Pourquoi la lutte pour le Sahara occidental s’intensifie à nouveau?

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Bloomberg : Pourquoi la lutte pour le Sahara occidental s’intensifie à nouveau?

La tension monte au Sahara occidental, une grande bande de désert qui s’étend le long de la côte atlantique au nord de la Mauritanie. Ancienne colonie espagnole, la région est revendiquée depuis un demi-siècle par le Maroc et le Front Polisario, qui revendique l’indépendance, et qui en contrôlent chacun une partie pour le moment.

En novembre, le Polisario a rompu un cessez-le-feu de 30 ans avec le Maroc et a depuis revendiqué des attaques quotidiennes contre le personnel militaire marocain.

1. Quelle est la gravité de l’escalade ?

L’armée marocaine n’a ni confirmé ni démenti les attaques. Néanmoins, les soldats marocains ont étendu une section de murs le long de la frontière avec l’Algérie, qui soutient le Polisario, afin de rendre plus difficile le passage des combattants du groupe depuis l’Algérie. Au début du mois de mars, l’International Crisis Group, une organisation indépendante engagée dans la prévention et la résolution des conflits meurtriers, a exhorté les Nations unies à nommer un émissaire chargé d’assurer une médiation en vue d’une désescalade, affirmant que la situation était volatile et pouvait rapidement s’aggraver.

2. Qu’est-ce qui a déclenché ces tensions ?

Elles se sont accumulées depuis un certain temps. Le cessez-le-feu qui a mis fin à 16 ans d’insurrection du Polisario comportait la promesse d’un référendum organisé par l’ONU avec une option d’indépendance, mais il n’a toujours pas eu lieu. Pendant ce temps, le Maroc, qui contrôle 80 % du Sahara occidental, a renforcé sa revendication sur le territoire, dépensant beaucoup pour le promouvoir comme un centre de commerce international, notamment par le développement d’un grand port à Dakhla. La situation a atteint un point critique en octobre 2020, lorsque les partisans du Polisario ont commencé à bloquer une route construite par le Maroc et menant au poste frontière d’El Guergarate, à l’intérieur d’une zone tampon de l’ONU. Cette route est la principale voie d’accès du Maroc pour le commerce terrestre avec l’Afrique subsaharienne. En novembre, le Maroc a déployé des troupes pour mettre fin au sit-in et a scellé l’accès au poste frontière afin d’en empêcher un autre. Le Polisario a décrit cet acte comme une expansion du territoire par la force militaire. Brahim Ghali, président de la République arabe sahraouie démocratique, l’État que le Polisario a déclaré au Sahara occidental, a annoncé une reprise des hostilités.

3. Quel est le contexte du conflit ?

L’Espagne a colonisé le territoire appelé autrefois le Sahara espagnol en 1884. Au milieu des années 1970, alors que l’Espagne s’apprêtait à se retirer de la région, le Maroc l’a revendiqué et s’y est installé, ce qui a conduit à un conflit armé qui a débuté en 1976 avec le Front Polisario. Ce front est le principal mouvement représentant les Sahraouis, le peuple indigène de la région. Il est apparu en 1973 pour lutter contre les colons espagnols dans le but de créer un État indépendant. Le Maroc fonde sa revendication sur l’histoire. Au 17ème siècle, le royaume du Maroc s’étendait de Tanger à Tombouctou, incluant une grande partie de la région appelée aujourd’hui Sahara occidental. Le gouvernement marocain insiste sur le fait que le territoire, qu’il appelle « ses provinces du sud », fait partie du pays « depuis la nuit des temps ».

4. Quel est le rôle de l’Algérie ?

Les dirigeants de la République arabe sahraouie démocratique sont basés en Algérie. Plus de réfugiés du conflit vivent dans des camps dans le sud-ouest de l’Algérie que dans les 20% du Sahara occidental contrôlés par le Polisario. Pendant des années, le Maroc a accusé l’Algérie de fournir au Polisario des armes, des munitions et un entraînement militaire, une accusation qu’elle n’a jamais ni confirmée ni démentie. L’Algérie a certainement fait pression sur les pays pour qu’ils reconnaissent la République arabe sahraouie démocratique. Le différend sur le Sahara occidental est largement considéré comme la principale incarnation d’une rivalité de plusieurs décennies entre le Maroc et l’Algérie pour la domination et l’influence dans la région au sens large.

5. Qui soutient les différents camps ?

La plus grande base de soutien pour la République arabe sahraouie démocratique est l’Union africaine, dont elle est membre. La République a été reconnue comme un pays indépendant par 84 membres de l’ONU, bien que plusieurs d’entre eux aient récemment retiré ou gelé leur reconnaissance suite aux pressions exercées par le Maroc. Parmi eux, l’Inde, la Colombie et la Jamaïque. Les États-Unis sont devenus le premier pays à reconnaître la revendication de souveraineté du Maroc au Sahara occidental fin 2020, sous la présidence de Donald Trump. Cette approbation faisait partie d’un accord dans lequel le Maroc a accepté de rétablir des liens diplomatiques discrets avec Israël, rompus en 2000. Aucun pays n’a suivi la démarche des États-Unis, et l’Allemagne l’a remise en question à l’ONU, appelant les États-Unis à « agir dans le cadre du droit international. » Cela a provoqué la colère du Maroc, dont le ministère des Affaires étrangères a ensuite suspendu ses liens avec le gouvernement allemand en raison de « profonds malentendus » non spécifiés. »

6. Quel est l’enjeu ?

La stabilité. L’intensification des combats pourrait être déclenchée par n’importe quoi, de l’augmentation des transferts d’armes vers le Polisario à un changement de tactique du mouvement. Cela déstabiliserait probablement davantage l’Afrique du Nord, au moment même où les autorités marocaines et algériennes sont confrontées à la colère des populations face à la hausse du chômage, à la corruption et à la faiblesse des économies. Les entreprises étrangères s’inquiètent de la sécurité du commerce terrestre à travers le territoire contesté vers les marchés d’Afrique sub-saharienne. Le blocus de trois semaines en novembre a eu un impact sur les prix des produits frais au Sénégal, au Mali et en Mauritanie, selon les médias de l’époque.

Par Souhail Karam

Bloomberg, 17 mars 2021

Tags : Sahara Occidental, Maroc, front Polisario, Algérie, ONU, MINURSO,

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