du Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar – dont le mandat devrait aussi être prorogé et renforcé, a-t-il été affirmé.  Le Conseil de sécurité devrait de son côté imposer un embargo sur les armes ainsi que des sanctions financières contre l’armée et ses entreprises, ont en outre suggéré des délégations.

*Liste des intervenants : Sierra Leone, Luxembourg, Malawi, Nouvelle-Zélande, Bangladesh, Roumanie, Irlande, République tchèque, Canada,  Iles Marshall, Singapour, Mauritanie, Turquie, Cambodge, Autriche, Viet Nam, CIVICUS, PHR , Asia Forum for Human Rights, Amnesty International, Lawyers Rights Watch Canada, Commission internationale des juristes, Fédération internationale des droits de l’homme (FIIDH), Article 19, Christian Solidarity Worldwide et Centre européen pour le droit et la justice.

Réponses et remarques de conclusion du Rapporteur spécial

THOMAS ANDREWS, Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Myanmar, a déclaré que les ONG à l’intérieur et à l’extérieur du Myanmar devraient être aidées et soutenues, tant elles font un « travail formidable ».  Relevant que la délégation du Myanmar soutient devant le Conseil que les autorités du pays ont fait preuve de retenue, il a fait observer qu’en d’autres termes, cela signifie que la « junte » demande au monde de ne pas croire ce que nous voyons sous nos yeux, à savoir la plus grande brutalité qui soit, où il est demandé aux forces de sécurité de tirer à balles réelles sur des manifestants pacifiques.

Andrews a ajouté que la communauté internationale doit, de manière coordonnée et ciblée, exercer une « pression maximum » sur ce « régime ».  Il faut imposer un embargo sur les armes et cesser de faire passer l’aide humanitaire par l’armée et la faire passer au contraire par les organisations locales, a-t-il indiqué.  Le « régime » s’attend à ce que la communauté internationale réagisse de manière limitée ; il faut lui prouver que tel n’est pas le cas, a plaidé le Rapporteur spécial, appelant par ailleurs à ce que des moyens supplémentaires soient attribués à son mandat.

Réunion-débat sur l’examen à mi-parcours de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, en commémoration de la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale

La réunion-débat a été ouverte par MME NAZHAT SHAMEEM KHAN, Présidente du Conseil des droits de l’homme.

Déclaration liminaire

MME NADA AL-NASHIF, Haute-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, a regretté que deux décennies après l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Durban, la discrimination raciale systémique empêche toujours les personnes d’ascendance africaine d’accéder aux services, à une éducation de qualité, à un travail décent et à une vraie participation.  Qui plus est, a-t-elle ajouté, la COVID-19 a mis en évidence des disparités raciales très marquées : ainsi, aux États-Unis, les taux d’infection et de décès parmi les personnes d’ascendance africaine sont, respectivement, trois fois et deux fois supérieurs à ceux des Américains blancs.  Parallèlement, on assiste à une montée des attaques racistes, les mouvements de « suprématie blanche » aggravant les anciennes formes de sectarisme.

Cependant, chaque crise est aussi une opportunité pour transformer des systèmes et normes dysfonctionnels, a souligné Mme Al-Nashif.  Pour ce faire, a-t-elle fait observer, nous avons des alliés puissants : les jeunes leaders d’aujourd’hui, désireux de trouver de nouvelles voies pour leurs sociétés vers un avenir plus respectueux et plus juste.  Des actions novatrices sont menées pour renverser les barrières institutionnelles et briser les structures qui maintiennent les systèmes racistes, et de nouvelles plates-formes rassemblent les jeunes militants contre les systèmes racistes, a indiqué la Haute-Commissaire adjointe.

En 2001, a poursuivi Mme Al-Nashif, la Déclaration et le Programme d’action de Durban insistaient déjà sur le rôle des jeunes dans la lutte contre la discrimination raciale.  Il faut maintenant intensifier cet engagement.  Il est à cet égard indispensable que les États Membres et le système des Nations Unies profitent de la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine pour s’engager aux côtés des jeunes femmes et des jeunes hommes, a demandé la Haute-Commissaire adjointe.

Exposés des panélistes

MME ROZENA MAART, Directrice du Centre de recherche critique sur la race et l’identité de l’Université du KwaZulu-Natal (Afrique du Sud), a relaté son expérience d’adolescente en 1976, année pendant laquelle plus de 20 000 personnes sont descendues dans la rue, le 16 juin, pour dire leur désapprobation de l’éducation sous le régime d’apartheid : les Noirs étaient en effet éduqués pour servir et les Blancs pour gouverner les « indigènes » et la population noire.  De nombreux parents ont alors perdu leurs enfants lorsque le régime d’apartheid a fait ouvrir le feu sur ces jeunes.

Malheureusement, a ensuite souligné Mme Maart, on a aussi vu récemment la brutalité policière tenter de faire taire les voix des jeunes aux États-Unis.

Sans le jeune Steve Biko – qui, dès le lycée, a commencé à penser, à travers sa réflexion sur la « conscience noire », au rôle qu’il pourrait jouer dans son pays malgré les conditions de sa naissance – il n’y aurait eu ni insurrection, ni résistance des jeunes contre l’apartheid et l’histoire de l’Afrique du Sud aurait pris un autre tour, a fait observer Mme Maart.

MME ALICIA QUEVEDO CANALES, spécialiste des politiques afro-péruviennes au Ministère de la culture du Pérou, a observé que la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine était loin d’être terminée et que, dans ce cadre, il y avait de nombreuses possibilités de répondre aux demandes et aux besoins des jeunes d’ascendance africaine.  Ainsi, il reste beaucoup à faire dans l’accès à l’éducation et à l’emploi par les Afro-descendants, même si l’on a enregistré des progrès dans la lutte contre le racisme.

D’autre part, si les personnes d’ascendance africaine figurent souvent dans les nouvelles et les médias sociaux, peu de choses sont réellement faites, au niveau des politique publiques, pour apporter des changements plus profonds et tangibles en leur faveur.  Les jeunes d’ascendance africaine doivent donc non seulement s’impliquer davantage dans les rôles traditionnels de représentation, mais aussi exiger des changements réels au niveau politique, a insisté l’oratrice.

PRADIP PARIYAR, Président exécutif de la Fondation Samata (Népal), a tiré un parallèle entre la discrimination raciale et la discrimination fondée sur la caste dont 260 millions de personnes dans le monde sont victimes, y compris plus de trois millions de dalit au Népal.  Dans ce pays, a-t-il insisté, les dalit sont victimes d’une discrimination structurelle qui est devenue encore plus explicite pendant la COVID-19, sous la forme notamment de l’application discriminatoire des mesures d’isolement et de distanciation sociale.

Les efforts de redressement après la COVID-19 peuvent cependant fournir l’occasion de reconstruire un monde plus équitable, plus juste et plus inclusif, a affirmé M. Pariyar.  Il a indiqué avoir vu des jeunes utiliser l’art et des médias créatifs alternatifs pour amplifier la résistance des dalit, et s’est dit convaincu qu’en obtenant la participation des leaders de la prochaine génération, et en leur donnant des moyens, un changement durable était possible.

MME MARIE-SARAH SEEBERGER, membre du Corps diplomatique juif du Congrès juif mondial (World Jewish Congress Jewish Diplomatic Corps), a jugé peu surprenant que dans les sociétés où les juifs ne sont pas en sécurité, les autres minorités ne le soient pas non plus.  Plusieurs décennies après l’Holocauste, la leçon du « plus jamais ça » semble inaudible alors que, dans le monde, le génocide, le nettoyage ethnique et la discrimination n’ont pas cessé.  Mme Seeberger a donc lancé un appel au Conseil pour qu’il continue à encourager des programmes axés sur la diversité, pour aider les communautés à mieux comprendre et à travailler ensemble contre la discrimination raciale.

Mme Seeberger a ensuite présenté quelques-unes des activités de sensibilisation et de formation organisées par le Congrès juif mondial pour éliminer toutes les formes de racisme et pour commémorer l’abolition de l’esclavage.

Aperçu du débat

Avec un débat orienté vers l’évaluation de la situation de la jeunesse mondiale et le rôle des jeunes dans la lutte contre la discrimination raciale et la promotion du dialogue, les délégations n’ont eu de cesse de louer cette jeunesse ; une jeunesse qui, bien qu’étant « une partie importante de la démographie mondiale », ne jouit pas toujours de ses droits, a-t-il été souligné.  La situation est alors pire pour les jeunes d’ascendance africaine, qui courent davantage le risque d’être pauvres, en mauvaise santé, sans emploi, sans soins et de mourir prématurément ou de ne pas aller à l’école, a-t-il été observé.  La pandémie de COVID-19 a même aggravé ces inégalités qui les frappent, a-t-on insisté.

Ces jeunes qui se lèvent contre le racisme dans le monde, lorsqu’ils sont d’ascendance africaine, sont également ceux qui sont le plus victimes de stéréotypes, de violences, de discriminations et de profilage ethnique, y compris dans des « pays dits démocratiques », où leur taux d’incarcération est particulièrement élevé, a-t-il été souligné.  La promesse de liberté et de justice pour tous qui leur a été faite, notamment à la Conférence de Durban, n’a pas été tenue, a-t-il été affirmé.  Il faut désormais dépasser le stade des promesses et des mots ; les discours nationaux et internationaux doivent maintenant se traduire en actions.  Il faut écouter ce que les jeunes d’ascendance africaine ont à dire, et, pourquoi pas, les inviter aux réunions du Conseil des droits de l’homme, a plaidé un groupe de pays.

Des délégations ont présenté les actions prises par leurs gouvernements respectifs pour réparer les « injustices historiques » et le « racisme ancré » dans les sociétés.  Les États qui ne l’ont pas encore fait ont été invités à mettre en œuvre la Décennie internationale pour les personne d’ascendance africaine (2015-2024), afin de répondre aux besoins de ces populations.  Il faut veiller à ce que chaque jeune, quelles que soient ses origines, aient les moyens de réaliser son potentiel, c’est la seule manière de créer des sociétés justes et égales ; a-t-il été souligné.  Cela passe par des investissements dans la santé, l’éducation et la culture, a-t-il été dit.

** Liste des intervenants : Afrique du Sud, Brésil, Cameroun (au nom du Groupe des États africains), Haïti (au nom de la Communauté des Caraïbes, CARICOM), Pakistan (au nom de l’Organisation de la coopération islamique, OCI), Union européenne, Argentine (au nom d’un groupe de pays), Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Ghana, États-Unis, Pérou, Maurice, Comité mondial des amis pour la consultation, Sikh Human Rights Group, Action Canada pour la population et le développement, Indonésie, Sénégal, Costa Rica, Cuba, Mauritanie, Îles Marshall, Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), ONU Femmes, Portugal, Équateur, Inde, Cameroun, Congrès juif mondial, Conseil international en faveur du procès équitable et des droits de l’homme et Fédération internationale pour la protection des droits des minorités ethniques, religieuses, linguistiques et autres minorités.

Remarques de conclusion des panélistes

MME MAART a évoqué le combat incessant des étudiants d’Afrique du Sud pour l’accès à des études supérieures abordables – des étudiants dont les manifestations sont réprimées par des brutalités policières.  Des pratiques discriminatoires sévissent toujours dans les anciennes « universités blanches » d’Afrique du Sud, a-t-elle insisté.  Le racisme systémique est toujours vivace et les promesses faites en 1976 ne sont toujours pas réalisées, a affirmé Mme Maart.

MME CANALES a constaté que l’exclusion des personnes d’ascendance africaine était encore généralisée.  Elle a recommandé de travailler davantage sur la redistribution des ressources dans le cadre d’une approche de la justice sociale destinée à réduire les écarts sociaux qui pénalisent les personnes d’ascendance africaine.

PARIYAR a condamné l’idéologie des castes et a demandé aux jeunes de prendre conscience de leurs propres préjugés et du fait que « la vie des dalit compte aussi ».  Il a recommandé la création d’emplois pour les personnes marginalisées.

MME SEEBERGER a recommandé que l’accent mis au Conseil sur la question de la discrimination raciale soit accompagné d’action concrètes de la part des États.  La discrimination raciale, et notamment la discrimination envers les Afro-descendants, met en péril les potentiels des enfants touchés par ce fléau, ce qui doit être un moteur pour une action commune contre la haine discriminatoire, a affirmé Mme Seeberger.

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